ETUDE – La gestion des déchets radioactifs en France [Partie 3/4 d’une étude consacrée à la radioactivité]

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Source : Google Images

*Etude rédigée par Moustapha Coulibaly

 

Quelques mots introductifs

Depuis le lancement, dans les années 1970, d’un grand programme d’équipement nucléaire, la France s’est dotée d’un dispositif de sécurité spécifique associant, notamment, le traitement des déchets et le démantèlement des installations usagées. Aujourd’hui, La France s’inscrit au deuxième rang mondial derrière les Etats-Unis en matière d’équipement nucléaire pour la production d’électricité. De ce fait, bien que constantes, les interrogations sur les risques nucléaires ont de nouveau suscité l’attention du public lors de l’accident survenu au Japon, en mars 2011. La présente discussion, abordera l’évolution de la politique française en termes de gestion des déchets nucléaires ainsi que des techniques mises en œuvre.

I) – L’aspect politique : évolution des mentalités

Il y a, à l’origine, une volonté de partager les responsabilités. En 1986, le philosophe de la technologie, Langdon Winner, soutenait l’idée selon laquelle les dispositifs techniques ne possèdent pas de qualité politique ; or, le problème majeur auquel la politique de gestion des déchets s’est trouvée confronter est tout autant d’ordre technique que social. En effet, le recyclage/stockage des déchets nucléaires constituait un mystère aux yeux de la population. Et, comme en atteste l’adage, « c’est l’inconnu qui fait peur ».

Afin de remédier à ce problème, plusieurs entités indépendantes ont été mises en place : le Collège de Prévention des Risques Technologiques Majeurs en 1989, le Service Central de Sûreté des Installations Nucléaires (SCSIN), l’Institut de Protection et de Sûreté Nucléaire (IPSN), l’Agence Nationale pour la gestion des Déchets Radioactifs (ANDRA). L’ensemble de ces entités permet d’avoir des informations fiables sur lesquelles les instances politiques peuvent s’appuyer afin de rédiger les lois relatives à la gestion des déchets radioactifs.

Ainsi, trente années après l’affirmation de Langdon Winner, les choses semblent bien avoir évoluées. En effet, les « technologies ne sont pas neutres » et la politique de gestion des déchets nucléaires en sont une très bonne illustration. Cette volonté politique se manifeste également par la mise en place de nouvelles lois dont les principales sont :

  • Ø La loi n°91-1381 du 30 Décembre 1991 (plus connue sous le nom de la « loi Bataille » empruntant le nom du Député) relative aux recherches sur la gestion des déchets radioactifs. Celle-ci comporte trois axes de recherche :
  1. La recherche de solutions permettant la séparation et la transmutation des éléments radioactifs à vie longue présents dans ces déchets ;
  1. L’étude des possibilités de stockage réversibles ou irréversibles dans les formations géologiques profondes, notamment grâce à la réalisation de laboratoires souterrains ; et
  1. L’étude de procédés de conditionnement et d’entreposage de longue durée en surface de ces déchets
  • Ø La loi n°2006-739 du 28 Juin 2006 relative à la gestion durable des matières et des déchets radioactifs. Celle-ci comporte également trois axes de recherche
  1. La politique nationale pour la gestion durable des matières et des déchets radioactifs
  1. L’organisation et le financement pour la gestion durable des matières et des déchets radioactifs
  1. Les contrôles et sanctions

II) – L’aspect technologique et les procédés de stockage

Il existe plusieurs types de déchets nucléaires qui se distinguent selon leurs activités et leurs durées de vie. On distingue classiquement les déchets à haute activité (HA), les déchets à moyenne activité à vie longue (MA-VL), les déchets à faible et moyenne activité à vie courte (FMA-VC), les déchets à faible activité à vie longue (FA-VL) et les déchets à très faibles activité (TFA). Parmi les trois modes de stockage envisagés, deux se font en profondeur et sont principalement destinés aux HA et aux MA-VL. Le dernier mode est un stockage en surface.

Le stockage géologique irréversible

Il consiste à enfouir les déchets dans des sols argileux au sein d’une matrice protégeant l’environnement de la radioactivité et ce de manière irréversible, c’est-à-dire avec une impossibilité de les déterrer dans le futur. Plus qu’un remède, ce type de stockage s’avère être une solution efficace qui vaccine les générations futures en ce sens qu’il n’est plus nécessaire de se soucier du traitement de ces déchets radioactifs puisqu’ils sont prisonniers hermétiquement.

Il demeure cependant quelques zones d’ombre. En effet, la fiabilité de la méthode repose sur des hypothèses d’ordre technique et sociétal. On peut alors légitimement s’interroger sur plusieurs points : est-il judicieux de se fier aux prédictions des scientifiques quant à l’évolution des couches géologiques sur des durées aussi longues (plusieurs milliers d’années) ? Savent-ils quel sera le devenir des sites de stockage sur le plan sociétal (guerre, etc.) ? La matrice gardera-t-elle sa fonction protectrice ? La radioactivité ne risque-t-elle pas d’être relâchée ?

L’émergence des ces interrogations explique la durée nécessaire à la mise en place d’une politique définitive de gestion des déchets nucléaires ainsi que la naissance d’une nouvelle méthode de stockage.

Le stockage géologique réversible

Le stockage géologique réversible quant à lui laisse le choix aux générations futures, pendant une centaine d’années, de pouvoir revenir sur les décisions prises par leurs prédécesseurs. En d’autres termes, les stratégies visées aujourd’hui peuvent évoluer selon les avancées technologiques de demain : les déchets radioactifs pourront peut-être être réutilisés ou des techniques de stockage plus sûr peuvent avoir été découvertes.

Seulement, ce type de stockage implique de nombreuses contraintes. Il nécessite d’assurer la transmission aux générations futures l’ensemble des informations relatives aux différents sites ainsi qu’un contrôle permanent de ces derniers afin  de minimiser les risques d’accident et les toutes utilisations à mauvais escient.

Le stockage en surface

En attendant de fiabiliser le stockage en profondeur, les déchets nucléaires sont entreposés en surface de manière provisoire. Ils sont baignés dans des piscines de « refroidissement » afin d’abaisser leurs charges thermiques et faciliter ainsi leurs manutentions lors du stockage définitif.

Quelque soit la décision finale, elle sera nécessairement le fruit d’un compromis. Le risque de contamination de l’environnement local lié à la radioactivité peut freiner l’avancement des installations de stockage. Pour éviter cette panique, les entités politiques donnent une importance capitale à la transparence vis-à-vis de la population sur ces procédés de stockage. Par ailleurs, les multiples actions menées pour le développement durable depuis ces dernières années entraînent une prise de conscience générale au regard de la nécessité de protéger l’environnement.

Des évolutions sont donc survenues ces trente dernières années en matière de la politique de gestion des déchets à la fois sur le plan technique et sociétal. Bien que le nucléaire soit un secteur stratégique pour l’Etat, ce dernier favorise de plus en plus la mise en place de service permettant d’assurer l’information publique. Car la population est, avant tout, la première concernée par ce type de décisions. De plus, compte tenue des échelles de temps en jeu, toute décision sera nécessairement un compromis sur les différents aspects abordés dans la présente lecture.

 Quelques mots de conclusion

Cette écriture se voulait simplement illustrative des problèmes sociopolitiques pouvant être rencontrés sur la problématique de gestion des déchets nucléaires tant de fois évoquée dans l’actualité. Elle est tirée essentiellement des trois articles cités dans la bibliographie dont elle est une synthèse plus ou moins fidèle. J’en appelle donc davantage à votre bon sens et à votre esprit critique quant à l’interprétation et l’usage que vous déciderez d’en faire.

 

*Moustapha Coulibaly est doctorant au Commissariat à l’Energie Atomique (CEA) de Marcoule. Il sera amené à contribuer dans les colonnes de Cultures & Croyances, essentiellement dans les rubriques ayant trait à la Science.Il est à noter qu’ «La gestion des déchets radioactifs en France » est la troisième partie d’une longue étude dédiée à la radioactivité et ses impacts, laquelle fera l’objet d’une autres parties dans les semaines à venir au sein des colonnes de Cultures & Croyances.

Pour plus d’informations sur le CEA – http://www-marcoule.cea.fr/

 

Pour citer l’article :

Moustapha Coulibaly, « Gestion des déchets radioactifs en France », in : www.cultures-et-croyances, rubrique Ingénierie – Sciences, janvier 2013.

Publications : 

[1] Déchets radioactifs, halte-là ! – La Recherche, Science & politique (Juin 1990)

[2] Déchets nucléaires : quelle politique ? – La Recherche, Science & politique (Avril 1991)

[3] Rendre gouvernable les déchets nucléaires, le stockage profond à l’épreuve de la réversibilité – ANDRA (2010).

One Response to ETUDE – La gestion des déchets radioactifs en France [Partie 3/4 d’une étude consacrée à la radioactivité]

  1. The Best Cheap Moncler Outlet 31 janvier 2013 at 5 h 57 min

    Best wishes!Your blog is very good!http://www.hylz.gov.cn/

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