ALERTE – Réforme des prépas : « Nos élèves d’élite, nous ne les recevons pas tout faits : nous les fabriquons. »

Vaste méli-mélo incompréhensible, la réforme des professeurs des écoles préparatoires est sujette à des contestations musclées au sein du milieu professoral.

 

Après la réforme des rythmes scolaires des collèges et des lycées très fortement décrié, Vincent Peillon, ministre de l’éducation nationale, se heurte à l’ire des professeurs de prépa. Sur fond de crise, le but du gouvernement est avant tout politique, voire même économique : 25 millions d’euros d’économie en vue. Déjà pointé du doigt par la Cour des comptes en 2013, les magistrats de la rue Cambon fustigeaient un système léonin, où les profs de prépa gagnaient en moyenne 28% de plus que les profs de lycées.

Ce que la réforme veut changer

Essayons d’en détacher le nœud. La réforme devrait modifier leurs horaires de travail qui pourrait, selon les syndicats, amputer entre 6 et 20% de leurs salaires. Vus comme une marque défiance à leur égard, les profs de prépa s’indignent de passer pour des « privilégiés », fallacieusement mis en opposition avec leurs collègues de lycées classiques, notamment des ZEP.

C’est précisément pour ces profs moins favorisés – ceux qui ont des classes de première et de terminale et/ou travaillent en ZEP – que le ministère invente un système de pondération.

Selon le Figaro, « si la réforme passait, 15 heures de cours seraient effectuées en 10 heures en prépa (pondération à 1,5), en 12 heures en BTS (pondération à 1,25) et 13h30 en lycée (pondération à 1,1). Ce qui représente concrètement 1h30 de moins devant les élèves toutes les semaines pour les profs de lycée – ou alors payée en heures supplémentaires. Autrement dit, une revalorisation. »

La réforme vise ainsi à supprimer deux « décharges horaires » dont ils jouissent. La première concerne le nombre d’élèves par classe : les agrégés qui ont une classe de plus de 35 élèves – situation courante en prépa – ont le droit de zapper une heure.

Une deuxième heure de décharge est réservée aux enseignants de deuxième année de prépa. Ce qui fait que sur les 15 heures théoriques de présence en classe dues à l’Etat, ceux-ci n’en font que huit.

En somme, l’idée est de remettre les compteurs à 10 heures pour tout le monde et supprimer ces deux décharges. Cela signifie pour les professeurs de prépas de travailler plus sans toucher un centime de plus. Et voir une partie de leurs heures supp’ (donc leurs revenus) sacrément rabotées. « Pour calmer les esprits en prépa, le ministère propose donc une « indemnité » de 3000 euros par an pour ceux qui exercent au moins 4 heures devant plus de 35 élèves. Plus des garanties en terme d’interrogations écrites pour ceux qui exercent au moins 10 heures. » (Figaro).

Ce que les professeurs de « prépa » ont à dire

Face à ces réformes, les réactions sont nombreuses : Annie Rizk, actuellement enseignante en classe préparatoire littéraire en Seine Saint Denis partage son indignation :

« Les professeurs de classes préparatoires ne sont pas des privilégiés. Décréter arbitrairement, sans concertation et dans la précipitation une diminution de salaire d’un fonctionnaire ne s’est pas vu depuis les décrets-lois de Laval de sinistre mémoire (en 1935). Or, c’est de 15 à 25% que le décret Peillon veut amputer le salaire des professeurs de classe préparatoire. La méthode est brutale et indigne. Et comment justifie-t-on cela? en faisant croire à une mesure de justice. On annonce que l’on va reverser aux enseignants de ZEP ce qui sera pris aux enseignants en prépa, que l’on fait passer pour des nantis. On veut déshabiller Pierre pour habiller Paul. C’est une mesure d’impuissance. On nous fait passer pour des privilégiés. Rien de plus faux, car le salaire d’un agrégé hors classe en fin de carrière dans le secondaire ou d’un professeur de chaire supérieure est le même. Seules les heures supplémentaires permettent les différences. Or, elles sont imposées, font partie des horaires des classes et représentent bien du temps de travail supplémentaire. Le projet Peillon prévoit de ne plus rétribuer deux heures hebdomadaires en changeant la règle du jeu par décret. Quelle profession accepterait cela? »

Le collectif Blanqui révolté

Implanté au lycée Blanqui à Saint-Ouen, en pleine ZEP, dans une zone dite de Prévention de la Violence, l’ensemble de l’équipe professorale de ce lycée se mobilise contre cette réforme qu’ils estiment injuste. Prépa de banlieue, acceptant des élèves de tous les milieux sociaux confondus, ils estiment que former des élèves au niveau moyen à des écoles de haut niveau nécessite un travail considérable et les 20% de plus sont ainsi amplement mérité :

« Comment est-ce qu’on fait pour amener des élèves comme les nôtres à un tel niveau ? Il n’y a pas de secret : il faut travailler. Ceux qui ont la moindre connaissance du terrain savent qu’il n’y a pas d’enseignement plus lourd que celui des concours. La prépa, c’est un travail toujours renouvelé parce que chaque année le programme change, que les classes ont de gros effectifs et surtout parce que le niveau d’exigence des concours est terriblement élevé. Bref, dans l’état actuel de leur horaire, les profs de prépa travaillent énormément. Et ce pour offrir, dans le secteur public et à tout le monde, ce que les gens imaginent n’exister que dans le privé et pour ceux qui paient : un suivi de chacun et un travail de haut niveau, dont la qualité est immédiatement vérifiable dans la réussite des élèves. »

Appel à manifester : lundi 9 décembre 2013

Une nouvelle manifestation, nationale cette fois, lundi 09 décembre 2013 va réunir les professeurs ainsi que les élèves soutenant leurs professeurs. Le cortège doit partir à 14h du jardin du Luxembourg pour rejoindre le ministère de l’éducation nationale.

L’Equipe de Cultures & Croyances. 

Remerciements pour les témoignages : J. Briec, J. Champigny, A. Dezalay, B. de Negroni, A. de O. Gomes, F. Reuter, A. Rizk, S. Seban, M. Wastable, M. Lahaye.

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