COMPTE-RENDU – #CamClash sur France4 : enfin une émission ayant du sens !

Added by Asif Arif on 10 juin 2014. · No Comments · Share this Post

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*Compte-rendu rédigé par Asif Arif, Directeur de Cultures & Croyances

Lorsque j’en parle autour de moi, les réponses sont souvent les mêmes : « on ne connait pas cette émission ». Pourtant le concept de l’émission est très – trop – intéressant. Pour une fois, il ne s’agit pas d’abrutir les téléspectateurs de télé réalité bon marché, qui n’apporte rien d’un point de vue sociétal. Au contraire, l’émission #CamClash s’introduit vraiment dans une dynamique intéressante et attrayante. L’idée de base étant simple : les concepteurs ont référencé un certain nombre de discriminations qui ont tendance à se vulgariser au sein de notre société. Face à ce phénomène, #CamClash prend une initiative intéressante.

Plutôt que d’attendre à ce qu’une affaire se fasse connaître devant les juridictions, l’émission s’inscrit en amont. Il s’agit d’une forme de prévention. Elle commence par le récit d’une personne ayant réellement souffert d’une discrimination (l’obésité, l’islamophobie, l’homophobie, le racisme, les femmes enceintes etc.) Le récit de base ayant été développé, plusieurs comédiens jouent un rôle dans une situation de la vie de tous les jours (dans un bar ou encore dans les transports en commun).

Souvent fondé sur une dualité good cop bad cop, l’un des comédiens ou un couple de comédiens va se mettre dans une situation donnée (couple de personnes homosexuelles, personne portant le voile, mari et femme, femme enceinte etc.) De l’autre côté, un comédien va jouer le rôle de celui qui alimente – parfois, il aura tendance à mettre de l’huile sur le feu – le débat. Il s’agit également de la personne qui va pousser les différentes personnes spectatrices de la scène à réagir. Souvent, il aura un rôle insupportable face auquel une personne lambda devrait réagir.

Ce qui est intéressant dans cette émission c’est que les journalistes ne sont pas des analystes de l’information ; ils en sont les spectateurs. Plutôt que de tirer des leçons de morale de chaque situation, il laisse à chacun la liberté de se faire sa propre opinion sur une situation que le commun des mortels pourrait rencontrer tous les jours dans sa vie quotidienne. La questions répétée en filigrane est toujours la même et souffre d’une forme de non élucidation : « et vous, comment réagiriez-vous? »

I. La découverte d’une réalité sociale et une volonté  indirecte de dénonciation

Une dénonciation passive

Nous vivons dans une société où la non intrusion dans la vie privée des autres est une norme qui nous est chère. La question est la suivante : jusqu’à quel moment, ou à quel degré, nous pouvons nous freiner d’intervenir ? Une situation qui dépasse largement les limites devrait pouvoir être stoppée, quelque soit la personne qui est en face. Reste à définir ce que sont ces « limites ». Dans l’émission #CamClash, les limites sur lesquelles les créateurs du magazine appellent à réagir sont les discriminations quotidiennes.

Comme je le précisais en introduction de ce compte-rendu, les journalistes n’ont pas vocation a joué un rôle actif et c’est dans ce positionnement que l’émission trouve tout son intérêt ; à l’heure où l’opinion publique est agacée de voir les journalistes ou les hommes politiques parler à leur place (en utilisant la rhétorique on ne peut plus connue de « les français en ont marre » ou « les français veulent »), cette émission s’insère très bien dans un paysage qui lui est tout aussi réceptif.

On remarque toutefois, que le casting est sélectionné et que la dénonciation est présente. Les personnes clefs de l’émission sont des jeunes ; il s’agit d’un moyen d’affirmer que la jeunesse a repéré certains comportements sociaux qui dépassent la normale et qui sont en voie de « normalisation ». La présence de jeunes dans l’émission atteste également de l’inquiétude croissante de la jeunesse face à l’évolution de la société et face à la prise en compte, en France, de la diversité. Comme on le dit souvent, l’avenir de France réside dans le combat qu’elle mènera afin d’intégrer sa diversité et non l’exclure.

Une dénonciation active

La dénonciation passive passe par celle des journalistes qui, tout en respectant la situation qui se présente à eux, sont dans une forme de dénonciation tacite. Or, le véritable intérêt de cette émission réside dans sa dimension réaliste et dans sa volonté d’associer les français au sens large à ces situations qui sont parfois totalement sidérantes.

L’idée de mettre les français devant une situation afin de tester leur réaction est intéressante. Parce qu’on remarque que plusieurs profils se dégagent. Les uns qui préfèrent respecter – peut-être de manière trop intense – la liberté des autres et les autres qui préfèrent intervenir et qui estiment que, face à l’absurdité de la situation, il ne s’agit plus de liberté mais d’agressivité.

La dénonciation active passe également par le fait que les thèmes abordés par cette émission sont centraux dans le débat social. Souvent, le présentateur, avant de lancer ce qu’il appelle une « séquence » – ce qui fait d’autant plus penser à une forme d’émission très analytique -, va faire le résumé du débat qu’il va soulever. Il peut s’agir du voile (il précisera alors que derrière la laïcité certains cachent du racisme) ou encore de l’homophobie (avec le débat qu’a suscité cette question lors des manifestations « le mariage pour tous »).

Mais l’émission n’a pas simplement pour vocation d’aborder des débats sociaux. Elle a également la vertu d’attirer l’attention sur le quotidien des femmes qui se font harceler près des stations de bus ou encore dans le métro. Je ne pourrais pas oublier le témoignage de cette comédienne qui affirmait que certaines personnes allaient même, dans le métro, aux yeux de tous, passer sa jambe au-dessus de celle d’une autre femme.

II. Le troisième témoin : un comédien en trop ?

Suppression du troisième comédien pour une meilleure lisibilité

Le concept de la « séquence » vise à mettre en avant un comédien qui aura un jeu de rôle. Parfois, plusieurs comédiens fabriqueront la scène. Seulement, il est souvent ajouté à ces comédiens composant la scène de référence, une troisième personne qui sera une sorte de médiateur.

Lorsqu’il a pour rôle de ne pas laisser les personnes s’emballer et intervenir à temps avant qu’une personne n’en vienne aux mains, alors son rôle est incontestable. En revanche, le rôle plus contestable est celui de cette troisième personne lorsqu’il s’agit de jeter « de l’huile sur le feu » afin de susciter la réaction des autres.

L’intérêt de l’émission résidant dans une approche très analytique, il ne faudrait pas faire intervenir cette tierce personne qui alimente le débat. Il s’agit ainsi de déterminer quelle sera l’approche de la personne lambda dans la rue, sans artifice. Je pense notamment à la séquence concernant la femme battue. L’idée était de mettre en place une scène dans laquelle une femme se rend dans un bar avec son mari qui est très désagréable et agressif vis-à-vis de sa femme afin de déterminer comment les personnes environnantes réagiraient.

Reste qu’un troisième comédien intervenait souvent pendant la scène afin de susciter la réaction des personnes alors même que ces dernières avaient commencé à réagir face à l’absurdité de la situation. Peut être que la suppression de ce comédien pourrait rendre la scène plus lisible et renouerait avec l’objectif louable et visible de l’émission.

Profil des personnes qui réagissent

Face à l’absurdité d’une situation, ce sont souvent les femmes qui réagissent. Concernant la séquence sur l’obésité, ce sont majoritairement des femmes qui ont pris la parole pour défendre la personne en situation de surpoids. Les hommes réagissent parfois également mais on peut repérer deux mécanismes : soit ils attendent longtemps et sont d’un coup très agressifs, soit ils interviennent par le truchement de leur femme.

D’autres personnes, lorsqu’elles voient la situation se profiler à l’horizon, préfèrent tout simplement s’en aller et quitter le lieu en laissant souvent la personne en détresse sans aide. Certains profils affirment quant à eux qu’ils attendaient de voir si la personne allait « décoller un coup de poing » avant de réagir.

Quoiqu’il en soit, cette émission est la bienvenue. Face à des médias qui ne laissent plus le spectateur libre de lire l’information comme il l’entend, cette émission vise à éliminer l’aspect du journaliste analyste et laisse plus de place à la liberté de penser et de lire la situation comme on l’entend. Il faut ainsi saluer les producteurs de cette émission mais également les comédiens dont le rôle, il faut se l’avouer, ne doit pas être toujours facile à jouer.

*Asif Arif est élève-avocat à l’Ecole de Formation Professionnelle des Barreaux de la Cour d’appel de Paris et chargé d’enseignement (TD) de droit des contrats / droit de la responsabilité civile à l’Université de Paris Dauphine. Il est spécialisé en droit des affaires. Asif est très actif dans la promotion de l’éducation et est le Directeur du site Cultures & Croyances ayant vocation à promouvoir l’éducation, la laïcité et le dialogue interreligieux à travers des études de qualité. Toujours dans le cadre de la promotion de l’éducation, Asif est membre du Think Thank « Madiba » et est spécialisé sur l’ensemble des questions liées à la promotion de l’éducation en Afrique. Enfin, Asif est également très actif dans le milieu des Droits de l’Homme et, plus précisément, en ce qui concerne les minorités religieuses. Il s’occupe des affaires publiques concernant les violations des Droits de l’Homme et les Persécutions subies dans le monde par la minorité religieuse Islam Ahmadiyya.

Pour citer le compte-rendu :

Asif Arif, « #CamClash sur France4 : enfin une émission ayant du sens ! », in : www.cultures-et-croyances.com, Rubrique Culture & Partage – Compte-rendus, juin 2014.

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