COMPTE-RENDU – « La malédiction de naître fille »

*Compte-rendu rédigé par Mahrukh Arif

L’émotion relayée par la communauté internationale suite à la remise en cause partielle de la politique de l’enfant unique en Chine m’a donné l’occasion de me replonger dans un documentaire qui pourrait largement être classé aux côtés des plus grands classiques. On le sait, et cela depuis toujours, la femme a fait l’objet d’instrumentalisations ; le Professeure Dumont rappelait dans les colonnes de Cultures & Croyances que l’octroie du droit de vote aux femmes, en France, a également était une source de polémiques politiques.

Le documentaire d’ARTE, diffusé il y a sept années de cela, traite de la situation des femmes dans trois pays d’Asie : l’Inde, le Pakistan et la Chine. La situation délétère et inhumaine dans laquelle la femme est laissée appelle nécessairement à plusieurs commentaires et ce, d’autant plus, que la situation n’a absolument pas évolué depuis la diffusion du documentaire : elle s’est empirée. Le titre de la série de documentaires réalisés par ARTE, « un génocide silencieux », fait résonner si justement ce qui se passe dans ces pays qu’il est à lui seul suffisant pour comprendre l’ampleur de la situation. Reste que le documentaire fait ressortir trois éléments d’analyse majeurs que je me permets de mettre devant nos lecteurs.

Le documentaire traite l’infanticide des filles.

L’Inde et le poids des traditions

Il est désormais très connu que l’Inde connaît un modèle patriarcale très solidement ancré dans les mentalités. Il s’agit d’un pays où l’importance de la famille est centrale et les différentes séries diffusées par les télévisions indiennes ne font que conforter cette analyse. Non seulement la situation familiale est omniprésente mais le regard de l’autre est également une donnée majeure qui « explique » en grande partie l’infanticide. Selon une interview réalisée dans le documentaire, une autre raison est purement économique ; l’avortement est une source importante de bénéfices pour les médecins qui, largement attirés par l’appât du gain, se laissent séduire par une pratique des plus inhumaine, lorsqu’on regarde les motifs pour lesquels elle est utilisée. Certains aspects sociaux, liés notamment à l’industrie du cinéma, permettent également de comprendre l’état actuel du pays (pour voir notre étude sur Bollywood, culture indienne et l’essor des viols en Inde, cliquez ici).

Girls_carrying_water_in_India

Dans les villages les plus reculés, les pratiques traditionnelles ont pris le dessus ; à compter de l’instant où il s’agit d’une fille, il faut la sacrifier et l’assasiner. Une coutume locale, dans certains villages, va même jusqu’à soutenir que si une mère tue sa fille, elle pourra avoir un garçon. Le fameux garçon. Vu comme le sésame de la progéniture, le garçon est la force centrale dans tous les domaines (sociaux et économiques). D’abord, selon une vieille tradition hindoue, il serait le seul apte à recevoir l’héritage des parents (les filles ne sont pas éligibles). Par ailleurs, il est une source de revenus pour la famille puisqu’il est à même de travailler et d’apporter une plus value à la famille et que la femme n’est bonne « qu’aux tâches ménagères ». Afin de ne pas devoir supporter une « charge trop importante », les familles préfèrent tuer les filles.

Le Pakistan et la pauvreté

Le Pakistan est un Etat Islamique. Au cours de l’ère préislamique, l’infanticide était une pratique constante et réputée pour être signe de noblesse ; une père qui enterrait vivante sa fille était considéré comme quelqu’un d’éperdument courageux. Avec l’arrivée de l’Islam, l’infanticide a été fermement condamné – tant par le Coran que les Traditions du Prophète de l’Islam, Muhammad. En effet, les infanticides répugnaient profondément le Prophète de l’Islam qui estimait que ce n’était pas un acte de courage mais une pratique totalement inhumaine et émasculé. Au Pakistan, cet héritage islamique n’a pas été oublié et une loi qualifie clairement l’infanticide de délit.

cimg3615bisCe qu’explique le documentaire est qu’au Pakistan, l’infanticide est largement lié à la pauvreté. Nous faisant voyager dans les bidonvilles de Karachi, le documentaire nous fait alterner entre rire (en voyant des images de jeunes filles magnifiques aux vêtements traditionnels) mais également pleurer à l’entente des justifications parentales : « la fille se sert à rien », « la fille est bonne à rester à la maison », « la fille n’apporte rien ». Puis, si l’on a une fille, cela génère des frais ; elle doit être mariée, elles doivent être élevées. La situation n’a guère évolué, l’épisode de Malala en est une simple confirmation.

La Chine et la politique de l’enfant unique 

ChinaCe n’est plus un secret pour personne, la Chine a largement favorisé la politique de l’enfant unique. Cette politique a non seulement une dimension totalement inhumaine mais a également laissé naître et s’accroître une distorsion démographique sans précédent. Le documentaire attire notre attention sur un chiffre étonnant : dans une petite campagne, pour environ 130 garçons, il y a seulement 100 filles. Cette présence excessive de garçons trouve son fondement dans la politique de l’enfant unique et dans la recherche, systématique, des parents chinois à favoriser le raisonnement suivant : « s’il faut avoir un seul enfant, il faut que ce soit un garçon quitte à ce qu’il faille tuer sa fille ».

Aujourd’hui, pour diminuer cette carence démographique, la Chine tente éperdument de favoriser les naissances et, surtout, les filles. Le Gouvernement n’hésite plus à offrir des terres et des habitations aux plus pauvres ou aux personnes ayant eu plusieurs filles. La femmes est donc, encore aujourd’hui, victime de l’instrumentalisation du politique.

En somme, un documentaire que l’on ne peut qu’enjoindre de regarder :


*Après avoir obtenu son baccalauréat Littéraire, Mahrukh Arif s’est destinée aux classes préparatoires « Grandes Ecoles ». Actuellement en troisième année de classes préparatoires littéraires avec comme spécialité l’anglais. Mahrukh prépare les concours pour entrer à l’Ecole Normale Supérieure. Mahrukh est la Responsable Communication et la Secrétaire Générale du site Cultures & Croyances.

N.B. Cultures & Croyances : Images, Google Images, Humanium.

Pour citer le compte-rendu :

Mahrukh Arif, « Compte-rendu de la malédiction de naître fille », in : www.cultures-et-croyances.com, Rubrique : Culture & Partage – Compte-rendu, novembre 2013.

2 Responses to COMPTE-RENDU – « La malédiction de naître fille »

  1. Pingback: ETUDE – Women walk in when everyone else walks out | Cultures & Croyances

  2. Merry 16 novembre 2013 at 21 h 54 min

    Voilà à quoi on arrive lorsque des populations pauvres sont concentrées et coupées de toute civilisation. Comment mettre fin à ces pratiques archaïques si ce n’est en permettant à ces gens de s’ouvrir aux mondes. Faut il les blamer ? Ces gens n’ont même pas conscience de la monstruosité de leur geste.
    Qui aurait cru que ces pratiques existaient encore ? A quand les campagnes de sensibilisation ? Cela témoigne une fois de plus que le combat pour l’égalité des genres est loin d’être fini.

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