COMPTE-RENDU – L’Algérie, son histoire et le cinéma

Added by Sonia Ben Mansour on 27 avril 2015. · 1 Comment · Share this Post

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Documentaire à regarder...

Il était une fois les Royaumes d'Afrique - L'Ethiopie

*Par Sonia Ben Mansour

« Tant que les lions n’auront pas leurs propres historiens, les histoires de chasse continueront de glorifier le chasseur »[1].

Du 31 mars au 19 avril dernier, le panorama des cinémas du Maghreb et du Moyen-Orient a ouvert ses portes. Depuis de nombreuses années, ce festival propose de faire découvrir la cinématographie du Maghreb/Moyen Orient. L’association Panthéon Sorbonne Monde arabe a invité ses membres à se rendre à deux projections organisées.

C’est à cette occasion que les membres de l’association pouvaient découvrir le film « Algérie Tours et détours » réalisé en 2007 par deux cinéastes, Leïla Morouche et Oriane Brun-Moschetti. Le film traite des problèmes économiques et sociaux de l’Algérie en donnant directement la parole aux algériens. Le concept (du cinébus) consiste à sillonner l’Algérie en diffusant des films relatant  l’histoire de l’indépendance du pays, de l’Afrique plus globalement et de questionner le public  après la projection du film sur ce thème.

Ils expriment tous une immense fierté d’avoir acquis leur indépendance en 1962. Malgré les problèmes économiques actuels, ils ne regrettent en rien le temps de la colonisation. Toutefois, ils expriment leurs déceptions de cette après-indépendance où tout ne s’est pas passé comme ils l’espéraient. Les jeunes déplorent le taux de chômage les affectant et le manque de moyens pour les distraire (notamment des salles de cinéma).

Mohammed Arkoun, professeur émérite à Paris III-Sorbonne (décédé en 2010) évoque le parti-Etat dominant la sphère politique en Algérie.

« Ce parti politique a milité pour l’indépendance, est arrivé au pouvoir et s’est proclamé Etat. Le peuple attendait d’être conduit vers les libertés qu’on lui avait promises pendant la lutte de la libération. Cependant, ce parti unique ne tolère pas de pluralisme politique. Ainsi, il ne permet pas à la société civile de se former, d’entrer en scène politiquement, juridiquement et culturellement alors que c’est le devoir de tout Etat attaché au peuple »[2].

La guerre civile dans les années 90 aura marqué profondément le peuple algérien après la victoire aux élections législatives du FIS (Front islamique du Salut) et a bloqué l’idée même de transition démocratique.

Dans le film « L’Oranais » sorti en 2013, le réalisateur Lyes Salem rappelait que

«La France avait tout construit en Algérie, elle part en laissant un pays en marche, mais elle n’avait pas intégré les Algériens dans l’appareil. Ceux qui savaient faire fonctionner la machine étaient peu nombreux» « …et le sentiment grisant de liberté des années 1960 sera bientôt terni par un pouvoir qui installe sa propagande et son histoire officielle »[3].

La condition de la femme algérienne est également évoquée. Les femmes prennent la parole et s’expriment sur leurs désirs d’émancipation. Deux opinions se confrontent alors : celles de ceux qui sont satisfaits de sa condition rejetant toute évolution (imposée souvent dans les consciences collectives par l’Occident) et celles de ceux qui estiment que la femme algérienne est lésée par certaines institutions de droit musulman (comme la polygamie par exemple) et dans son droit à disposer de son corps.

Ce film a été tourné en compagnie de René Vautier, réalisateur et scénariste français (15 janvier 1928- 4 janvier 2015). L’Algérie est au cœur de l’œuvre de ce cinéaste engagé qui a « toujours considéré une caméra comme une arme de témoignage. Mais ce n’est pas une arme qui tue. Au contraire, ça peut être un instrument de paix. C’est pour cela que je me suis bagarré pendant cinquante ans pour qu’il y ait des dialogues d’images, et tous les films que j’ai fait, je considère que ce sont des dialogues d’images. Le réalisateur prend parti. Il s’engage d’un côté, mais il donne aussi la parole aux gens d’en face »[4]. Engagé dans la résistance à 15 ans, et marqué par la guerre, il réussit le concours d’entrée à l’institut des Hautes Etudes Cinématographiques (IDHEC).

René Vautier a réalisé plusieurs films, parfois très mal accueilli en raison de son engagement pour l’indépendance de l’Afrique : Afrique50, Une nation l’Algérie, Algérie en flammes, Avoir vingt ans dans les Aurès, La folle de Toujane, A propos de l’autre détail… Son œuvre est principalement centrée sur l’histoire de l’Algérie.

Tous ces films permettant d’avoir une vision historique de ce qui a pu se passer en Algérie, de se plonger au cœur de son histoire.  Malheureusement, les salles de cinéma se sont raréfiées en Algérie, le peuple algérien en pâtit car la lecture et  les films  sont essentiels pour une meilleure diffusion du savoir. Connaître son passé permet de mieux entrevoir l’avenir, avec l’espoir que de nouvelles voies s’ouvriront à la jeunesse algérienne, dont le potentiel est incommensurable.

*Sonia Ben Mansour est Avocat à la Cour et doctorante à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

Pour citer le compte-rendu:

Sonia Ben Mansoor, « L’Algérie, son histoire et le cinéma », in : www.cultures-et-croyances.com, Rubriques : Cultures & Partages – Compte-rendu, avril 2015.

Questions posées à l’Association Panthéon Sorbonne Monde Arabe[5]

Qui est à l’initiative de cette association ? Quand est-ce que cette association a été créé ?

L’association Panthéon Sorbonne Monde Arabe a été créé par deux étudiantes durant l’été 2013 qui souhaitaient offrir, à travers cette association, une visibilité au sein de l’université Paris I aux thématiques qui touchent le monde arabe.

Quel est le but de votre association ?

Notre association vise à promouvoir le monde arabe à travers ses aspects culturels, géopolitiques et les enjeux qui peuvent le traverser. C’est une association apolitique et sans portée religieuse qui vise à sensibiliser un public étudiant aux réalités d’une région souvent médiatisée mais finalement peu connue. Nous pensons que l’université est le cadre idéal pour apporter des connaissances sur cette région en transition importante.

Quel est le message que vous souhaitez transmettre à la jeune génération ?

Il nous semble très important, particulièrement dans le contexte actuel, de déconstruire, à travers les évènements que nous proposons, les idées-reçues et les visions simplificatrices d’une région pourtant très variée et complexe. C’est donc à nous, la jeune génération, de faire évoluer les cadres de pensée, même si cela reste à une modeste échelle.

__________

[1] Proverbe africain

[2] http://www.fondation-arkoun.org/blog/2013/01/03/au-nom-de-lislam-mohammed-arkoun-partie-1/index.html

[3] http://www.lefigaro.fr/cinema/2014/11/18/03002-20141118ARTFIG00274–l-oranais-une-saga-algerienne.php

[4] Citation de René Vautier

[5] Contact: http://pantheonsorbonnemondearabe.com/

 

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