DEBAT – Le Bouddhisme, philosophie ou religion ?

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Brièvement,

Alors qu’une première série de débat avait été lancée par Adeel Shah concernant l’Islam, voici venir le tour du Bouddhisme sous la plume du Vénérable Parawahera Chandaratana qui ont pour objet d’écarter les malentendus édifier autour d’une religion, opinion, pensée, philosophie ou croyance. L’idée étant de donner la parole aux acteurs de terrain pour qu’il puisse s’exprimer.

*Débat rédigé par le Vénérable Parawahera Chandaratana

De nos jours en Occident, il est de bonne guerre de proclamer que le Bouddhisme n’est pas une religion mais une philosophie. En fait, les catégories conceptuelles propres aux termes d’origine étymologique hellénique ne sauraient s’appliquer pour définir avec justesse et pertinence les enseignements du Bienheureux, de l’Omniscient et de l’Eveillé. Le Bouddha a plutôt proposé à ses élèves et adeptes moines et laïques une sotériologie positive pour éradiquer la souffrance, qui se démarque de toutes les religions théistes et ne saurait non plus être qualifiée de philosophie au sens grec et spéculatif du terme. Il s’agit plutôt d’un exposé aride et cru de tous les phénomènes de la conscience qui constituent la réalité ainsi que de la réalité ultime qui est la cessation de tous les phénomènes mentaux et matériels, appelée « nibbâna » par le Bienheureux. Le Bouddha a prôné une véritable science médicale du mental humain tout en ne niant jamais l’existence de consciences divines appelées « jhâna » ou divinités appelées « deva ». Il a simplement été insatisfait de ces fameux états d’absorption mentale appelés « jhâna » qu’il a expérimentés en méditant suite aux instructions données par deux grands maîtres de l’époque appelés Alara Kalama et Uddakarama.

D’après les enseignements de Bouddha, certains êtres renaissent dans les sphères de conscience correspondant aux jhânas, en tant que « Brahma » grâce à leur grande réalisation spirituelle lors de leur renaissance antérieure. Mais pour le Bouddha, le fait d’avoir réalisé « quelque chose » est justement le commencement d’un problème et non sa solution définitive. D’après lui les divinités des sphères de conscience sublimes continuent à entretenir leur ignorance et elles sont victimes de l’illusion d’un Soi éternel appelée « Sakkaya ditthi ». Qu’est-ce qui nous prouve que leur réalisation n’est rien d’autre que le fruit de l’agrégat de la conscience pure qui substitue aux expériences sensorielles grossières des expériences sensorielles mentales subtiles qui font toujours partie du Samsâra ?

La voie du Bouddha est le « majjhima patipada », la voie du milieu, qui n’est ni celle des éternistes (sasattavâdî), ni celle des nihilistes (ucchedavâdî) et dans ce sens on ne saurait qualifier le Bouddhisme de philosophie ou religion athée. En effet, l’athéisme est le fruit de la négation du Dieu des monothéismes, ce Dieu n’étant simplement jamais conçu dans l’enseignement du Bouddha, qu’il s’agisse des enseignements d’origine appelés Theravâda ou encore du Bouddhisme spéculatif et moderne que constitue le Mahâyâna. On devrait plutôt qualifier le Bouddhisme en général d’enseignement non-théiste.

Alors, comment expliquer l’accomplissement de nombreux rituels de nature apparemment religieuse au sein de pagodes des pays Theravâda d’Asie du Sud et du Sud Est ou encore le culte rendu à de multiples Bouddhas célestes et bodhisattvas dans les Bouddhismes Mahâyâna et Vajrayâna.

La voie directe du Satipatthana Vipassanâ Bhâvanâ, de l’établissement de l’attention donnant lieu à l’introspection intuitive dans la réalité, n’est pas une voie religieuse mais le commun des mortels a besoin de consolation sentimentale épousant la forme de rituels religieux. Alors, dans le Theravâda par exemple, on encourage les laïcs et les moines à réciter matins et soirs le Tisarana-tiratana vandanam, la prière de triple refuge dans le triple joyau que constituent le Bouddha (l’Eveillé), le Dhamma (l’enseignement sur la réalité) et le Sangha (la communauté des moines).

Dans le Theravâda, le statuaire du Bouddha est conçu comme un symbole des qualités spirituelles que l’adepte peut cultiver en lui-même et non comme une divinité extérieure à soi. De nombreux upasâka (laïcs) souhaitent accumuler du mérite en faisant des offrandes de nourritures ou autres choses requises aux moines. C’est pour cela que les bhikkhu par compassion accomplissent des cérémonies appelées « Amisa pûjâ » afin de satisfaire aux besoins des laïcs d’être consolés des tourments de l’existence mondaine et encouragés dans la pratique afin de purifier leur mental de façon progressive. Naturellement, par voie de syncrétisme, certaines pagodes d’Asie du Sud ou du Sud Est, intègrent des images pieuses de divinités hindoues, comme au Sri Lanka, des Nat-s ou esprit de la nature, comme au Myanmar, ou l’image d’un Brahma à quatre têtes bouddhéisé, comme en Thaïlande.

Le Bouddhisme Mahâyâna, pour sa part, prône la voie du Bodhisattva, la « bodhisattva-mârga » et même si les enseignements ultimes déclarent que tout ne s’inscrit que dans un champ d’interdépendance et de vacuité universelle (« shûnyatâ »), de nombreux adeptes croient, de façon quasiment religieuse, que les Bouddhas célestes et Bodhisattvas peuvent intercéder de façon bienveillante en leur faveur sur le sentier de réalisations mondaines ou spirituelles. Le Bouddhisme tibétain, si cher à de nombreux français et autres occidentaux, propose, entre autres, des rituels à « Mahâkâla », le gardien du Dharma, des retraites méditatives à Chenrezi (le Bodhisattva « Avalokiteshvara » « le Seigneur qui entend les pleurs du monde ») ou encore les Tara verte ou blanche. Concernant l’amidisme qui est très populaire en Corée du Sud, et qui prône la vénération du Bouddha Amitabha de la terre pure de « Sukha-Bhûmî », ce n’est pas une religion théiste non plus mais une religion quand même sous un certain angle de vue.

Donc, il existe des rites à caractères religieux au sein des diverses écoles bouddhiques, mais leur finalité est une réalisation intérieure informe sans qu’il n’y ait jamais vraiment, de façon ultime, d’êtres surnaturels et de divinités à vénérer. Le Nibbâna du Theravâda ou la Shûnyatâ du Bouddhisme Mahâyâna, n’y sont jamais conçus comme l’essence divine de l’univers, contrairement à l’Âtman-Brahman des Oupanishads védiques. Le Bouddhisme ne constitue nullement une croyance au sens traditionnel du terme mais une méthode de purification de soi, une manière de vivre selon une hygiène physique et mentale radicale aux fins de parvenir à la libération définitive du cycle des morts et des renaissances appelé Samsâra. Quant à son caractère prétendument philosophique, le Bouddhisme n’enseigne aucunement que la spéculation philosophique est une fin en soi car c’est le silence de la méditation qui répond à nos questions existentielles.

De toutes manières je voudrais vous dire, le Bouddhisme est un enseignement réaliste. On peut lui donner le nom de religion ou celui de philosophie, l’enseignement  ne changera pas. Il est un processus d’évolution adressé à l’homme.

*Le Vénérable Parawahera Chandaratana est le fondateur du Centre Bouddhique International en France situé dans la ville du Bourget en Seine-Saint-Denis. Il intervient régulièrement dans le dialogue interreligieux afin, notamment, de présenter le centre, ses activités et ses croyances.

Pour citer le débat :

Parawahera Chandaratana, « Le Bouddhisme : philosophie ou religion ? », in : www.cultures-et-croyances.com, Rubrique Opinions – Débats, décembre 2013.

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