DEBAT – Si les bombes peuvent tuer des extrémistes, elles ne détruiront pas l’extrémisme

Added by Cultures et Croyances on 1 décembre 2015. · 1 Comment · Share this Post

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Il était une fois les Royaumes d'Afrique - L'Ethiopie

*Par Umar Nasser

L’état de choc que nous avons connu face aux récentes attaques terroristes à travers Paris, le Moyen-Orient, et maintenant le Mali et la Tunisie, est suivi, comme on pouvait le prévoir, d’appels à la vengeance aveugle.

Bombardons-les et finissons-en une fois pour toutes ! Détruisons l’ennemi, et tout ira bien. »

Cet appel, combien séduisant soit-il, ne peut rester sans réponse.

Oui, l’« Etat Islamique » doit être vaincu, mais il serait absurde de détruire l’EI aujourd’hui si cela produirait un autre EI dans 5 ans. Si nous voulons vraiment vivre dans un monde sans terrorisme, nous ne pouvons pas continuer à traiter cette situation comme un phénomène auto-existant, divorcé d’un paysage géopolitique mondial qui est en grande partie façonné par nos propres actions. Notre objectif ne doit pas être la seule défaite de l’EI – le but doit être l’établissement d’une paix durable.

Si les attaques ont été perpétrées par l’EI, il ne faut pas oublier que l’EI est l’enfant de la philosophie extrémiste et l’aide étrangère. Nous devons réfléchir sur chacun de ces points.

L’État islamique ne mérite pas son nom. Le Coran que les extrémistes tels que ceux de l’EI brandissent dans leurs vidéos désavoue leur mainmise, avertissant ses lecteurs que le meurtre d’un innocent équivaut à l’assassinat de l’ensemble de l’humanité (chapitre 5, verset 33). Il enseigne aux musulmans de vivre en paix avec les gens de toutes confessions, avec équité et bonté (chapitre 60, verset 9).


Notre avenir pour des générations a venir dépendra de notre réaction aux attaques récentes.


L’extrémisme islamique n’est pas le résultat de l’enseignement du Prophète Muhammad ; l’extrémisme bouddhiste ne provient pas du Bouddha ni l’extrémisme chrétien du Christ ; et l’extrémisme athée ne naît pas non plus de la philosophie laïque. Indépendamment de l’idéologie dont il revendique l’inspiration, l’extrémisme représente une volonté de quelques-uns de fouler aux pieds les droits de la majorité.

Or, il s’agit là d’une chose odieuse pour la plupart des gens, et cela sous-entend que son influence ne peut grandir qu’avec une aide extérieure. Le cas de l’EI le démontre clairement. Les actions irréfléchies des gouvernements occidentaux ont appuyé la spectaculaire montée au pouvoir de l’EI de plusieurs façons.

Tout d’abord, en lui fournissant l’occasion. En effet, ce n’est pas par hasard que l’EI a des bastions en Irak et en Libye, deux nations laissées paralysées par des interventions occidentales largement condamnées par l’opinion mondiale. Il semblerait que dans l’esprit de notre élite sociale, les gains financiers et géopolitiques de ces invasions l’emportent complètement sur un quelconque égard pour la vie des peuples autochtones. Avec des millions de morts et de personnes traumatisées, le vide qui en a résulté au niveau du pouvoir a imposé une deuxième injustice sur les autochtones, car leurs nations sont devenues une cible facile pour les ambitions territoriales de l’EI.

Ensuite, grâce à un soutien physique. Les armes, le financement et la formation ont, pendant des années, coulé à flots vers ces fameux « rebelles modérés » aux visages anonymes dans une tentative de renverser Assad.

Cependant, nos alliés apparemment pacifistes ne sont pas des drones que nous pouvons rappeler à la simple pression d’un bouton. Les armes et la formation que nous leur avons fournies sont désormais devenues les instruments mêmes de la terreur à laquelle nous nous opposons. Comment tout ceci peut-il être le résultat d’une politique juste ou rationnelle? Si notre intention était vraiment de réduire les violations des droits de l’homme au Moyen-Orient, pourquoi alors notre solution a-t-elle été d’armer et de financer différents auteurs de graves atteintes aux droits humains? Si nous voulions vraiment la paix dans la région, notre action première n’eût pas été de renverser des gouvernements.

Elle serait plutôt, tel qu’un leader dans le monde islamique avait récemment proposé aux députés britanniques, de travailler avec les gouvernements en place et non contre eux; de construire des ponts au lieu de les brûler; d’offrir notre soutien dans le désherbage de leur extrémisme local, mais à la condition qu’ils administrent la justice de façon universelle. Si de telles politiques avec pour objectif la paix et non le pouvoir étaient menées de manière coordonnée dans le Moyen-Orient, l’extrémisme et les violations des droits de l’homme commenceraient à diminuer.

Or, tel qu’il est, le mépris total pour la vie humaine au-delà de nos frontières culturelles fournit le fourrage idéologique dont l’extrémisme a besoin pour prospérer. Les leaders religieux corrompus peuvent pointer un doigt accusateur vers la déstabilisation systématique des pays à majorité musulmane, la qualifiant d’attaque sur le cœur de l’islam. Leur appel infondé à la «guerre sainte» donne aux jeunes désenchantés une cause, une direction, et aussi – et c’est le point le plus crucial – une rémunération financière. Nos propres injustices ont involontairement donné aux extrémistes un prétexte sur un plateau d’argent.

Quelles que soient ses origines, il est désormais un fait que l’EI existe et doit être arrêté. Mais sa défaite doit être préparée avec sagesse et clairvoyance, dans le cadre d’un engagement plus large à la paix dans la région. Malheureusement, pour l’instant c’est une réaction instinctive qui prédomine dans nos milieux politiques et forums médiatiques. Cet instinct nous dit que notre incapacité de nous débarrasser de l’extrémisme est tout simplement une question de puissance militaire – et qu’il nous faudra en montrer davantage.


Hollande prévoit des « vols de reconnaissance… par lemondefr

Une telle attitude est aveugle par rapport à ce qui nous a précédés. Des bombardements vengeurs pourraient bien détruire l’EI, mais la victoire ne durera que le peu de temps qu’il faudra pour que la prochaine entité extrémiste s’organise.

Les bombes et les balles peuvent tuer des extrémistes, mais elles ne détruiront pas l’extrémisme. Le risque, bien entendu, est que nos générations futures aient à faire les frais d’une telle naïveté. Si nous voulons arrêter les attaques comme celles que nous venons de subir, nous devons nous réveiller et analyser les causes profondes de l’extrémisme. Nous devons nous abstenir de commettre des injustices tout en retenant la main des autres.

Rien ne peut justifier le fait qu’un extrémiste prenne une vie innocente, en particulier celui qui le fait au nom de l’Islam. Toutefois, sans un engagement pour changer les comportements profondément ancrés dans notre politique internationale, l’extrémisme va perdurer.

*Sur l’auteur : Umar Nasser est un conférencier et écrivain sur l’islam et les droits de l’homme en Grande-Bretagne. Il est aussi le président national de l’association des étudiants musulmans de l’Ahmadiyya du Royaume-Uni, et un étudiant en médecine à l’Imperial College de Londres.

Pour citer l’article :

Umar Nasser, « Si les bombes peuvent tuer des extrémistes, elles ne détruirons pas l’extrémisme », in : www.cultures-et-croyances.com, Rubrique : Opinions – Débats, décembre 2015.

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