DOSSIER SPECIAL – « Les défis du Mali Nouveau : 365 propositions pour l’émergence » – I pour Infrastructures

CHEICKNA BOUNAJIM CISSE

LES DEFIS

DU MALI NOUVEAU

 

 Sans titre1

 

 365 propositions pour l’émergence

 

 

INFRASTRUCTURES

 

 

« On ne peut pas développer un pays si on ne développe pas les infrastructures                                                                                            qui permettent la circulation des biens, des services et des personnes                                                                                                         pour travailler et rapprocher les populations des opportunités économiques. »

Boubacar CAMARA[1]

 

 

 

Le Mali est un vaste territoire semi-aride, sans littoral, situé dans la bande sahélo-saharienne et frontalier de sept pays (Algérie, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Guinée, Mauritanie, Niger, Sénégal). Avec une population de 15 millions d’habitants, il a la seconde superficie la plus importante des pays de la CEDEAO, après le Niger, et l’une des plus vastes du continent africain (la 8ème en Afrique et la 22ème au monde). La partie désertique couvre environ les deux tiers de la superficie totale. Le port le plus proche est celui de Conakry (capitale de la Guinée) situé à 950 km de Bamako. Ce qui pose d’énormes difficultés de voie de communication, tant à l’intérieur du pays qu’en liaison avec les pays voisins.

Avec la crise militaro-civile, les infrastructures publiques déjà très insuffisantes sont aujourd’hui, pour beaucoup, dans un état de dégradation avancé.

Au Mali, la mise à disposition par l’Etat d’infrastructures adéquates pour assurer un environnement sain est une obligation constitutionnelle.[2] De même, la composante « Infrastructures » fait partie des préalables au développement d’un pays.[3]

Etat des lieux

En juin 2011, la Banque Mondiale[4] dans le cadre du « Diagnostic des infrastructures nationales en Afrique », a publié un rapport qui fait l’état des infrastructures au Mali. Les constats ci-dessous reprennent, en grande partie, les conclusions de cette évaluation.

  • Transport : Les infrastructures de transport sont terrestres, ferroviaires, fluviales, portuaires et aéroportuaires. Le mode de transport le plus important au Mali est la route, soit 83 % du transport total[5].

–       Le Mali ne disposait à l’indépendance, en 1960, que d’un réseau routier d’une longueur d’environ 4 000 km dont 370 km de routes bitumées et 3 630 km de pistes mal entretenues et difficilement praticables en toutes saisons. Actuellement, le réseau routier recensé est de 18 709 km avec 3 397 km de routes bitumées, 11 148 km de routes en terre et 4 164 km de pistes. Le Chemin de Fer relie seulement Koulikoro à Dakar via Bamako la capitale. La voie fluviale n’est pas navigable pendant toute l’année, et est aussi entrecoupée de rapides par endroits (Sotuba et Tossaye). Le parc routier très vétuste est hétérogène et 75 % de ce parc est âgé de plus de 15 ans et par conséquent inadapté aux exigences de la vie économique et sociale du pays. En témoigne, le nombre d’accidents de la route qui reste très élevé en raison non seulement du mauvais état des routes, mais aussi l’inobservation des règles de la circulation routière.

–       Le Mali est très dépendant des corridors régionaux et des infrastructures régionales, en particulier pour le transport et la mise en valeur des ressources en eau. A l’heure actuelle, trois corridors commerciaux internationaux (Tema-Ouagadougou-Bamako, Dakar-Bamako, et Abidjan-Ferkessédougou-Bamako) relient le Mali à la mer. Suite aux problèmes de sécurité de la Côte d’Ivoire, qui fournissait traditionnellement un accès à la mer au Mali, les circuits de transit se sont déplacés vers d’autres corridors et ports associés de la sous-région. Le Mali fait également partie du corridor routier transsahélien (Nouakchott-Ndjamena), qui devrait présenter un intérêt accru pour les échanges intrarégionaux dans la CEDEAO. Le réseau ferroviaire de la région est, pour l’essentiel, discontinu. Les réseaux ferroviaires utilisent trois écartements de voie différents, ce qui rend difficile l’interconnexion ferroviaire régionale et renforce l’importance des corridors routiers. Une proposition a déjà été faite de relier Transrail (la compagnie ferroviaire Mali-Sénégal) à Sitarail (la compagnie ferroviaire Côte d’Ivoire-Burkina Faso).

–       Plus de 80 % des sections maliennes des corridors routiers de l’Afrique de l’Ouest sont maintenues en bon état ou dans un état acceptable, fournissant aux principales zones de production du sud un accès alternatif aux ports en eaux profondes de Dakar, Abidjan, Takoradi, Tema et Lomé.

  • TIC : Dans le cas des TIC, le Mali a mis en place un réseau en fibre optique, qui est raccordé au câble sous-marin SAT3 à deux points de connexion différents, au Sénégal et en Côte d’Ivoire. Le Mali a également libéralisé avec succès ses marchés de la téléphonie mobile, avec un accès de près de 40 % en 2008. Les accords d’itinérance et la concurrence entre pays ont maintenu les prix de la téléphonie mobile à un bas niveau.
  • Energie : La distribution d’électricité à des coûts raisonnables n’est possible à court terme que grâce aux échanges d’électricité au sein du Pool énergétique de l’Afrique de l’Ouest (WAPP).

–       L’accès à l’électricité au Mali a plus que doublé au cours des dix dernières années, en partie grâce à l’introduction d’un programme d’électrification rurale développé par l’Agence Malienne pour le Développement de l’Energie Domestique et l’Electrification Rurale (AMADER), qui a étendu l’accès à plus de 36 000 ménages ruraux.

–       Le coût de production de l’énergie au Mali est l’un des plus élevés de la région (0,33 à 0,39 dollar par kilowattheure), et constitue un obstacle au développement de l’accès des ménages desservis. Malgré des réalisations récentes, environ 17 % seulement de la population jouit d’un accès à l’électricité, bien moins que dans d’autres pays à faible revenu du continent. De plus, le prix de cession de l’électricité d’environ 0,20 dollar par kilowattheure, bien que relativement élevé, est pourtant insuffisant pour couvrir les coûts (0,33 à 0,39 dollar par kilowattheure). Au total, 200 millions de dollars sont perdus tous les ans en inefficacité, principalement le décalage entre les tarifs et les coûts dans le secteur de l’énergie.

–       Coût de l’énergie : Le problème de compétitivité des industries maliennes s’explique en grande partie par le coût exorbitant de l’énergie.[6]

–       La société Energie du Mali (EDM) est confrontée à une tension de trésorerie[7] de plus en plus difficile ce qui explique la récurrence des délestages enregistrés cette année. Les subventions d’exploitation sont versées annuellement à EDM par l’Etat : 2010 : XOF 5 milliards, 2011 : XOF 11 milliards, 2012 : XOF 30 milliards, 2013 : XOF 40 milliards. La tension chronique de trésorerie que connait EDM résulte de plusieurs facteurs. L’infériorité des recettes par rapport aux charges d’exploitation, du fait de la fixation des tarifs par les autorités publiques sans prise en compte des coûts de production, notamment celui du parc thermique, faiblesse des subventions d’exploitation par rapport aux manques à gagner résultant du contrôle des tarifs, l’importance des créances sur l’Etat et ses démembrements dont le recouvrement permettrait de desserrer l’étau autour de la trésorerie de EDM, et faciliter le règlement des fournisseurs de combustibles et de d’électricité (producteurs indépendants comme Eskom MANANTALI & SOPAM). Il y a aussi le manque d’entretien du parc de production propre de EDM, l’apparente insuffisance d’investissements pour répondre à l’accroissement de la demande, et ce, malgré des subventions d’investissement en partie par son statut d’entreprise publique. La situation déficitaire de la société explique également son absence de capacité d’autofinancement.

–       Bilan énergétique[8] : Le bilan énergétique 2008 du Mali révèle que la biomasse (bois et charbon de bois) représente environ 80% de la consommation énergétique nationale, les produits pétroliers 16%, l’électricité 3%, et enfin les énergies renouvelables (autres que l’hydroélectricité) 1%.

Le secteur de l’énergie comporte quatre principaux sous-secteurs qui sont les hydrocarbures, les énergies traditionnelles, les énergies renouvelables et l’électricité :

Hydrocarbures : le sous-secteur est caractérisé par une importation nette de produits pétroliers et donc une dépendance totale.

Energies traditionnelles : la ressource bois-énergie, principale ressource pour les besoins énergétiques des ménages maliens, est issue du potentiel forestier dont la capacité est estimée à près de 33 millions d’hectares avec un volume sur pied d’environ 520 millions de m3.

Energies renouvelables : l’inventaire des énergies renouvelables révèle un potentiel quantitativement très significatif sur l’ensemble du pays (avec cependant des disparités en fonction des sources d’énergies renouvelables). Même si elles n’ont jamais été comptabilisées dans les bilans énergétiques, elles pourraient avoisiner 3% de l’électricité conventionnelle produite (environ 12 MW). Cela est en-deçà des objectifs chiffrés de la Politique Energétique Nationale qui indiquent que la part des énergies renouvelables dans la production nationale d’électricité devrait atteindre 6% en 2010 et 10% en 2015.

Electricité : Le taux national d’accès à l’électricité est de 27,1 % en 2010. La demande d’électricité a une croissance annuelle de 10%. Le taux d’accès à l’électricité est de l’ordre de 55% en milieu urbain, tandis qu’il ne représente que 15% en milieu rural. Au niveau du sous-secteur ‘Électricité’, les objectifs quantifiés de la Politique Energétique Nationale consistent à porter le taux d’électrification rurale de 1% en 2005 à 12% en 2010 et 55% en 2015. Les résultats atteints à ce jour sont conformes aux objectifs. Le coût moyen de production de l’électricité sur le réseau est estimé à USD 0.24/kWh avec Énergie du Mali SA (EDM SA), alors que le coût moyen de production hors réseau s’élève à près de USD 0.47/kWh avec les Sociétés de Services Décentralisées (Korayé Kurumba et Yéleen Kura).

–       Potentiel énergétique du Mali : Le Mali dispose d’un potentiel important en énergies renouvelables, notamment l’énergie solaire, l’hydroélectricité, la biomasse et les biocarburants.

Potentiel d’énergie solaire[9] : L’irradiation moyenne, convenablement répartie sur le territoire national, est de 5-7 KWh/m2/J avec une durée d’ensoleillement quotidien de 7 à 10 heures. Dans le monde, l’irradiation moyenne est estimée à 4-5 KWh/m2/J. L’énergie incidente dans le Nord du pays varie de 4,8 à 6,8 KWh par jour en moyenne tandis qu’elle varie de 4,9 à 5,8 KWh par jour dans le Centre du pays. Le rayonnement peut atteindre un maximum de 1 114 watt par mètre carré (W/m²) à la mi-journée. La durée d’ensoleillement au Mali varie de 7,64 à 8,05 heures du sud au nord en moyenne par jour. Dans le Nord du pays la durée d’ensoleillement varie de 200 à 270 heures en moyenne par mois tandis qu’elle varie de 170 à 270 heures en moyenne par mois dans le Centre du pays. La valeur moyenne annuelle de la durée d’ensoleillement est de 2 800 heures. Avec un minima de 2 500 heures par an et un maxima de 3 163 heures par an, le Mali possède deux à trois fois plus d’ensoleillement que la plupart des pays d’Europe, d’Asie et d’Amérique.

Potentiel d’énergie éolienne[10] : La vitesse moyenne de vent est de 4 à 7 mètres par seconde (m/s) dans les régions du nord (Gao, Tombouctou et Kidal), la vitesse maximale à Tombouctou atteint 16 m/s à 40 m de hauteur. Le tiers du territoire (principalement le Nord et accessoirement le Nord-Ouest) est favorable à l’utilisation des aérogénérateurs pour la production d’électricité avec des vents moyens de 4,5 à 6,5m/s. L’énergie qu’on peut tirer du vent au Mali est également importante en témoignent les études de faisabilité d’un parc éolien à Gao et à Tombouctou pour une puissance de l’ordre de 2 à 3 MW.

Potentiel hydroélectrique[11] : L’inventaire des sites d’hydroélectricité a permis d’identifier sur l’ensemble du territoire une vingtaine de sites dont la puissance totale est estimée à 1150 MW avec un productible moyen annuel de 5 000 GWh environ. Parmi ces sites, seuls quelques-uns sont aménagés, représentant environ 22% du potentiel estimé en termes de puissance.

Potentiel en biomasse[12] : Le Mali dispose en termes de bois-énergie, d’environ 33 millions d’hectares avec un volume sur pied d’environ 520 millions de m3 et une productivité pondérée sur l’ensemble du pays d’environ 0,86 m3/ha/an ; plusieurs millions de tonnes de résidus agricoles et déchets végétaux ; une capacité annuelle globale de production de 2 400 000 litres d’alcool depuis 1997 ; et environ 2 000 hectares de plantations de pourghère17 en extension pour la production de biocarburant.

–       Depuis 1998, le Gouvernement du Mali a précisé sa politique énergétique par une série de réformes et par l’adoption, sur le plan législatif et règlementaire, de textes relatifs aux différents sous-secteurs, définissant le recentrage du rôle de l’Etat, comme aussi l’ouverture du secteur énergétique aux opérateurs privés. Parmi les principales politiques liées directement au secteur énergétique, il faut rappeler: la Politique Energétique Nationale (PEN) adoptée en 2006 ; la Stratégie Nationale pour le Développement des Energies Renouvelables validée en 2006 avec comme objectif d’accroître la part des énergies renouvelables dans la production nationale d’électricité à hauteur de 10 % en 2015 ; la Lettre de Politique Sectorielle de l’Energie, couvrant la période 2009-2012, est un cadre de référence et d’orientation de la vision du Gouvernement en matière d’énergie. Elle a pour objectif principal d’assurer les ajustements et réformes nécessaires dans le sous-secteur de l’électricité, telle que la restructuration de EDM SA et les réformes tarifaires, et de prendre les mesures susceptibles d’assurer son développement durable ; la Stratégie Nationale pour le Développement des Biocarburants, adoptée en juin 2008 ; le Programme d’Action National d’Adaptation aux changements climatiques, adopté en 2007.

  • Eau : Au Mali, le rapport de la revue sectorielle de 2009 révèle qu’environ 4 000 000 de maliens n’ont pas encore accès à l’eau potable. [13]

–       Aujourd’hui dans les zones rurales du Mali, le taux d’accès à l’eau potable est de 49% et le taux d’accès à l’assainissement de 5%.[14]

–       Une part importante de la population n’a donc pas encore accès à l’eau potable à une distance raisonnable, l’assainissement dans nos agglomérations est encore largement en deçà des attentes des populations et la sécurité alimentaire reste encore une préoccupation majeure des pouvoirs publics[15]

–       Accès à l’eau potable à Bamako[16] : La capitale malienne connaît un déficit de production d’eau potable estimé à 200 000 mètres cubes. La situation devient difficile en période de chaleur pour les bamakois. Un projet de 165 milliards est en cours de gestation pour l’approvisionnement correct de la population bamakoise.

–       Le Code de l’Eau, adopté le 31 janvier 2002, consacre le principe de la domanialité publique de l’eau. La Politique Nationale de l’Eau, adoptée en février 2006, énonce l’approche sectorielle basée sur les principes de la gestion intégrée des ressources en eau (GIRE) et les orientations stratégiques sur lesquelles porteront particulièrement les efforts pour le développement du secteur de l’eau. La Stratégie nationale de développement de l’alimentation en eau potable au Mali a été adoptée en Novembre 2007. Le Plan national d’accès à l’eau potable 2004-2015 (PNAEP) intègre un important programme d’investissement, tant en milieu rural qu’en milieu urbain, et prévoit notamment la réalisation, la réhabilitation ou l’optimisation de 11 000 points d’eau sur la période 2004-2015.

  • Assainissement : Environ 9 000 000 d’habitants, privés d’ouvrages d’assainissement adéquats.[17]

–       Au Mali, seulement 43% de la population a accès à une infrastructure sanitaire dans un rayon de moins de 5km. Un tiers des pompes ne fonctionnent pas pour des raisons d’ancienneté, d’usure ou de manque d’entretien par les communautés.[18]

–       La stratégie nationale d’assainissement pour les déchets liquides a été élaborée en 2007.

  • Financement des infrastructures : Si l’on tient compte de toutes les sources de dépenses, le Mali a dépensé en moyenne 555 millions de dollars EU par an pour ses infrastructures à la fin des années 2000. Ce chiffre représente environ 10 % du PIB, une part relativement élevée par rapport à d’autres pays africains. L’investissement constitue environ 60% de la dépense totale dans les infrastructures.

–       Le secteur public (par le biais des impôts et des redevances des usagers) et l’aide publique au développement sont les sources d’investissement les plus importantes, suivis de loin par les fonds privés.

Pour les experts de la Fondation Mo Ibrahim[19], durant la dernière décennie, la situation des infrastructures au Mali a enregistré une forte dégradation par rapport aux autres pays africains. Selon l’Indice Ibrahim de l’infrastructure, le Mali avec un score de 16,7/100 (la moitié de la moyenne observée sur le continent africain) occupe la 44ème position (sur 54 pays africains classés) en 2011 (en chute de 8 rangs par rapport à 2000).

Points de vigilance

La problématique des infrastructures au Mali, à l’image de celle de plusieurs pays africains, touche directement les besoins de base de la population. Elle constitue le premier frein au développement économique et social du pays.

Les infrastructures au Mali, déjà très insuffisantes  et aujourd’hui fortement entamées par les effets de la crise militaro-civile, pourraient faire craindre deux risques majeurs :

–       des menaces à la paix sociale à travers des remous sociaux comme cela a été observé dans les pays limitrophes (délestages électriques) et, dans une moindre mesure, chez nous[20] ;

–       une remise en cause du plan d’émergence économique « Mali 2030 ». Par exemple, l’enclavement de certaines zones de production agricole constitue un handicap majeur au Plan Mali Emergence Verte (PMEV). Les résultats des enquêtes Ecoloc[21] avaient montré que la distance moyenne, par rapport au lieu de production, varie entre 5 et 14 km. De même, la demande de transport la plus forte se trouve dans le milieu rural, surtout avec celui du bord champ (52%), suivi de l’hinterland urbain (24%) et du marché local (10%). Par ailleurs, l’accessibilité des zones rurales (productrices) vers les zones urbaines (consommatrices) est très difficile et ne favorise pas l’accroissement du revenu des populations rurales souvent contraintes à l’agriculture de survie, faute de transport de qualité. En dehors des communes rurales situées le long des principaux axes routiers, les autres sont dans une position d’enclavement quasi totale, par manque de routes praticables en toutes saisons.

A l’évidence, aucun pays ne peut se développer et ainsi prétendre au bien-être de sa population sans un niveau d’infrastructures adapté et suffisant. Les données des enquêtes auprès des entreprises indiquent que les contraintes d’infrastructure sont responsables d’environ 40 % du retard de productivité des sociétés maliennes, le reste étant dû à la mauvaise gouvernance, à la bureaucratie et aux difficultés de financement. L’énergie est la contrainte d’infrastructure la plus sévère pour les entreprises maliennes, immédiatement suivie du transport.

La maintenance et l’entretien des infrastructures sont aussi un point de vigilance majeur. Ils doivent, systématiquement, être intégrés dans les études et le coût des projets. L’Etat, et surtout les populations bénéficiaires à travers les collectivités locales doivent veiller au bon fonctionnement et à l’entretien des ouvrages collectifs mis à disposition.

Propositions

Objet : Doter le Mali d’infrastructures solides et performantes indispensables à son Emergence économique et au bien-être de sa population.

  1. Lancement d’une nouvelle stratégie : Elle s’articulera autour du « Plan TEA » (Transport, TIC, Energie, Eau, Assainissement). C’est un plan qui sera conçu comme une réponse appropriée face au déficit d’infrastructures. Il s’agit d’une démarche structurante, cohérente et volontaire d’expansion des infrastructures. L’objet est de changer la physionomie du pays et de faire du « Mali » une destination prisée par les investisseurs en raison de la qualité et du niveau de desserte de ses infrastructures.
  1. Transport : Intensifier la politique de désenclavement du pays. Pour le volet extérieur, poursuivre à un rythme soutenu le développement des axes routiers entre le Mali et les pays voisins. Concernant le désenclavement intérieur, faire bénéficier de routes praticables toutes les zones de production. Réhabilitation du chemin de fer Bamako-Dakar.
  1. TIC : Encourager les opérateurs de téléphonie (fixe et mobile) à poursuivre la politique d’extension du réseau aux populations des zones rurales et des zones difficiles d’accès. Vulgariser l’usage de l’Internet à travers une vaste campagne de dotation de nos écoles en équipements informatiques (à partir du second cycle, opération 1 classe=1ordinateur). Se rassurer de l’accessibilité de ces services (en termes de prix) aux populations.
  1. Energie : Réduire le déficit énergétique en améliorant la desserte en électricité sur toute l’étendue du territoire national. Ainsi procéder à l’élargissement du parc énergétique et à sa diversification à travers de nouvelles sources d’énergie comme l’énergie solaire et éolienne, notamment dans le cadre de l’électrification rurale. A terme, le développement des infrastructures énergétiques permettra la réduction du coût de l’électricité de près de 50 %. Conformément aux directives communautaires[22], le taux de desserte en électricité de la population malienne sera de 100% à l’horizon 2030.
  1. Eau : Assurer la desserte en eau potable du pays en portant le ratio à 100% en 2030 (80% en 2020).
  2. Assainissement : En liaison avec les collectivités décentralisées, renforcer les infrastructures d’assainissement pour améliorer le cadre de vie des populations. Le programme « Saniya 2030 » devrait se dérouler en deux phases avec une première consacrée à la capitale, Bamako, et aux principales villes intérieures. Les autres parties du territoire seront desservies dans une seconde étape. L’objectif est d’arriver à un taux de couverture de 100% en 2030.
  3. Créer l’Agence nationale des grands travaux (ANGT)[23] directement rattachée à la Présidence de la République. Son rôle sera d’assurer le suivi et le contrôle de la mise en œuvre du Plan TEA. Elle sera dirigée par un Commissaire issu de la Société Civile. Ses principaux dirigeants seront sont choisis par appel à candidatures et après une enquête de moralité approfondie et concluante.
  4. Rationnaliser les structures d’investissement : Coordonner la multitude de programmes, de projets et de structures intervenant dans le domaine des infrastructures sous la coupe de l’ANGT, pour des raisons de coût, d’efficacité, de cohérence et de transparence.
  5. Financement du Plan « TEA » : Les experts de la Banque Mondiale[24] estiment que pour répondre aux besoins d’infrastructures publiques du Mali, une dépense de plus d’1 milliard de dollars par an (soit 550 milliards de FCFA) devra être réalisée de manière continue, en fonction des technologies et des critères choisis. Si ce rythme est maintenu, le Mali devrait combler son déficit en infrastructures et assurer son émergence économique. A l’horizon 2030, ce sera un investissement massif cumulé d’au moins 16 milliards de dollars qui sera nécessaire à mobiliser pour financer le Plan « TEA ».
     

Conclusion :

En 2011, les experts de la Banque Mondiale[25], après un diagnostic de la situation du Mali, concluaient qu’en stand alone (maintien du rythme des dépenses actuelles), le pays n’atteindra un niveau satisfaisant de ses infrastructures que dans 50 ans tout au mieux !

Cette prévision dramatique, mais réelle, nous interpelle. Elle se justifie d’autant plus que la forte poussée démographique et la timidité des politiques publiques ne présagent d’une involution de la tendance. Cela veut dire que sans une thérapie de choc, une vraie politique offensive avec des investissements massifs et une mobilisation constante de tous les acteurs, l’émergence économique et sociale du Mali risque de ne pas se réaliser à l’horizon 2030.


[1] – Boubacar CAMARA est secrétaire général du ministère de la Coopération internationale, des Transports aériens, des Infrastructures et de l’Energie (MICITIE) du Sénégal.

[2] – Constitution du 25 février 1992, Article 15 : Toute personne a droit à un environnement sain. La protection, la défense de l’environnement et la promotion de la qualité de la vie sont un devoir pour tous et pour l’Etat. »

[3] – Walt Whitman ROSTOW (7 octobre 1916 – 13 février 2003) est un économiste et théoricien politique américain. Il a formulé une théorie du développement et des conditions de la croissance qui a marqué les années soixante. Il a été le conseiller spécial pour la sécurité nationale du président Johnson dans les années 1960. On doit à W.W. Rostow une vision extrêmement linéaire et discutée du développement en cinq grandes étapes des sociétés industrielles (énoncée dans Les étapes de la croissance économique, 1960) :  la société traditionnelle (Traditional society), les conditions préalables au décollage (Preconditions for take-off), le décollage (Take-off), la phase de maturité (Drive to maturity), l’âge de la consommation de masse (Age of High mass consumption). (Source : http://fr.wikipedia.org/).

[4] – Banque Mondiale, Africa Infrastructure Country Diagnostic (AICD), en français Diagnostic des infrastructures nationales en Afrique, Rapport Pays, Infrastructure du Mali: Une perspective continentale, Cecilia M. Briceño-Garmendia, Carolina Dominguez et Nataliya Pushak. Washington, Juin 2011.

[5] – Source : Amadou BALLO, Infrastructures routières et économie des transports, Bamako, Septembre 2005.

[6] – Pour le directeur général de Randgold Mali, Mahamadou SAMAKE, le Mali a surtout un problème d’infrastructures et d’énergie. L’énergie intervient pour plus de 40 % dans les coûts de production d’une mine, or le Mali n’en produit pas assez ; il faut alors utiliser du gasoil importé. En tenant compte de ces facteurs, M. SAMAKE s’étonne du fait que certains affirment que l’industrie malienne a les plus faibles coûts de production. « La main d’œuvre au Mali, peut-être moins cher que dans les pays développés, c’est un fait. Mais le coût des produits d’énergie au Mali est plus cher qu’en Côte d’Ivoire et en Afrique du Sud », confie-t-il à notre confrère « L’Aube ». (Source : Idrissa SACKO, RESSOURCES MINIERES AU MALI 3ème partie: Fiscalité minière, Journal Les Echos du Mali).

[7] – Source : Observatoire du Développement Humain Durable et de la Lutte Contre la Pauvreté, Effets économiques et financiers de la crise politique et sécuritaire 2012 au Mali: analyse de la situation et énoncé de mesures conservatoires, Rapport Final, Février 2013.

[8] – Source : Direction Nationale de l’Energie Energies (DNE) & Banque Africaine de Développement (BAD), Energies Renouvelables au Mali : Réalisations, défis et opportunités, Résumé Exécutif, 2011.

[9] – Sources : CENTRE NATIONAL DE L’ENERGIE SOLAIRE ET DES ENERGIES RENOUVELABLES (CNESOLER), Sékou Oumar TRAORE, PRESENTATION DU MALI : Atelier  sur  les  Energies  Renouvelables  et  l’Accès  à  l’Energie, Accra, Ghana, 24 – 26 octobre 2011.

Direction Nationale de l’Energie Energies (DNE) & Banque Africaine de Développement (BAD), Energies Renouvelables au Mali : Réalisations, défis et opportunités, Résumé Exécutif, 2011.

[10] – Sources : CENTRE NATIONAL DE L’ENERGIE SOLAIRE ET DES ENERGIES RENOUVELABLES (CNESOLER), Sékou Oumar TRAORE, PRESENTATION DU MALI : Atelier  sur  les  Energies  Renouvelables  et  l’Accès  à  l’Energie, Accra, Ghana, 24 – 26 octobre 2011.

Direction Nationale de l’Energie Energies (DNE) & Banque Africaine de Développement (BAD), Energies Renouvelables au Mali : Réalisations, défis et opportunités, Résumé Exécutif, 2011.

 

[11] – Source : Direction Nationale de l’Energie Energies (DNE) & Banque Africaine de Développement (BAD), Energies Renouvelables au Mali : Réalisations, défis et opportunités, Résumé Exécutif, 2011.

[12] – Source : Direction Nationale de l’Energie Energies (DNE) & Banque Africaine de Développement (BAD), Energies Renouvelables au Mali : Réalisations, défis et opportunités, Résumé Exécutif, 2011.

[13] – Aly SOW, AMASBIF, Eau potable et assainissement, moteur du développement local, en milieu urbain au Mali, Mars 2011

[14] – Source : http://www.fondationchirac.eu/programmes/acces-a-l-eau/plan-de-renforcement-de-lacces-a-leau-au-mali/

[15] – http://eaumali.com/

[16] – Les Bamakois sont confrontés à des coupures d’eau récurrentes. Certains quartiers n’ont tout simplement pas accès à l’eau potable. La capitale malienne connaît un déficit de production d’eau potable estimé à 200 000 mètres cubes selon le président directeur général de la Société malienne de patrimoine de l’eau potable (SOMAPEP), Adama Tiémoko DIARRA. Il a précisé que « le projet nécessite un financement de près 165 milliards de francs CFA, toutes composantes confondues : la Station qui sera installée à Kabala, les ouvrages de stockage et les réseaux de distribution aux populations ». Pour le ministre malien de l’Énergie et de l’Eau, Makan TOUNKARA, cette table ronde est d’ « une importance capitale » pour son département, « car elle va marquer le début de la concrétisation d’un autre rêve, en traçant le schéma vers la réalisation d’un projet fort longtemps attendu depuis près de 15 ans par les populations de la ville de Bamako et environnants». Par ailleurs, en cette période de chaleur, l’accès à l’eau potable constitue un véritable problème pour des habitants de la ville de Bamako. Selon Abdoul Karim KONE, conseiller en communication à la SOMAGEP, les causes de coupures d’eau intempestives sont nombreuses car c’est une « période de pointe » la demande s’avère donc supérieure à l’offre. Le nombre de demande s’élève à plus de 10 000 personnes. « Notre société manque d’infrastructures de productions en un mot de moyens adéquats pour répondre aux besoins de la population. La position géographique de certains quartiers qui se trouvent sur les collines cause généralement plus de coupure d’eau que ceux à basse altitude ». (Source : Dieneba DEME,  Bamako : 165 milliards pour l’eau potable, Xinhua, 19/04/2013).

[17] – Aly SOW, AMASBIF, Eau potable et assainissement, moteur du développement local, en milieu urbain au Mali, Mars 2011.

 

[18] – Source : http://www.afd.fr/home/pays/afrique/geo-afr/mali/projets-mali/secteur-developpement-urbain/acces-eau-assinissement-mali

[19] – Mo Ibrahim Foundation, 2012 Ibrahim Index of African Governance (IIAG), Rapport annuel, octobre 2012.

[20] – Des habitants des quartiers de la rive droite de Bamako (capitale du Mali) tels que Faladiè et ATTbougou ont marché en début de la semaine pour « exprimer leur ras-le-bol à cause du manque criard d’eau potable », avant d’être dispersés par les gaz lacrymogènes des policiers, a constaté un correspondant de Xinhua. (Source : Dieneba DEME,  Bamako : 165 milliards pour l’eau potable, Xinhua, 19/04/2013).

[21] – Amadou BALLO, Infrastructures routières et économie des transports, Bamako, Septembre 2005.

[22] – A travers l’Initiative Régionale pour l’Énergie Durable (IRED), l’ensemble des citoyens de l’UMOA accédera à une énergie à bas prix, au sein d’un vaste marché d’échanges d’énergie électrique intégré et harmonisé à l’échelle de l’Afrique de l’Ouest, produisant une énergie propre et s’appuyant sur un partenariat public- privé dynamique ». Les objectifs sont : Passer le taux d’électrification de 17% en 2007 à 80% en 2020 et à 100% en 2030 (accès universel à l’électricité), Réduire le prix moyen de l’électricité dans l’UEMOA à 30 FCFA le kWh ; Faire  passer la proportion d’énergies renouvelables dans le parc « de 36% en 2007 à 82% en 2030. (Source : http://www.apanews.net/photo/en/photo.php?id=191394)

[23] – Alors qu’en octobre dernier Ali Bongo annonçait son intention d’injecter près de 9 milliards d’euros en 5 ans dans le développement d’infrastructures routières et énergétiques et la construction de près de 5 000 logements sociaux, le président gabonais a récemment revu cette ambition à la hausse. Il souhaite désormais investir le double (18 milliards d’euros). Une décision prise à l’issue du conseil d’orientation de l’Agence nationale des grands travaux (ANGT), dont la direction a été confiée à l’américain Bechtel, l’un des leaders mondiaux en matière d’ingénierie, de construction et de gestion de projets.

[24] – Banque Mondiale, Africa Infrastructure Country Diagnostic (AICD), en français Diagnostic des infrastructures nationales en Afrique, Rapport Pays, Infrastructure du Mali: Une perspective continentale, Cecilia M. Briceño-Garmendia, Carolina Dominguez et Nataliya Pushak. Washington, Juin 2011.

[25] – La comparaison des besoins de dépense avec le total des dépenses actuelles et des gains d’efficacité potentiels fait apparaître un écart de financement d’environ 283 millions de dollars EU par an, soit 5,1 % du PIB, principalement dans le domaine de l’eau et assainissement, et, dans une moindre mesure, des transports. Il faudra probablement plus de dix ans au Mali pour atteindre les objectifs infrastructurels. Dans l’hypothèse d’un maintien de la dépense et de l’efficacité actuelle, il lui faudrait plus de 50 ans. Néanmoins, en combinant une augmentation du financement, une amélioration de l’efficacité et des innovations destinées à réduire les coûts, il serait possible de ramener ce délai à 15 ans. (Source : Banque Mondiale, Africa Infrastructure Country Diagnostic (AICD), en français Diagnostic des infrastructures nationales en Afrique, Rapport Pays, Infrastructure du Mali: Une perspective continentale, Cecilia M. Briceño-Garmendia, Carolina Dominguez et Nataliya Pushak. Washington, Juin 2011).

 

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