DOSSIER SPÉCIAL – L’IVG, un sempiternel débat

Brièvement,

Sabine Hamonet, jeune lycéenne, nous avait contacté afin que nous répondions à ses interrogations concernant l’IVG. La rédaction de Cultures & Croyances a décidé d’en laisser sur son site une empreinte permanente. Nous remercions chaleureusement Sabine pour sa patience et sa gentillesse.

*Dossier par l’Equipe de Cultures & Croyances

L’adoption de la loi relative à l’IVG : de la division au consensus

Par Clémence Allezard, collaboratriceAu lendemain de mai 68, la France est en pleine mutation sociale et sociétale – mais demeure divisée entre une génération avide de changement et une autre plus hostile à ces « mouvements de libération ». Porté sur le devant de la scène au début des années 70*, le sujet de l’IVG cristallise toutes les tensions. Il soulève de nombreux questionnements, notamment moraux, religieux et politiques dans une société encore largement « phallo-centrée »/machiste et traditionnelle.

A titre d’exemple, En 1968, le pape Paul VI publie l’encyclique Humanitae Vitae qui réaffirme l’hostilité de l’église catholique à l’égard des méthodes de contraception // En 1970, le docteur Lejeune  constitue l’association « Laissez les vivre » qui initiera de nombreuses actions & campagnes contre l’avortement // le 5 Avril 1971 le Nouvel Observateur publie « Le manifeste des 343 salopes », des femmes – dont certaines sont connues – reconnaissent avoir avorté et réclament la dépénalisation de l’IVG).

En 1967, la libre contraception est autorisée, sous contrôle médical. Mais une loi de 1920 – manifestement obsolète car ouvertement bafouée – pénalise encore l’avortement. On estime à l’époque jusqu’à 300 000 le nombre d’avortements clandestins[1], des opérations réalisées non seulement au péril de la santé voire de la vie des jeunes femmes mais également au péril de leur liberté puisqu’elles étaient passibles de peines de prison ou de sévères amendes. Les femmes les plus aisées optaient alors pour l’étranger tandis que les plus modestes prenaient le plus de risques en ayant recours à des avorteuses dans des conditions d’hygiène et de sécurité souvent déplorables.

Jeune Ministre de la Santé sous le gouvernement d’Estaing, anonyme et rescapée d’Auschwitz, Simone Veil présente un projet de loi  à l’Assemblée le 28 Novembre 1974 dans un climat délétère. S’ensuivra une bataille législative passionnelle de plus de 25 heures, retransmises en direct à la télévision et au cours de laquelle Simone Veil fera l’objet de violentes critiques et humiliations de la part même de membres de sa famille politique.

La loi sur l’interruption volontaire de grossesse dite loi Veil est finalement promulguée le 17 Janvier 1795, une date  qui demeure fondamentale dans l’histoire de la lutte pour la libération de la femme.

Apport concret de la loi vu par une juriste

Sarah Haddi, collaboratrice La loi du 17 Janvier 1975 relative à l’interruption volontaire de la grossesse, plus communément la loi Veil (époque ministre de la santé permet aux femmes enceintes d’avorter. Un droit qu’on leur concède depuis 1975, ce qui marque une véritable émancipation de la femme, qui est dorénavant est libre de disposer de son corps.

Cette maîtrise de la fécondité a eu un long parcours, en effet une loi du 31 juillet 1920 interdisait toute contraception. Et c’est par un décret d’application en 1972, que ladite loi fut abrogée par la loi Neuwirth, qui autorise l’usage de la contraception sous certaines conditions : vente exclusivement en pharmacie sur ordonnance médicale avec l’autorisation parentale pour les mineurs.

Alors qu’en France, le débat gronde toujours, le gouvernement espagnol Rajoy vient d’annuler la loi autorisant l’avortement, sous couvert d’une loi organique de la vie et des droits de la femme enceinte.

Clémence Allezard, collaboratrice Simplement pour poursuivre l’idée de Sarah, la loi Veil dépénalise l’avortement, elle a dans un premier temps été promulguée à titre provisoire, pour une période de 5 ans. Elle sera reconduite en 1979 en supprimant en outre l’accord préalable (clause de conscience) du médecin pour les femmes souhaitant avorter.

v     Les dispositions sont les suivantes :

v     l’IVG est décidée par la femme enceinte concernée lorsqu’elle estime que sa grossesse la place dans une situation de détresse ;

v     l’intervention est soumise à des conditions de délai : elle doit être réalisée avant le fin de la 10è semaine de grossesse ;

v     l’acte est réalisé par un médecin, dans un établissement de santé ;

v     le médecin et le personnel concourant à l’intervention disposent d’une clause de conscience : ils ne sont pas obligés de pratiquer l’intervention ;

v     la femme doit réaliser des démarches obligatoires destinées à son information et à sa réflexion, préalablement à l’intervention :

v     2 consultations médicales (un délai de réflexion d’une semaine est prévu entre les 2 consultations)

v     1 consultation psycho-sociale ;

Liberté et IVG aux Etats-Unis, un cocktail explosif ?

Mahrukh Arif, Secrétaire Générale Aucun pays ne peut être plus intéressant à analyser que les Etats-Unis concernant la polémique autour de l’IVG. Le débat est tout aussi controversé en France et pratiquement pour la même raison : la question morale. Cependant, la portée du débat diffère. Si en France, il s’agit simplement d’un refus au nom de l’éthique, aux Etats-Unis, la religion est un droit fondamental inscrit dans la Constitution et qui relève du sacré, sans mauvais jeu de mots. Ainsi, un réel conflit entre deux libertés fondamentales a émergé : la liberté individuelle et la liberté de religion.

La seule raison pour laquelle l’avortement est légal aux Etats-Unis est parce que la Cour Suprême (Suprem Court) a rendu un arrêt en 1973 (proche, historiquement, de la loi Veil), nommé « Roe vs Wade » qui fait cas de – ce que l’on appelle en France – jurisprudence. Ainsi, toutes les femmes ont recours à cette jurisprudence pour avorter or l’avortement et sa légalisation n’ont pas été officialisés sous forme de loi dans la mesure où seulement le pouvoir judiciaire s’est prononcé.

Le modèle politique sur lequel repose les Etats-Unis étant fédéral, certains états mettent en œuvre des politiques strictes – sans toutefois interdire l’avortement au risque d’un procès – comme l’obligation d’avorter dans les six premières semaines ou de disposer, pour les médecins qui pratiquent l’avortement, de compétences bien spécifiques.

La lutte des militants pour l’avortement « pro choice » s’inscrit dans le cadre de la liberté individuelle de chacun du droit de disposer de son corps et s’est réellement inscrite dans une lutte pour l’égalité des sexes. En effet, les « pro choice » soulignent que si l’on interdit l’avortement aux femmes, on leur nie une liberté sexuelle que l’on ne nie pas aux hommes. Les partisans de l’avortement à New York essayent de mettre tout en œuvre pour faire passer une loi fédérale – qui s’appliquerait exclusivement à New York – qui permettrait de cristalliser le droit.

De l’autre côté, les opposants à la légalisation de l’avortement, nommés les « pro life« , avancent l’argument religieux dans la mesure où ils considèrent que le fœtus/embryon est d’ores et déjà vivant et avorter relèverait ainsi du meurtre.

L’IVG vue par les grandes religions monothéistes

Asif Arif, Directeur du site En réalité, Cultures & Croyances se revendique comme apolitique et ne prend pas de position précise dans un débat qui, pour beaucoup, est lié à des questions politiques. En revanche, nous éclairons volontiers les différents acteurs sur l’état actuel de la question, que cet éclaircissement soit d’ordre juridique, économique, sociologique ou encore politique.

Ceci étant dit, je peux, bien entendu, vous rappeler la position des grandes religions sur le sujet de l’IVG puisqu’une étude, disponible en ligne sur notre site internet, de Madeeha Chaudhry explique très clairement ces différentes positions. Si l’on devait synthétiser les positions des religions monothéistes autour de l’IVG, la réponse globale est que les religions monothéistes sont contre l’avortement.

Cette position est justifiée, selon elles, par l’atteinte à la vie qui commence à compter de la date de la conception. On sait que même en droit, un grand débat avait traversé les libertés publiques lors de l’adoption de la loi, à savoir quand fallait-il considérer qu’un être est Être justement. Pour les religions monothéistes, dès la conception, l’Être doit être considéré comme vivant et toute atteinte à sa vie pourrait être assimilée à un meurtre. La religion catholique est justement, pour cette raison précise, contre l’avortement. L’islam et la religion juive ont une position plus nuancée. Si l’interdiction de l’avortement reste le principe, il est toutefois permissible dans la mesure où l’absence de pratique de l’avortement pourrait être un danger pour la mère de l’enfant.

Cultures & Croyances



[1] Source : Documentaire diffusé en mars 2010 sur France 2, Simone Veil, une loi au nom des femmes

One Response to DOSSIER SPÉCIAL – L’IVG, un sempiternel débat

  1. lejournaldepersonne 17 février 2014 at 19 h 34 min

    Oui à la vie !

    http://www.lejournaldepersonne.com/2014/02/oui-la-vie/
    Je fus longtemps esprit pervers mais sans perversion.
    Ce n’était pas avec le mal que je tentais les autres, mais avec le bien…

    Répondre

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