EDUCATION – Quelle démographie pour la France de demain ?

La situation démographique d’un pays et son évolution est un élément important du dynamisme d’une économie. Elle détermine pour partie la croissance potentielle d’un pays et permet d’orienter la politique économique en fonction notamment des besoins futurs en termes de dépenses sociales. Dans ce cadre, l’INSEE a publié en 2011 de nouvelles informations quant aux projections de population. Il ressort plusieurs éléments mais ce sont surtout les implications des projections de population active qui sont les plus éclairantes, quant aux perspectives économiques de la France. A ce titre, il apparaît que la France devra composer à court et moyen terme avec des difficultés en matière d’emploi, alors qu’à long terme la hausse de la population active souligne des opportunités concernant la croissance et la gestion des dépenses sociales.

Évolution passée et future de la population, selon un scénario moyen et les six variantes

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Sources : INSEE, estimations et projection de population 2007-2060 en France métropolitaine.

Une hausse de la population active plus forte que prévue

Lors de la dernière étude de ce type publiée en 2006, l’INSEE (voir définition) prévoyait une population totale à l’horizon 2060 égale à 70 millions d’habitants. La nouvelle étude de 2011 présente plusieurs scénarii (voir graphique ci-dessus). Au final, la population pourrait varier entre 70 millions d’habitants (en cas de fécondité basse) et 77 millions d’habitants (en cas de fécondité haute). Néanmoins, c’est le scénario central qui est privilégié. Il correspond à une moyenne de l’ensemble des six différents scénarii et conclue à une population totale projetée en France métropolitaine égale à 73 millions d’habitants.

Plus que l’augmentation de la population totale entre ces deux études, c’est surtout l’augmentation en matière de population active (voir définition) qui a des conséquences économiques notables. En effet, la population active a augmenté de +9% entre ces deux études, soit + 2,4 millions de personnes. Les raisons de cette hausse sont démographiques (hausse de l’immigration et du taux de fécondité) et liées à la hausse des taux d’activités engendrés principalement par la réforme des retraites de 2010. Au final, sur les 2,4 millions de personnes actives supplémentaires en 2060, 0,7 millions sont dus au dynamisme démographique (immigration + fécondité) et 1,7 millions sont dus à la hausse du taux d’activité et à la réforme des retraites de 2010. En effet, la réforme des retraites dite « Fillon » va inciter les salariés et les employeurs à allonger la durée de maintien en activité.

Des conséquences difficiles à gérer à court terme et moyen terme

A court terme et moyen terme, la hausse de la démographie et de la population active induite aura pour effet d’augmenter l’offre de travail. Autrement dit, le nombre de personnes qui offrent leur force de travail en échange d’un salaire va augmenter. Lorsque la démographie diminue, l’offre de travail diminue également et le retour vers le plein-emploi (chômage faible et réduit au minimum) est plus rapide. Inversement, lorsque la démographie augmente, l’offre de travail augmente et le retour vers le plein-emploi est plus lent et plus compliqué à atteindre (voir bulletin).

Dans le cas présent, l’offre de travail augmentant, le retour vers un équilibre de plein-emploi sera repoussé mécaniquement. Pour éviter que le chômage n’augmente, il faudrait que la France crée suffisamment d’emplois pour absorber le surplus de la population sur le marché du travail, et ainsi limiter le chômage et le poids des dépenses sociales liés à l’absence d’emploi. Le pays devra ainsi créer les conditions de l’amélioration de la croissance économique, seule susceptible d’intégrer près de 150’000 nouveaux entrants annuels sur le marché du travail. Pour ce faire, la France doit atteindre une croissance annuelle moyenne de +1,5% de croissance du PIB (voir définition). Dans ces conditions, la seule solution pour stimuler la croissance et éviter d’accentuer le poids des dépenses sociales liées au chômage, c’est de réformer en profondeur le marché du travail afin de le rendre plus flexible et plus dynamique, et d’encourager l’investissement et l’innovation. Actuellement, la croissance potentielle, c’est-à-dire, la croissance économique que le pays est capable de générer en moyenne, se situe à un niveau ne permettant pas d’atteindre cet objectif : elle s’élève environ à 1% par an. Dès lors, si rien n’est fait dans ce sens, le chômage est irrémédiablement destiné à augmenter, creusant ainsi les déficits et la dette.

Des conséquences potentiellement positives à long terme

A long terme, les modalités du pilotage économique sont différentes. En effet, la hausse de la population active crée des opportunités concernant la croissance potentielle de long terme et améliore les contraintes qui pèsent sur les dépenses sociales, et notamment sur les dépenses de retraites.

La hausse de la population active permet dans une perspective temporelle plus longue d’améliorer le dynamisme économique d’un pays. En effet, à productivité inchangée (voir définition), plus la population active est nombreuse, plus la croissance de long terme est potentiellement élevée car l’économie n’est pas contrainte par une offre de travail insuffisante. Dès lors, les entreprises bénéficient d’une main d’œuvre  abondante, autrement dit leur développement n’est pas limité par une offre de travail insuffisante. Au final, cela entraîne d’une part, un surplus de recettes fiscales qui permettent d’améliorer la situation des finances publiques, et d’autre part, un retour progressif au plein-emploi et une diminution mécanique des dépenses liées à l’assurance chômage.

En matière de transferts sociaux, les effets sont multiples et contrastés :

1)     Le retour au plein-emploi diminuera mécaniquement la part de dépenses sociales liées à l’assurance chômage.

2)     La hausse de la population ira de pair avec l’allongement de la durée de vie. En effet, en 2050 le nombre de personnes âgées de plus de 80 ans représenteront 11% de la population totale du fait de la baisse de la mortalité. Dès lors, les dépenses de santé vont augmenter car cette population dépense en moyenne neuf fois plus que la tranche des 20-24 ans. Les dépenses sociales de santé augmenteront et il faudra faire face à leurs financements.

3)     L’augmentation de la population active, notamment via le recul de l’âge de la retraite, améliorera les conditions du financement des retraites, sans pour autant le résoudre (voir décryptage). En effet, le ratio de dépendance (nombre d’actifs par inactif) continuera à diminuer, mais cette diminution sera moins forte et moins rapide qu’auparavant.

Au final, en 2050 et ceteris paribus (voir définition), les dépenses de protection sociale devraient diminuer en pourcentage de la richesse nationale créée, et la croissance potentielle devrait augmenter. Néanmoins, il est nécessaire dès à présent de créer les conditions capables de permettre cette réalisation. De plus, notons qu’avec la remontée des taux d’activités de la population et la hausse du taux de fécondité, le renforcement de la politique familiale est fondamental pour ne pas casser la dynamique démographique de la France. Le risque serait alors que le pays se trouve dans une situation démographique déclinante, comme en l’Allemagne où les problèmes liés à une population active de plus en plus faible par rapport à la population inactive va poser des problèmes insolubles à terme.

*Cette étude correspond au Bulletin Economique proposé par le site internet www.leconomiste.eu spécialisé dans l’analyse économique. Nous remercions tout particulièrement L’Économiste de faire confiance à Cultures & Croyances et de permettre aux lecteurs de lire des analyses d’une qualité toute particulière.

Pour citer l’étude :

Sylvain Fontan, « Quelle démographie pour la France de demain ? », in : www.cultures-et-croyances.com via «leconomiste.eu», Rubrique Education – Economie – Macroéconomie, juillet 2014.

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