ETUDE – Culture au Pakistan, volume II : Mehdi Hassan ou le Roi de la Ghazal

*Etude rédigée par Asif Arif

Deuxième opus, s’il est possible de l’exprimer ainsi, d’une série d’études que Cultures & Croyances propose à ses lecteurs, la culture au Pakistan n’est pas simplement le fait de Nusrat Fateh Ali Khan ; bien que ce pays soit simplement familier aux yeux des lecteurs en raison du « terrorisme », il n’en demeure pas moins qu’il regorge de talents incroyables, ainsi que le démontre par ailleurs très bien ce nouveau show ayant débuté au Pakistan se nommant « Pakistani Idols« . La diffusion même de ce programme démontre que le Pakistan peut s’inscrire comme un pays admiré pour sa culture. Reste que nous sommes très peu familier avec les évolutions que connaît ce pays, notamment en terme de culture.

Assénés voire même assommés par des articles de presse traitant du Pakistan comme un pays de non droit, de violation des droits de la femmes, des minorités, les lecteurs ne prennent pas nécessairement le temps de lire le pendant de ces malheureuses réalités. Encore une fois, ces discriminations à l’égard des minorités religieuses, des minorités ethniques, des femmes ou encore des autres populations vulnérables existent et je les ai longuement dénoncées dans différents articles du Cercle Les Echos. Mais se limiter à cette vision ne serait pas loyal intellectuellement. Le Pakistan compte parmi sa population des talents incroyables.

Le Ghazal (غزل ġaza), pleurniche ou art poétique ?

A la différence du Qawwalli qui est art pouvant renvoyer à des chants de dévotion, le Ghazal renvoie simplement à l’amour et un amour souvent impossible et intenable pour le poète. Dans cette perdition, cette impossibilité d’atteindre celle qu’il aime, il écrit pour se délivrer de son sentiment insoutenable et s’ensuit une magnifique mélodie accompagnée de paroles dont la poésie et la sonorité sont admirablement bien écrites.

Il demeure toutefois assez difficile d’affirmer catégoriquement que le Ghazal ne peut pas renvoyer à une ode à Dieu puisqu’elle dépend également beaucoup du récipiendaire des paroles et de sa perception des choses. Cette malléabilité ou imperméabilité de la poésie trouve son origine dans la mystique musulmane puisque de nombreux auteurs soufis ont utilisé la musique pour se « rapprocher de Dieu ». Quoiqu’il en soit, nous allons analyser l’art de la Ghazal en fonction d’un poète qui écrit pour celle qu’il aime.

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Source image : Marquise romantiquement vôtre

Par définition, lorsque le poète écrit une Ghazal pour exprimer la profondeur de son amour, ce dernier est dans une situation de perdition ; il n’arrive pas à atteindre celle qu’il aime. Mais le caractère quelque peu particulier de ces poèmes c’est qu’ils s’inscrivent dans une perspective très unilatérale ; quoique le poète dise ou fasse, celle qu’il aime va s’en détourner. Au fur et à mesure de sa dénégation, on s’aperçoit que le poète augmente consécutivement l’intensité de la beauté des vers.

La compréhension même de la Ghazal doit également passer par une maîtrise, fût-elle sommaire, du Soufisme. Les plus grandes Ghazals ont été effet empruntées les signatures des plus grands poètes Soufistes ; s’ils ne se revendiquaient pas comme tels, ils avaient, à tout le moins, une sensibilité indéniable pour celui-ci et en étaient largement inspirés. C’est également une des raisons qui m’ont poussé à affirmer que les Ghazals, comme la Qawalli, peut s’analyser, subjectivement, comme un chant à Dieu. Un des poètes ayant su mélanger un art poétique s’adressant à Dieu et, éventuellement – même si cela demeure parfois contesté – à des femmes, est Ghalib.

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Photo : Ghalib

Ghalib était un poète de langue Ourdou sous l’empire Mongole. Pendant sa vie, il a connu l’invasion de l’empire Mongole par les Anglais qui ont ensuite pris le pouvoir et sont mis à administrer politiquement et administrativement l’Inde. Encore aujourd’hui, ce poète est largement cité dans l’ensemble de l’Asie du Sud puisque son ouvrage – un monument au sein de la littérature ourdou – les « Diwan » est largement cité par les intellectuels mais également par des leaders religieux. Par ailleurs, une des personnes ayant interprété une de ses Ghazals était ni plus ni moins que Mehdi Hassan.


MEHDI HASAN Live – DIL-E-NADAN TUJHE HUA KYA HAY

 

Mehdi Hassan avait-il la voix de « Baghavan » ?

Mehdi Hassan avait une voix somptueuse, pleine de profondeur, ceci ne peut pas faire l’objet d’un doute. les plus grands chanteurs contemporains l’ont également affirmé. Mais qui était-il réellement ? Comme Nusrat Fateh Ali Khan, Mehdi Hassan est né dans une famille où la musique traditionnelle était pratiquée de famille en famille ; on appelait sa famille les Kalawants. Alors que Nusrat avait été interdit pendant un temps par son oncle de chanter, Mehdi Hassan, quant à lui, avait été éduqué par la musique (mosiqui).

En raison des difficultés financières qu’a connues sa famille pendant sa jeunesse, Mehdi Hassan a dû travaillé dans plusieurs boutiques en qualité de mécanicien. Ces difficultés étaient largement dues à la situation géopolitique de l’époque où le continent indien se déchirait entre les musulmans réclamant leur indépendance et une Inde qui souhaitait maîtriser son territoire. Reste que cette passion pour la musique ne l’avait jamais quitté et il trouvait toujours un peu de temps pour chanter et pratiquer son art. Son talent a été remarqué à un âge relativement jeune puisqu’à l’âge de 20 ans il commençait déjà à donner des petits concerts çà et là.

Comme le soutient très bien le quotidien anglais The gardian dans son article d’hommage dédié à Mehdi Hassan :

« Il [Mehdi Hassan] s’est vite rendu compte que le peuple pakistanais avait un appétit tout particulier pour le Ghazal ; il s’est donc appliqué assidûment à l’étude de l’ourdou, en particulier la poésie ourdou. Grâce à sa connaissance des ragas et les sentiments qui leur sont associés, il a découvert qu’il avait un énorme avantage en tant que compositeur qui peut se marier des vers avec des mélodies.« 

Cette association va en effet donner naissance à celui que l’on va désormais nommer le Roi de la Ghazal. Alors que l’on nommait Nusrat Fateh Ali Khan le Roi des Rois de la Qawalli, certains n’ont pas manqué de souligner la concurrence que l’on entretenait entre ces deux figures mythiques du Pakistan. Mais l’unanimité a décidé de manière catégorique que les deux arts ne pouvaient pas et ne devaient pas se confondre. Nous invitons nos lecteurs à écouter cette Ghazal romantique de Mehdi Hassan :

Mehdi Hassan peu de temps avant sa mort

Beaucoup de médias soulevaient que les icônes du Pakistan était totalement méprisée. On pense notamment au Premier Prix Nobel de Physique Musulman Ahmadi Docteur Abdus Salam dont les écoles sont aujourd’hui totalement délabrées ou encore à Muhammad Zaffrullah Khan, premier président de l’Assemblée Générale des Nations Unies.

Ces mêmes médias parlaient également de Mehdi Hassan. Ce brillantissime chanteur n’a pas reçu toute l’attention qu’il méritait alors qu’il était malade, dans ces derniers jours de vie. Ironie du sort, on parle beaucoup plus d’une personne qui a du talent quand elle décède que lorsqu’elle est en vie, Mehdi Hassan recevait le plus d’attentions le 13 juin 2012, date de son décès.

*Asif est à l’origine de la création de Cultures & Croyances, il en est également le Directeur & le Coordinateur Principal. Asif est élève-avocat à l’Ecole de Formation Professionnelle des Barreaux de la Cour d’appel de Paris et chargé d’enseignement (TD) de droit des contrats / droit de la responsabilité civile à l’Université de Paris Dauphine. Il est spécialisé en droit des affaires. Asif est très actif dans la promotion de l’éducation et est l’Ambassadeur des questions liées à la promotion de l’éducation en Afrique francophone du Think-Thank « Madiba – Pour une Afrique Nouvelle ». Enfin, Asif est également très actif dans le milieu des Droits de l’Homme et, plus précisément, en ce qui concerne les minorités religieuses. Il s’occupe des affaires publiques concernant les violations des Droits de l’Homme et les Persécutions subies dans le monde par la minorité religieuse Islam Ahmadiyya.

Pour citer l’étude :

Asif Arif, « Culture au Pakistan, volume II : Mehdi Hassan ou le Roi de la Ghazal », in : www.cultures-et-croyances.com, Rubrique Cultures & Partages, Musique – Cinéma, décembre 2013.

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