ETUDE – Josh Fox, le grain de sable des schistes

*Etude rédigée par Céline Chadelat

Alors que le texte de loi interdisant l’exploitation des gaz de schistes voté en  2010 est toujours âprement discuté par les sociétés pétrolières au moyen de puissants cabinets d’avocats, retour sur celui à l’origine de tous les débats, le très américain Josh Fox.

Il n’était pas documentaliste, il n’était pas journaliste, il n’était pas militant. Pourtant, Josh Fox est devenu le grain de sable des rouages de l’industrie gazière. En 2010, son court-métrage, cinglant réquisitoire  contre les exploitations des gaz et pétroles de schistes dans les zones rurales américaines fait l’effet d’un coup de tonnerre. Le 5 septembre dernier, après un passage au Parlement européen, celui qui est devenu le héraut des opposants au gaz de schistes,  projetait en avant-première son deuxième film, « Gasland Part II »,  au cœur même d’une zone couverte par un permis d’exploration, la Seine-et-Marne, à la Ferté-sous-Jouarre.

Josh Fox est un peu pour les anti-gaz de schistes ce que Stéphane Hessel représente pour les indignés. Ce metteur en scène de théâtre qui n’a pas quitté sa casquette et ses lunettes depuis son passage à l’université de Columbia  estime que  « le fait d’avoir une éducation vous donne des responsabilités ». En 2010, aux Etats-Unis, l’impact déclenché par son film provoque une importante prise de conscience parmi la population, jusqu’à rallier Sean Lennon et Yoko Ono à sa cause. Ses images des campagnes américaines dégagent une sale odeur de Far West, où se mêlent animaux morts, robinets enflammés au méthane et des habitants dépassés, consternés.

Prolongement du modèle de l’ère pétrole, les gaz promettent un deuxième souffle à l’économie contemporaine. Mais ici, point d’expropriations, ni de guerres de clans, l’exploitation des gaz se gagnent d’abord à coup de milliers de dollars. C’est le point de départ de l’histoire de Josh.

GASLAND 002

«  C’est une expérience très étrange. Un jour, on frappe à votre porte, cinq ans plus tard, vous vous retrouvez à parler d’économie et de politique dans le monde » explique t-il.

Le terrain jouxtant la maison familiale construite des mains de son père, un russe qui a fui les nazis, sur les bords du fleuve Delaware en Pennsylvanie, fait l’objet de demandes d’exploitation.  La compagnie propose 100 000 dollars. Son père demande à Josh de s’informer. Ses promenades dans les campagnes américaines lui révèlent la face noire de l’exploitation des hydrocarbures : une pollution de l’air que provoque le méthane libéré par les forages, une pollution de l’eau forçant les résidents à se faire livrer de l’eau potable. Tout cela au cœur du pays le plus développé du monde. Mais le metteur en scène croit à ses droits, croit au bon sens, il croit à la vertu. Le montage de « Gasland, Part I », aux cadrages volontairement amateurs, lui prendra plus d’un an de travail.  En cause : la technique du « fracking », ce principe de fracturation hydraulique qui consiste à libérer le gaz piégé dans les interstices et les fissures des roches souterraines en injectant à très forte pression, de l’eau, du sable et des agents chimiques.

Avec quelques amis, il projette le film à l’arrière d’un camion dans les villages avoisinants. « Gasland était au départ un film à usage domestique » explique t-il. Le film s’échange, Internet démultiplie le tout. Il ignore encore qu’il s’est engagé dans une bataille au long cours.

« J’étais aussi très naïf, j’ai cru que les industriels verraient ce film et se diraient : « non, l’exploitation des gaz n’est pas une bonne idée ! » confie Josh avec un sourire.

Mais tout de même, 60% de la population se déclare contre les exploitations des gisements, l’état de New York décrète un moratoire. Evidemment, cela ne suffit pas. Les compagnies contre-attaquent, décident même de monter un film sur le modèle de « Gasland ». Josh est temporairement arrêté alors qu’il tente de filmer une audition par le Congrès américain de représentants de l’Agence pour la Protection de l’Environnement (EPA) en février 2012.  Cela l’amène à essayer de comprendre comment son pays peut sacrifier air pur, eau douce et santé humaine.

« La question n’est plus « comment fracturer » mais « pourquoi fracturer » dit-il.

Si le premier film s’intéressait à la technique employée par les compagnies, « Gasland Part II » pointe la politique. Le court-métrage entend révéler une démocratie américaine en rupture de confiance, livrée toute entière au pouvoir des lobbies de l’énergie. Entre deux séquences, Josh Fox, gratte son banjo et commente l’impact des décisions politiques sur  « la maison de l’amour » souhaitée par son père. « L’industrie du gaz a frappé à des millions de portes, à travers des dizaines de pays » dit-il. Comme en Seine-et Marne, dans la commune de Jouarre. Après s’être rendu sur le forage déjà en place, il explique «  que nous sommes tous interconnectés : les décisions prises dans un pays ont un retentissement  sur les autres ». Il remercie les Français pour la loi Jacob passée sous gouvernement Sarkozy, interdisant l’exploration. « Cette loi a été une source d’inspiration aux Etats-Unis, on a su qu’il était possible d’interdire, cela a contribué au moratoire décrété par New York ». La loi étant menacée par la décision prochaine du Conseil Constitutionnel, pour Josh, l’heure est sérieuse.

Si la société Hess Oil a finalement renoncé aux terres de la famille Fox, lui, Josh, a trouvé son engagement : celui de ne pas laisser les paysages américains et ceux du monde entier être défigurés en zones industrielles hideuses. « Hess Oil a laissé tomber mon terrain, mais je vous l’ai envoyé ici » s’en veut-il. Déterminé, il ne laissera pas la pollution contaminer la nature, et  veut accélérer le passage aux énergies renouvelables.

Pour lui, « les US se sont engagés dans une voie catastrophique pour la faune, la flore, les nappes phréatiques, les cultures et les hommes. Une plateforme d’exploitation ne dure pas plus de autre ans, c’est une vision de court-terme ».

Josh Fox est prêt pour sa bataille, celle d’honorer les valeurs de l’Amérique qui l’ont construit et la terre qui la nourrit. Josh Fox s’en veut le meilleur représentant.  Mais si jamais il avait des doutes, ce fan de Godard a été décrété « citoyen d’honneur » dans la commune Villeneuve de Berg en Ardèche.

*Cette étude a été rédigée par Céline Chadelat. Céline est journaliste et contribue régulièrement au sein des colonnes de Cultures & Croyances. Elle est également diplômée de Sciences Po Aix-en-Provence.

 Pour citer l’étude :

Céline Chadelat, « Josh Fox, le grain de sable des schistes », in : www.cultures-et-croyances.com, Rubrique Cultures & Partages – Musique – Cinéma, décembre 2013.

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