ETUDE – Les complexes hôteliers de la Mecque, réflexions sur un paradoxe

Added by Sonia Ben Mansour on 8 octobre 2015. · 1 Comment · Share this Post

Filed under Islam - Ahmadiyya, RELIGIONS & SPIRITUALITES

Abonnez-vous à notre lettre d’information

Documentaire à regarder...

Il était une fois les Royaumes d'Afrique - L'Ethiopie

*Par Sonia Ben Mansour

« Si seulement il existait dans les générations d’avant vous, des gens vertueux qui interdisent la corruption sur Terre ! Hélas, il n’y en avait qu’un petit nombre que nous sauvâmes, alors que les injustes persistaient dans le luxe exagéré dans lequel ils vivaient (…) » (XI, 116).

Les projets/réalisations autour de la Mecque suscitent la controverse. En effet, des sommes astronomiques sont investies par le gouvernement saoudien pour réaliser des complexes hôteliers près de la Cour quadrilatérale impliquant la destruction d’un patrimoine historique important et l’expropriation de nombreux habitants.

D’une part, un lieu spirituel par excellence et d’autre part, un luxe exagéré : n’est-ce pas antinomique ?

La Mecque est une ville d’Arabie Saoudite. Patrie de Muhammed et première ville sainte de l’Islam, lieu du pèlerinage que tout musulman qui en a les moyens doit accomplir une fois dans sa vie, La Mecque s’organise autour de la Grande Mosquée Masjid al-Haram avec son immense cour quadrilatérale, et de la Kaba, qui abrite la Pierre noire[1].

Chaque année, des millions de musulmans accomplissent leurs pèlerinages (le grand, « hadj » ou le petit, « omra »). La Mecque est donc un lieu hautement spirituel pour les musulmans. La Mosquée Masjid al-Haram édifiée autour de la Kaba est le centre du pèlerinage annuel des musulmans du monde entier.

La gestion de la Mecque a été confiée à l’Arabie Saoudite. Les décisions sont donc prises par le gouvernement saoudien sans l’accord préalable des autres pays musulmans. La richesse pétrolière du pays lui fait bénéficier de fonds très importants pour investir et réaliser de nombreux projets tant au niveau interne qu’au niveau international.

Le luxe entoure donc le lieu saint des musulmans. Les exemples les plus marquants sont la construction de l’hôtel Fairmont Makkah Clock Royal Tower (parmi les plus hauts du monde), ce qui a impliqué la destruction de la forteresse ottomane d’Ajyad (conflit avec la Turquie[2]). De même, la construction de l’hôtel Hilton (5 étoiles) a causé la destruction de la maison d’Abou Bakr, 1er compagnon du Prophète (le premier des califes bien-guidés).

Un autre projet pharaonique est en train de voir le jour. Imaginé par la société Dar-al-Handasah, le gouvernement saoudien construit l’hôtel Abraj Kudai (5 étoiles) à moins de 2 kilomètres de la grande mosquée Masjid Al Haram. Cet hôtel a coûté la bagatelle de plus de 2 milliards d’euros et compte 10 000 chambres, 70 restaurants, 4 héliports, un centre commercial…

Cet excès de grandeur, ce luxe exagéré est-il représentatif de ce qu’est le berceau de l’Islam ? La démesure est-elle conforme au message coranique ? Le luxe sur le plan terrestre n’a pas de connotation positive en Islam, mais plutôt une connotation négative car l’homme est plus enclin à se détourner de ses obligations et devoirs religieux. Cela peut contribuer à développer sa vanité, son orgueil, défauts réprouvés en Islam.

«  Ce ne serons ni vos richesses ni vos enfants qui vous rapprocheront de nous. Seuls ceux qui croient et qui accomplissent de bonnes œuvres verront leurs récompenses décuplées. Paisibles, ils seront placés dans de magnifiques pavillons » (XXXIV, 37).

La Mecque  est un point de ralliement des hommes, un lieu de retour et de sauveté, une ville sûre qui attribue de ses fruits à son peuple (sourate II, 125-127). Répartir les pèlerins selon leurs capacités financières est-il un mode de fonctionnement souhaitable ?

Sami Angawi, architecte saoudien renommé est l’une des nombreuses figures qui déplore la dénaturation du lieu saint. Il s’exprime en ces termes : « Nous sommes en train d’échanger un cœur pur et naturel contre un substitut mécanique et artificiel »[3].

Les désaccords persistants sur la présence/la construction des complexes hôteliers de la Mecque sont ignorés. Aucune solution ne semble envisageable pour arrêter cette frénésie commerciale, cause d’un véritable paradoxe difficilement justifiable.

*Sonia Ben Mansour est avocate au barreau de Paris et doctorante à l’Université Paris II.

Pour citer cette étude :

Sonia Ben Mansour, « ETUDE – Les complexes hôteliers de la Mecque, réflexions sur un paradoxe », in : www.cultures-et-croyances.com, Rubrique Religions – Islam, octobre 2015.

NOTES BIBLIOGRAPHIQUES

[1] http://www.larousse.fr/encyclopedie/ville/La_Mecque/132518

[2] http://www1.rfi.fr/actufr/articles/025/article_13707.asp

[3]http://www.magazine-awards.com/index.php?tmpl=util_pdf_force_inline&file=http://www.magazine-awards.com/multimedia/nmafawards_assets/assets/files/awards/7/14235.pdf

One Response to ETUDE – Les complexes hôteliers de la Mecque, réflexions sur un paradoxe

  1. Pingback: Ahmady (islamahmadiyya) | Pearltrees

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Sites Partenaires

Ordre Monastique Vaisnava
Observatoire de la Laïcité - Institution rattachée au Premier Ministre
The Ahmadiyya Muslim Community International
Le MENA Post
UNICEF France, Association Humanitaire pour la survie des enfants dans le monde
Conseil Représentatif des Sikhs de France
Financial Afrik - Toute la finance africaine
Site l'Economiste - Tous les décryptages sur l'économie
Archer 58 Research - Think-Thank en économie et sciences sociales
Coexister - Mouvement Interreligieux des Jeunes
Ordre Monastique Vaisnava
Observatoire de la Laïcité - Institution rattachée au Premier Ministre

Abonnez-vous!

Recevez nos dernières nouvelles directement dans votre boîte de réception. Vous recevrez un email d'activation !