ETUDE – Les Effets des Rayonnements Ionisants [Partie 4/4 d’une étude consacrée à la radioactivité]

*Etude rédigée par Talha Rashid

L’étude des effets des rayonnements ionisants sur la matière vivante se situe à la frontière de la physique et de la biologie. Bien que les connaissances aient beaucoup progressé, elles demeurent incomplètes et empiriques. Pour démêler avec précision les effets des rayonnements, il faudrait identifier les doses de radioactivité subies par chaque partie de l’organisme, ce qui est matériellement impossible. Il faudrait surtout pouvoir remonter à l’origine de certains effets afin de les attribuer de façon sûre à la radioactivité ou à d’autres causes. Dans le cas de cancers, c’est généralement impossible. Avant de présenter les effets des rayonnements ionisants, il est nécessaire de préciser qu’il y a deux types principaux d’expositions aux rayonnements ionisants, l’exposition externe et l’exposition interne.

I. Les expositions aux Rayonnements Ionisants

On distingue deux types d’exposition : les expositions externes et les expositions internes.

A°) Les expositions internes

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Rayons ionisants et matière vivante
L’exposition externe est essentiellement due aux rayons gamma et rayons X. Le rayonnement alpha, généralement arrêté par l’air et les vêtements, ne pénètre pas plus profond que les cellules mortes de la couche supérieure de la peau. Une grande partie du rayonnement bêta est généralement arrêté avant d’atteindre la peau, mais ce rayonnement est plus pénétrant et peut atteindre ses couches internes. Si la source est proche et intense, la dose à la peau sera forte. Les rayons gamma et les rayons X ne peuvent jamais être totalement arrêtés. Ils feront sentir leur effet au delà des couches de la peau à l’intérieur du corps.
OMIRIS 2004

Les doses externes sont principalement dues aux rayons gamma. Les expositions aux neutrons sont exceptionnelles en dehors des centrales nucléaires. L’exposition aux rayons alpha est sans danger en exposition externe. En effet, les particules alpha émises par un noyau radioactif ne traversent que 5-6 cm dans l’air et sont complètement arrêtées par une simple feuille de papier. Elles ne traversent donc pas la couche supérieure de la peau composée de cellules mortes. Le rayonnement bêta, qui se fait sentir sur une courte distance, est facilement arrêté mais peut par contre entraîner de fortes doses à la peau.

Pour une même énergie déposée dans la matière vivante, le rayonnement gamma est celui des rayonnements qui entraîne le moins d’effets biologiques comparé aux bêta et alpha. Par contre, le parcours des gamma dans la matière est très long et ces rayonnements sont très faiblement atténués dans l’air.


Certains isotopes radioactifs contribuent à la fois aux expositions externes et internes. Le césium-137, qui émet à partir de dépôts dans le sol un rayon gamma caractéristique, contamine aussi la chaîne alimentaire. Pour l’iode-131, il convient de distinguer l’irradiation de la thyroïde par ingestion et l’irradiation externe moins nocive qui ne vise pas spécifiquement la glande.B°) Les expositions externes

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La double exposition au césium
Les dépôts au sol de césium-137 sont à l’origine d’irradiations externes et internes. Le césium-137, qui émet des électrons bêta et des photons, se retrouve dans les couches végétales avec lesquelles il s’enfonce lentement. Les campeurs de gauche seront exposés aux rayons gamma venant du sol, des gamma très caractéristiques qui permettent de détecter et de mesurer l’activité du césium. A droite, sangliers et champignons concentrent le césium des végétaux, qui se retrouve alors dans la chaîne alimentaire. C’est l’électron bêta qui devient la principale source d’irradiation interne. Rappelons qu’il faut camper longtemps en zone très contaminée ou manger beaucoup de sanglier pour s’exposer à 1 millisievert. 
IRSN/dessin : Martine Beugin

D’autre part, l’irradiation externe ne dure que le temps de l’exposition à la source, contrairement à ce qui se passe lors de l’ingestion ou de l’inhalation de substances radioactives. Dans ce dernier cas, l’exposition aux rayonnements ionisants va diminuer au cours du temps sous l’action combinée de la décroissance radioactive des atomes et l’élimination biologique progressive du radioélément incriminé. On définit ainsi une période biologique qui est le temps nécessaire pour que l’activité d’un radioélément donné diminue de moitié après ingestion ou inhalation.

Les expositions externes peuvent être évaluées à l’aide de dosimètres sensibles aux rayonnements X, gamma, bêta et aux neutrons. Comme vu précédemment, la mesure de l’exposition externe aux rayons alpha n’est pas nécessaire en raison de leur faible parcours dans l’air et de leur incapacité à traverser la couche supérieure de l’épiderme. Le port de ces dosimètres est obligatoire pour les personnes travaillant en zones sensibles : travailleurs de l’industrie nucléaire et de laboratoires, personnels des hôpitaux en médecine nucléaire notamment. En thérapie, on contrôle les doses délivrées à la tumeur et aux tissus environnants par des dosimètres situés à la surface du corps et placés sur le trajet des rayons.

Il n’est pas possible d’évaluer individuellement les doses reçues en l’absence de dosimètre, en particulier en cas d’accident (*). On pourra néanmoins évaluer la dose reçue en simulant l’accident à l’aide de codes de calculs spécifiques.

B°) Expositions internes

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Irradiation des poumons par inhalation
Les descendants du radon sont à l’origine d’une exposition interne naturelle par inhalation. L’exposition des poumons se fait par l’inhalation d’aérosols radioactifs dus à la filiation radioactive de ce gaz. Les rayons alpha émis par les descendants du radon peuvent à partir de la surface pénétrer pour atteindre des couches de cellules sensibles aux cancers dans les bronchioles. Les rayons bêta du tritium, isotope radioactif de l’hydrogène produit par le rayonnement cosmique, peuvent toucher aussi les poumons, mais leur dépôt d’énergie est beaucoup plus faible.
IN2P3/Source K.G.Gerber

Les atomes radioactifs ont recours à deux stratagèmes pour se glisser dans le corps humain : ingestion et inhalation. Une guerre de Troie chez les atomes ? En se mêlant à nos aliments et à l’air que nous respirons, ils entrent au cœur de la forteresse comme les anciens grecs cachés dans le cheval de bois imaginé par Ulysse sont entrés dans celle de Troie.

Les rayons alpha et bêta émis par une source externe sont le plus souvent absorbés avant d’atteindre leur cible. Il faut toutefois noter que les particules bêta sont à l’origine de doses importantes lorsqu’elles émises à une courte distance de l’organisme.

La source se contente de bombarder le corps humain des flèches à longue portée dont elle dispose, les rayons gamma ! Dans le cas d’une exposition interne, les atomes radioactifs se trouvent à pied d’œuvre. Ils disposent de ces rayons alpha et bêta, munitions autrement plus redoutables à courte distance que les rayons gamma.

Ces rayons déposent leur énergie, qui est très grande à l’échelle atomique, à proximité immédiate de l’atome qui les a émis. Les rayons alpha en particulier déposent leur énergie d’une manière très concentrée le long d’un parcours d’une fraction de millimètre. Il en va de même à un moindre degré pour les rayons bêta dont le parcours dans la matière est plus long que celui des particules alpha. Ces dépôts d’énergie causent des dommages aux cellules vivantes et à leur ADN

Plusieurs paramètres vont influencer la dose consécutive à une exposition interne à un radionucléide : le type de rayonnements émis par cet atome radioactif, sa forme chimique, la façon dont ce produit radioactif va se distribuer dans l’organisme et être éliminé la durée et la de la contamination. La forme chimique de l’élément radioactif (libre ou fixé à une molécule) est très importante car elle va dicter sa distribution dans les organes ou les tissus où se produiront les désintégrations. En effet, les atomes radioactifs se comportent comme des atomes ordinaires avant qu’ils n’émettent leurs rayonnements, ils ont la même réactivité chimique. Ils suivent le sort de l’élément chimique dont ils sont un isotope : le tritium ce comportera comme un atome d’hydrogène, le carbone-14 comme un atome de carbone et l’iode-131 se comportera comme les autres atomes d’iode. Dans le cas où l’atome radioactif est fixé sur une molécule, c’est le plus souvent la réactivité de cette molécule qui dictera sa distribution.

Entrés dans le corps, les radioéléments passent généralement par la circulation sanguine pour se distribuer dans le corps. Certains radioéléments se fixent dans des tissus ou organes particuliers : on parle d’organes cibles. L’iode-131 se concentre sur la thyroïde : certains émetteurs alpha se fixent sur les poumons, dans le squelette ou dans les reins. Par contre les isotopes radioactifs du césium se diffusent dans tous les tissus et la masse musculaire. Une bonne partie se trouve éliminée par les voies naturelles, les éléments insolubles exposant les voies digestives et en particulier le colon. Par exemple la moitié du césium-137 ingéré aura disparu de l’organisme au bout de 150 jours chez l’adulte alors qu’il faudrait attendre 30 ans pour qu’il disparaisse de moitié du fait de sa seule période radioactive.

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Classement par radiotoxicité
Les isotopes radioactifs sont classés en 4 groupes en fonction de leur toxicité. Dans le premier groupe, figurent les émetteurs alpha : plutonium, neptunium, américium, curium et aussi radium, polonium-210 et plomb-210 naturels. Parmi les émetteurs bêta, les isotopes radioactifs de l’iode qui se fixent sur la thyroïde et le strontium-90 (os) ont une forte toxicité, alors que celle du césium-137 réparti dans la masse musculaire est modérée. En bas de l’échelle, on trouve le tritium (dépôt d’énergie particulièrement faible), le krypton-85 (un gaz rare rejet du nucléaire) et le technetium-99 métastable utilisé pour des scintigraphies en médecine.
IN2P3/CIPR

La radiotoxicité mesure la toxicité radioactive d’un radioélément ingéré ou inhalé. Elle rend compte de l’énergie déposée par les rayonnements, de la forme chimique du radioélément, de l’âge de la personne exposée, de la sensibilité des tissus ou organes touchés, du devenir et de la durée de séjour dans le corps humain. Plus ce facteur est élevé, plus un radioélément ingéré est toxique. La dose reçue est calculée à l’aide d’un coefficient de dose efficace engagée par unité d’incorporation ou d.p.u.i exprimé en Siervert par Becquerel (Sv/Bq).

Les éléments les plus radiotoxiques sont les émetteurs de rayons alpha, comme le plutonium et les actinides mineurs produits par les réacteurs et les descendants de la filiation naturelle de l’uranium présents à l’état de traces de la nature (le plus connu est le radium). Viennent ensuite loin derrière, les émetteurs de rayonnement bêta. En font partie des radioéléments naturels comme le carbone-14, le potassium-40 et le tritium ainsi que les produits de fission des réacteurs. Le facteur de dose du tritium est particulièrement faible. Les isotopes radioactifs de l’iode sont parmi les plus radiotoxiques des émetteurs bêta du fait qu’ils se concentrent dans la thyroïde.

L’exposition interne d’origine naturelle due au carbone-14 et au potassium-40 est sans danger, car ces deux isotopes radioactifs sont peu toxiques et leur activité est anodine. Présents à l’état de traces, les émetteurs alpha naturels contribuent peu en dehors du radon. Les désintégrations de ce descendant gazeux de l’uranium produisent des isotopes radioactifs de bismuth, de polonium et de plomb, qui inhalés se déposent sur les poumons. L’exposition par inhalation des descendants du radon est la principale composante de la radioactivité naturelle.

Les expositions internes ont aussi des applications médicales. Des produits radiophamaceutiques sont injectés à des patients pour s’attaquer à des tumeurs et soigner certaines maladies.

Intéressons-nous maintenant aux effets de ces rayonnements ionisants sur le corps humain.

II. Les effets des Rayonnements Ionisants

Les effets d’une irradiation sont bénéfiques, quand l’irradiation touche des cellules malades, et sont néfastes s’ils touchent des cellules saines. Ils sont très variés, le rayonnement pouvant atteindre aussi bien une simple molécule d’eau qu’un fragment d’ADN, les conséquences ne seront donc pas les mêmes. La matière vivante possède aussi une certaine faculté de réparation, du moins quand l’irradiation reste faible, par exemple la cellule possède le système MMR (mismatch repair) permettant la réparation des mésappariements. Les conséquences d’une irradiation sont donc très difficiles à prévoir pour un individu en dehors du cas des fortes expositions.

Les effets d’un rayonnement ionisant dépendent de sa nature, de la dose absorbée, de l’organe touché. Des doses importantes (qui peuvent être bénéfiques quand elles sont brèves et localisées comme en radiothérapie) provoquent des effets bien identifiés appelés déterministes.

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Effets de fortes expositions
Effets « déterministes » liés à une forte irradiation homogène sur tout le corps. Ces effets peuvent être graves, voire mortels. Ils sont appelés déterministes, car ils produisent toujours les mêmes symptomes, par opposition aux faibles doses qui ont seulement une probabilité (petite) de causer un effet).
IN2P3

Les effets deviennent incertains pour les doses de l’ordre de celles dues à la radioactivité naturelle. Ils ont dits probabilistes, car l’exposition à une faible dose n’a en général pas d’incidence mais peut éventuellement (avec une faible probabilité) être à l’origine de pathologies comme des cancers.

Il existe donc deux types d’effets biologiques :

  • Les effets immédiats (ou déterministes) : Une forte irradiation par des rayonnements ionisants provoque des effets immédiats sur les organismes vivants comme, par exemple, des brûlures plus ou moins importantes. En fonction de la dose et selon l’organe touché, le délai d’apparition des symptômes varie de quelques heures (nausées, radiodermites) à plusieurs mois. Des effets secondaires peuvent même être observés des années après une irradiation (fibroses, cataracte).
  • Les effets à long terme (effets aléatoires ou stochastiques) : Les expositions à des doses plus ou moins élevées de rayonnements ionisants peuvent avoir des effets à long terme sous la forme de cancers et de leucémies. La probabilité d’apparition de l’effet augmente avec la dose. Le délai d’apparition après l’exposition est de plusieurs années.

On évoquera aussi dans une dernière partie les effets non biologiques des rayonnements ionisants.

Cas d’une exposition conduisant à l’apparition d’effets aigus.

A forte dose, les rayonnements ionisants provoquent la destruction des cellules et induisent la nécrose des tissus au niveau des organes exposés. Des effets cliniques « aigus » sont alors observables à plus ou moins court terme (quelques heures à quelques mois selon la dose, le débit de dose, le type de rayonnement, l’organe touché et l’individu). Dans le cas d’une irradiation aiguë localisée à un  organe, des effets tels que par exemple des brûlures de la peau, une cataracte ou une stérilité, peuvent apparaître à partir d’une dose seuil et devenir irréversibles à fortes doses (schéma 1).

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Mannequins du musée d’Hiroshima décrivant la scène qui a suivi le relargage de la bombe nucléaire. La peau des personnes directement atteintes s’est littéralement fondue à cause de la chaleur intense et des radiations

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Dans le cas d’une irradiation aiguë délivrée sur une grande partie du corps, des troubles hématologiques, des atteintes plus ou moins importantes des voies digestives ou du système nerveux central, sont observés selon la gravité de l’exposition. En absence totale de traitement, ces troubles vont conduire à des défaillances multiples des fonctions vitales du corps humain (voir les doses à partir desquelles se produisent les atteintes graves de certaines fonctions dans le schéma 2). La dose à laquelle se produit le décès de 50 % des personnes ayant subi une irradiation du corps entier est d’environ 4,5 à 5 Gy, en l’absence de traitement.

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La décision d’hospitalisation dépend, avant tout, des signes cliniques. Selon la précocité et la gravité des signes cliniques et des symptômes, les victimes devront bénéficier d’une prise en charge médicale rapide dans une unité spécialisée. La première urgence consistera alors à établir un diagnostic correct des dommages, afin d’orienter le traitement. Ce diagnostic s’appuie notamment sur l’évaluation de la dose des tissus et organes exposés. En fonction de l’importance des atteintes, plusieurs moyens de traitement peuvent être employés : traitement par transfusion sanguine d’un état pathologique se traduisant par la chute du nombre de globules blancs ; administration d’antibiotiques et de facteurs de croissance des cellules sanguines ; traitement contre la diarrhée ; greffe de peau et amputation si nécessaire ; etc.

Cas d’une exposition conduisant à l’apparition d’effets différés

Les rayonnements ionisants induisent aussi des transformations des cellules qui, plusieurs années après l’exposition, peuvent engendrer des effets sanitaires qui surviennent de façon aléatoire dans lapopulation exposée. Parmi ces effets dits “ différés ” dans le temps on trouve principalement les leucémies et divers cancers (du poumon, de la thyroïde, des voies digestives et urinaires, etc.). Ces pathologies ont des causes multiples et il n’existe pas de moyen biologique permettant de différencier, par exemple, un cancer du poumon dû au tabac d’un cancer du poumon induit par les rayonnements ionisants. Compte tenu de cette particularité et du fait que le risque d’apparition de ce type d’effets est faible par

rapport à la fréquence naturelle des cancers dans la population, on ne peut les mettre en évidence qu’en observant des populations ayant été exposées aux rayonnements ionisants et en les comparant à des populations n’ayant pas été soumises à cette exposition (exemple : étude épidémiologique sur les survivants exposés aux bombardements nucléaires d’Hiroshima et de Nagasaki, Japon, 1946).

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En cas d’accident conduisant à une exposition radiologique, les doses efficaces reçues par les populations exposées peuvent être de l’ordre de 1 mSv jusqu’à quelques centaines de mSv (les doses reçues par le personnel pourraient être supérieures, par exemple en cas d’accident de criticité). A titre de comparaison, la dose efficace annuelle résultant de l’irradiation naturelle et des pratiques médicales est en moyenne de l’ordre de 4 mSv en France. L’objectif des plans d’urgence est notamment de limiter le plus possible ces doses par des actions de protection adaptées. La survenue d’un tel accident conduirait à organiser un suivi sanitaire des personnes pouvant avoir été exposées. Il s’appuierait notamment sur le contrôle de la contamination interne et l’estimation des doses reçues, sur le traitement de la contamination interne (si cela est justifié), et enfin sur une étude épidémiologique de la population exposée.

On observe aussi des effets à court terme et à long terme au niveau des anomalies congénitales. En effet une forte dose de rayonnements ionisants en cours de grossesse peut entraîner un avortement spontané. A des doses plus faibles, des malformations congénitales ont été observées uniquement chez les enfants des survivantes des bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki exposées pendant les premières semaines de leur grossesse. Il s’agissait de microcéphalies. Des retards mentaux ont aussi été observés chez ces enfants.  Depuis plusieurs années, on observe une tendance à imputer à l’accident de Tchernobyl certaines malformations congénitales observées dans les populations ukrainiennes et biélorusses ; il n’existe pas actuellement de données scientifiques permettant d’appuyer l’hypothèse d’un tel lien. En ce qui concerne les effets héréditaires, c’est-à-dire la transmission d’anomalies induites par les rayonnements ionisants à la descendance, ces effets n’ont pas été observés dans les populations humaines, notamment chez les survivants des bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki (de tels effets ont par contre été mis en évidence chez certaines espèces animales).

Les effets indirects des rayonnements ionisants :

A la suite d’une exposition accidentelle, on observe souvent des effets indirects sur la santé, qu’il n’est pas possible d’imputer, au plan biologique, aux rayonnements ionisants, en l’état actuel des connaissances. Il s’agit de conséquences psychologiques (anxiété, dépression, stress), de modifications du comportement (consommation de médicaments, augmentation de la consommation de tabac et d’alcool, augmentation des interruptions volontaires de grossesse, modification des comportements alimentaires) et des conséquences des actions de protection appliquées lors de l’accident (ingestion d’iode stable). Ces effets sur la santé, observés dans le cas d’accidents majeurs (notamment Tchernobyl), sont significatifs mais ne  sont pas corrélés aux niveaux d’exposition des personnes qui manifestent ces troubles. Ils doivent être considérés en tant que tels et être pris en charge sur un plan médical, sanitaire et psychologique.

Parmi une population exposée, il sera impossible d’attribuer l’apparition d’un cancer individuel à une telle exposition, mais on cherchera à constater un éventuel effet par une étude statistique du nombre de cancers.

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Incertitudes pour les effets des faibles doses
Dans le domaine des doses faibles et très faibles, l’absence de données précises ne permet pas de valider par l’expérience la relation entre effets et doses. Des radiobiologistes pensent aujourd’hui que la règle officielle (représentée par une droite qui relie l’origine et les résultats des observations sur les fortes expositions situés en dehors du diagramme) doit être revue. Ils lui préfèrent une relation avec seuil, plus optimiste qui stipule qu’il n’y aurait pas de risques en dessous d’un certain seuil d’exposition. Un des modèles représentés (hormésis) suggère même que l’effet des très faibles radiations pourrait être bénéfique. La figure sans échelles montre seulement le comportement des modèles . 
IN2P3

Les irradiations internes sont les plus redoutables car les atomes radioactifs sont sur place et peuvent rester fixés dans l’organisme des années durant. Elles sont beaucoup plus redoutables que les irradiations externes qui cessent avec l’exposition à la source.

La nocivité d’une quantité de matières radioactives absorbée est mesurée par sa radiotoxicité potentielle. Cet indicateur évalue la dose subie par l’organisme le cas où ces matières seraient assimilées à la suite d’une inhalation ou ingestion. Il tient compte du devenir de la substance dans le corps humain. Pour une même dose d’activité ingérée, la radiotoxicité varie d’un facteur 1 à 10000 entre des émetteurs bêta de faible énergie comme le tritium et des noyaux lourds émetteurs alpha.

La radiotoxicité ne doit pas être confondue avec la nuisance réelle. Cet indicateur suppose qu’un radioélément est présent dans l’assiette d’un consommateur ou s’est fixé dans ses poumons, et ne tient pas compte d’un facteur primordial, la façon dont cet élément a pu se retrouver dans cette assiette ou ces poumons. Un élément peut être très radiotoxique, comme le plutonium, mais présenter des risques limités s’il n’arrive que difficilement au contact de l’homme ou si tout est fait pour qu’il en soit ainsi.

NOTES :

1) Rayonnements capables de ioniser les atomes lors de leur passage dans la matière. Les rayons alpha, bêta, et gamma émis par les noyaux atomiques en font partie, mais la définition est plus générale. Par exemple, les petits accélérateurs utilisés en radiothérapies dans les hôpitaux délivrent aussi des rayonnements ionisants.

Ionisation : Les particules électriquement chargées ont la faculté d’arracher des électrons appartenant aux atomes de la matière qu’elles traversent. Ce phénomène est appelé ionisation, car les atomes qui ont perdu des électrons sont devenus des ions. En ionisant, les particules chargées perdent de leur énergie et se ralentissent. Les particules alpha et bêta sont capables d’ioniser des centaines de milliers d’atomes le long de leur parcours

2) La radiotoxicité potentielle mesure la nuisance d’un noyau radioactif assimilé par l’organisme à la suite d’une inhalation ou ingestion. Elle tient compte du devenir de la substance dans le corps humain et sa nocivité. La radiotoxicité est calculée en multipliant l’activité ingérée par un facteur de dose. Ce facteur varie dans de grandes proportions : de 1 pour un émetteur bêta de faible énergie comme le tritium à 10 000 pour des émetteurs alpha comme l’uranium et le plutonium. Quand la matière radioactive n’est pas effectivement ingérée, comme dans le cas d’un déchet radioactif, la radiotoxicité surestime la nuisance réelle, car le calcul suppose l’ingestion ou l’inhalation à 100 % ce qui est rarement le cas.

3) Rayons alpha (α)
Les noyaux lourds instables se désintègrent en émettant des noyaux d’atomes d’hélium appelés particule alpha (α) pour des raisons historiques. Ce noyau est constitué de deux protons et de deux neutrons. Parmi les noyaux légers, cet assemblage est doté d’une remarquable stabilité.

4) Le plutonium est un élément chimique, plus lourd que l’uranium qui n’existe pas à l’état naturel et dont tous les isotopes sont radioactifs. Il est fabriqué dans les réacteurs à partir l’uranium-238. Son principal isotope, le plutonium-239, est fissile. Il est employé dans les bombes atomiques et comme combustible dans les réacteurs. Utilisé dans des réacteurs surgénérateurs à neutrons rapides, le plutonium-239 est régénéré en même temps qu’il est consommé. S’il n’est pas brûlé en réacteur, le plutonium devient un déchet radioactif dont la toxicité est importante. On évite sa dispersion en le conditionnant sous forme d’oxydes peu mobiles.

5) Rayons bêta (β)
On appelle rayons ou électrons « bêta » (β) les électrons émis spontanément par certains noyaux radioactifs excédentaires en neutrons : c’est la radioactivité bêta-moins appelée ainsi parce que la charge électrique de l’électron est négative. Des noyaux excédentaires en protons émettent en sens inverse des anti-électrons ou positons bêta : c’est la radioactivité bêta-plus qui est beaucoup plus rare dans la Nature.

*Après des études de médecine, Talha Rashid s’est orienté vers une licence de biologie. Il est actuellement en Licence de Physiologie et Biologie Cellulaire, label recherche, spécialité Neurophysiologie Intégrée. Talha est également une des personnes à l’origine de la conception de Cultures & Croyances. Il contribuera régulièrement au sein des colonnes « Sciences » de Cultures & Croyances.

Pour citer l’étude :

Talha Rashid, « Les Effets des Rayonnements Ionisants [Partie 4/4 d’une étude consacrée à la radioactivité] », in : www.cultures-et-croyances, rubrique Biologie, mars 2013.

One Response to ETUDE – Les Effets des Rayonnements Ionisants [Partie 4/4 d’une étude consacrée à la radioactivité]

  1. Louis Vuitton Bags2 21 mai 2013 at 7 h 13 min

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