RELIGIONS – Noël chrétien et néo paganisme moderne : enjeux et défis sociaux

Cadeaux-de-Noël

Source : Google Images

*Etude rédigée par Célestin Coomlan Avocan 

Le Christianisme depuis ses origines, a développé principalement le sens de la fête, puisqu’il a de tout temps une réalité majeure à célébrer: La Rédemption, la Bonne Nouvelle du Salut en Jésus Christ.

Plusieurs fêtes chrétiennes tirent pour cette raison leur origine des fêtes juives qui ont été portées à leur signification plénière dans la foi au Christ. Ces fêtes religieuses chrétiennes font toutes parties du calendrier liturgique et sont classées en trois groupes comme des solennités, des fêtes, des mémoires. Parmi toutes Noël provoque habituellement un climat de sérénité puis entraine avec elle une particulière exubérance de joie.

De fait Noël sent la nature ; elle emballe beaucoup plus de personnes. Plusieurs en disent avec raison que c’est une fête naturaliste ; c’est la fête de tous pour une raison toute simple. Le terme « Noël » est une déformation du latin « natalis », c’est-à-dire « nativité ». La naissance est une expérience humaine fondamentale chez tous les peuples. Pour les croyants, cette nativité est celle du Christ Jésus accueillie comme le début du salut, puisque Dieu se fait chair par l’incarnation de son Fils. Et l’évangéliste Luc en dépeint les traits saillants partant de l’annonce faite par l’ange Gabriel à Marie au sujet du plan de Dieu sur elle, jusqu’au recouvrement de Jésus au temple, à l’occasion de ses douze ans : « Or il advint, comme ils étaient là, que les jours furent accomplis où Marie devait enfanter. Elle enfanta son fils premier-né, l’enveloppa de langes et le coucha dans une crèche, parce qu’ils manquaient de place dans la salle » (Luc 2, 6-7). Noël demeure depuis lors cette source d’émerveillement pour les chrétiens, non seulement à cause du côté tendre et touchant de la naissance d’un fragile enfant, mais surtout en raison de la signification de cette venue incomparable au monde. En effet, quoi de plus inouï que l’Incarnation de Dieu dans notre chair, que l’Irruption de l’Infini dans notre finitude, de la Toute-Puissance dans la toute-faiblesse. Voilà le magnifique Évènement exposé tous les ans depuis des siècles à une diversité et variété culturelle se manifestant chaque année comme lieu de tension, de conflit et de rébellion de la culture contre la nature et vis versa tandis que le Christ en sa personne provoque et invite comme Lumière du monde puis Soleil invaincu à une vision unitaire et unificatrice de la personne, du monde et de l’histoire. Saint Paul osa  affirmer que « en Lui tout subsiste au ciel et sur la terre… Il est notre Paix… Il a détruit le mur de la haine ».

Paradoxe et tension culturels de Noël

Noël comme naissance du Christ porte en soi une tension pour tous les temps ; de fait ce fils Jésus est prédit pour être « consolation et signe de contradiction » pour beaucoup ( ) en Israël. Les Évangiles affirment également : « il est venu chez les siens et les siens ne l’ont pas reçu. À ceux qui l’ont reçu il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu » ( ). Noël est voulu comme signe de réconciliation de l’humanité d’une part puis du ciel et de la terre d’autre part avec Jésus comme Pont sous le Signe de la naissance. Mais c’est d’abord l’hégémonie de la science et l’attitude scientiste qui à la faveur du nihilisme, balaie du revers de la main avec orgueilleuse volonté de puissance les grandes traditions de l’humanité en les assimilant à des légendes ou à des narrations pour enfants. Malheureusement chaque époque de l’ humanité se crée ses propres et nouvelles légendes qui lui ôtent tout sens et bon sens. On préfère donc aujourd’hui la propagande du personnage légendaire Papa Noel à l’authenticité de Jésus personnage historique. On admire davantage l’horoscope comme science avec incidence sur la vie extérieure à Jésus et sa Parole de salut pour le monde. On raffole du plaisirs et de sexe dans une société prompte à se structurer sans père et sans mère avec des modèles de mariage et de famille taillés sur mesure et dictés par le désir individuel qui combat la génération plutôt que de se laisser interpeler par la naissance surnaturelle de Jésus. Et c’est la pensée dominante occidentale qui en tout cela ressort comme propagandiste incitant non seulement à la résistance mais aussi à l’indifférence sinon à la rébellion contre certains signes religieux dans les lieux publics puis au renoncement aux racines chrétiennes. Et avec le concours de la nouvelle culture des média, beaucoup rivalisent d’ardeur pour divulguer à tout vent tout genre d’ idéologies à coup d’argent et de manipulation. Et pourtant Jésus est réèllement né à Bethléem en Judée selon diverses sources.

La fête de Noël fut instituée par la suite à Rome, autour du IVe siècle. La date est fixée au 25 décembre non seulement pour christianiser la fête païenne du « Solis invictus » soulignant le solstice d’hiver, mais aussi en raison du symbole puissant que représente le Christ dont la Lumière a vaincu les ténèbres. L’évangélisation est la mission de l’Église dont on ne peut objectivement sous-estimer les admirables cheminements. Mais face au déclin du religieux, elle se heurte, à certains défis majeurs. Le premier, issu d’agnostiques et de chrétiens, tend à édulcorer l’héritage chrétien , pour le rendre plus acceptable à nos contemporains, de modifier l’essentiel de la Révélation christique. La culture prévaut sur la Parole de Dieu, aussi toute adaptation semble permise au gré de l’humeur de chacun et de la propre civilisation. Jésus serait selon cette fantaisie à l’horizontal, un homme exceptionnel mais seulement un homme, la Résurrection reste ainsi juste un symbole. Toutes les fêtes chrétiennes même si elles gardent encore chacune leur nom sont dès lors manipulées et vidées pas à pas de leur suc originaire. Face à l’éveil d’un certain néo paganisme Il y a nécessité d’une nouvelle méthode et d’un nouvel ardeur pour situer de nouveau Jèsus Christ au monde afin que la mission évangélisatrice lorsque l’Église intervient et témoigne du Christ ne soit pas ressentie comme une ingérence, mal placée ni comme une voix qui crie dans un désert (Matthieu 3,1). Noël est une excellente occasion pour entendre à neuf l’appel à la ténacité prudente et au courage éclair selon l’ évêque français aux Armées Luc Ravel. Car Noël, poursuit-il nous tend tous vers l’énergique présence de Dieu au milieu des affaires humaines. Il nous offre une splendide leçon de tactique : comment contourner le découragement et emporter l’enthousiasme alors que les temps sont durs, l’avenir obscur et le mérite oublié. Aussi supplie-t’il et invite t’il pour ses voeux de noel à un sursaut intérieur:”Par pitié, ne faisons plus de Noël un message pour gamin, un encouragement romantique à la pauvreté.  Il s’agit de tout autre chose. Noël propose une stratégie de fidélité à la mission malgré le manque de moyens. Il est donc question de courage et de courage intelligent. Que faire alors ? Il n’est que de lire le récit de la nativité pour se persuader que Dieu ne se laisse pas détourner de son dessein par des circonstances médiocres, hasardeuses voire contraires. Rappelons les faits.

Le Christ naît à Bethléem. Cela ne va pas de soi : Joseph et Marie habitent à Nazareth, cent vingt kilomètres plus au Nord. Marie accouche là non par le choix d’une excellente maternité ou la proximité d’une famille accueillante. Personne ne les reçoit. C’est pourquoi ils vont loger à l’auberge. Mais ils sont à Bethléem pour des raisons politiques. L’accouchement survient alors qu’ils remplissent leur devoir de citoyen, obéissant au recensement ordonné par l’empereur César Auguste. Le politique, et c’est son droit, les met en condition de pauvreté, d’insécurité : celle du voyage, pénible pour une femme enceinte, celle de l’enfantement, impossible à la vue de tous. La salle commune ne convient pas à la mise au monde. Marie se réfugie dans la grotte attenante et l’enfant-Dieu surgit au milieu de la paille, dans la chaleur des animaux. Mais la mission divine se poursuit : Dieu n’interrompt pas son service de Salut au motif que les temps sont durs.”

 Le monde entier dans sa grande majorité est préoccupé ces dernières années par une crise économique dont les méfaits se prolongent toujours. Puisse l’amour au cœur de Noël montrer de nouveau cette année que la vie dépasse le simple calcul économique puis la logique mathématique et que jusqu’à preuve de contraire seul l’amour reste encore crédible au-delà de l’injustice, la haine et la guerre pour transformer le monde. Aucun homme n’est un numéro mais une personne créée à l’image de Dieu qui est Amour et Noël est la main de Dieu tendue à l’humanité. Puissions nous la saisir à temps pour une authentique renaissance de la société.

*Célestin Coomlan Avocan est prêtre du diocèse de Lokossa au Bénin depuis le 17 novembre 1990. Il est titulaire d’une licence de philosophie (Université d’Abomey Calavi, BÉNIN). Il a également fait des études sur le Mariage et la Famille auprès de l’Université pontificale du Latran à Rome (Italie), il est docteur en théologie (Institut pontifical Jean-Paul II). Il est également l’auteur de plusieurs ouvrages dont : De la sagesse de l’amour au delà des débats. La question du père dans la famille, Éditions Jets d’Encre, Paris 2012, Il prezzo del cuore, Booksprint, Salerno 2012, Il volto dell’amore, Booksprint, Salerno 2013.

Pour citer l’étude :

Célestin Coomlan Avocan, « Noël chrétien et néo paganisme moderne : enjeux et défis sociaux », in : www.cultures-et-croyances.com, Rubrique Religions & Spiritualités – Christianisme, décembre 2013.

One Response to RELIGIONS – Noël chrétien et néo paganisme moderne : enjeux et défis sociaux

  1. Alan Smith 25 décembre 2013 at 11 h 10 min

    C’était magnifique. J’ai un sentiment de renaissance chaque année à Noël à Sydney. C’est l’été et toutes mes plantes et fleurs viennent à la vie.

    Répondre

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