EDUCATION – Accès au système scolaire, quelle réalité politique ?

Added by Nathalie Robisco on 21 octobre 2014. · 1 Comment · Share this Post

Filed under EDUCATION, Sciences Politiques, Théorie et idées politiques

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Il était une fois les Royaumes d'Afrique - L'Ethiopie

*Etude rédigée par Nathalie Robisco

A l’heure où internet et les réseaux sociaux ont rendu la communication abordable au plus grand nombre, on doit cependant s’interroger sur l’accessibilité du savoir aux jeunes dans le monde d’aujourd’hui. Plusieurs facteurs peuvent en effet éloigner la nouvelle génération de la culture, et nous interrogerons ceux-ci : le premier, grave, est la maladie ; le second, l’aspect économique ; enfin, en troisième lieu, la conséquence politique de ce dernier.

Le savoir, qui nous parait si évident, serait-il donc un leurre ? La communication, une vitrine ? Et pourtant, j’utilise moi aussi internet, et toutes mes sources sont une web graphie. Mais je maîtrise un certain nombre d’avantages dont on est en train de déposséder la jeunesse actuelle… En ce qui concerne le handicap, ou la maladie, si on se contente de consulter les textes de lois, le droit à la scolarité et aux études est garanti, au nom de l’égalité des chances. Le serveur educationgouv.fr., site officiel de l’Education Nationale, est très explicite sur ce sujet :


Le droit à l’éducation pour tous les enfants, quel que soit leur handicap, est un droit fondamental. Les élèves malades ou handicapés ont été pendant longtemps pris en charge par des établissements spécialisés. Aujourd’hui, ils sont de plus en plus scolarisés dans le milieu scolaire ordinaire. »


Suit une série de données chiffrées destinées à montrer l’engagement du Ministère dans cette politique, qui, en effet, est une initiative tardive mais heureuse. Une adresse mail est donnée pour tout contact en cas de problème rencontré dans le parcours scolaire du jeune handicapé. Cependant, dans la pratique, de nombreuses exceptions faussent ces statistiques ; dans ce cas, des associations locales prennent le relais du pouvoir officiel.

De 1995 à aujourd’hui, les dispositions législatives ont, peu à peu, été rénovées : dans la scolarisation des élèves en situation de handicap (le plus souvent mental) , ont est passé des UPI aux ULIS ; pour les non-spécialistes, la majorité , les Unités Pédagogiques d’Intégration se contentaient d’intégrer, comme leur nom l’indique, le jeune dans l’enseignement, mais d’une façon qui dépendait à 100 °/° du directeur de l’établissement ; les ULIS, Unité Localisée pour l’Inclusion Scolaire, , ont repensé l’ensemble du dispositif , en donnant au jeune un avenir ; celui-ci est en effet scolarisé, dans le secondaire, dans un lycée professionnel, dans le but de l’insérer dans le monde du travail : il n’y a, en outre , plus aucune restriction à son inscription dans le circuit dit « normal » ; tous les élèves en situation de handicap, quel qu’il soit (visuel, mental, auditif, etc.) peuvent être inscrits dans une institution ULIS.

Toutefois, apparait ici une première restriction : tous les lycées n’offrent pas de classes ULIS ; a contrario, mon établissement, la Cité Montesoro à Bastia offre une ULIS, au Lycée Fred Scamaroni ; les jeunes ont, à la fin, un projet professionnel, puisqu’ils sont scolarisés en hôtellerie ou en mode ; les enseignants tentent de les initier aux arts par des sorties, ou des créations au sein du lycée ; de même, les UPI n’étaient pas une obligation ; il faut en effet pour cela un personnel spécifique. S’il n’y en a pas dans la région où un jeune doit être scolarisé, alors il ne reste plus qu’aux parents qu’à s’organiser.

D’où la naissance de collectifs locaux, comme on l’a vu plus haut. Le collectif « Handicap à l’Ecole », dont nous avons consulté le site, manifeste le mécontentement de parents dont les enfants sont déscolarisés faute de structures d’accueil près de leur domicile ;structuré , le groupe donne même un lien pour se présenter, ainsi que ses revendications : il est constitué de la FCPE, des Paralysées de France, de l’Association Espèr’Autisme et de deux autres associations d’handicapés et revendique, au nom du droit à l’éducation, suffisamment de personnel et d’écoles pour accueillir tous les élèves dans ce cas.

La répétition du terme « association» révèle le malaise profond à l’œuvre dans ce système, c’est-à-dire le décalage entre le texte de loi et son application réelle ; dés lors, par voie de conséquence, l’associatif prend le relai du législatif, pour en pallier les déficiences. Notons qu’ici l’inégalité ne nait pas de la loi, alors que la deuxième inaccessibilité du savoir est, elle, générée par des mesures qui encouragent les abus économiques.

On parle beaucoup du cout des études aux Etats -Unis, sans avoir approfondi ni l’ampleur du phénomène, ni pris l’origine de celui-ci ; et si la dette étudiante constitue un des enjeux de la campagne électorale actuelle dans ce pays, c’est parce que le problème est représentatif des tensions sociales. En effet, selon le rapport 2013 de l’OCDE, le taux de personnes ayant fait des études supérieures aux Etats-Unis est élevé, même si une baisse se fait de plus en plus sentir, avec la crise économique ; la constante, en revanche, demeure l’endettement des étudiants à la fin des années universitaires, car les universités demandent des couts d’inscription et de scolarité disproportionnés ; comme le chômage (ou l’emploi précaire) frappe souvent les jeunes diplômés, il faut une longue période d’emploi bien payé avant de pouvoir rembourser les emprunts.

Face à ce fléau, qui finit par priver d’accès à la faculté de nombreux jeunes par manque d’argent, le mouvement“ I am not a loan” (que l’on peut traduire par « je ne suis pas une rente » ) s’est inscrit dans la vie politique américaine ; des pétitions ont fleuri sur le web et les réseaux sociaux , et ont pris d’autant plus d’ampleur avec la campagne électorale. Après avoir fait le constat que la société ne peut plus fonctionner en excluant une partie de sa jeunesse de l’accès aux études supérieures, il définit clairement ses objectifs, qui sont de réduire la dette et d’assurer un droit à la culture pour tous, quelque que soit son origine sociale ou son ethnie :

Moving forward, I AM NOT A LOAN’s goal is to make sure that every student who wants to go to college has that opportunity — not just those who can easily write a check to cover all of their expenses. Launched by The Education Trust, a nonprofit organization that fights for students at all levels to have access to a high-quality education, I AM NOT A LOAN is backed by an array of national organizations and student-run groups. Each partner shares a common goal: to help raise student voices to demand a resolution to our nation’s student debt crisis.”

(« Pour résumer, le but d’I AM NOT A LOAN est de s’assurer que tout étudiant désireux de suivre des études supérieures ait cette opportunité _ qu’il ne s’agisse pas uniquement de pouvoir dégainer son chéquier pour payer. Lancée par The Education Trust, une association à but non lucratif qui soutient l’accès à une éducation d’excellente qualité pour les étudiants de tous niveaux sociaux, I AM NOT A LOAN s’appuie sur un réseau d’associations nationales et de mouvements étudiants. Chaque partenaire partage le même objectif : faire entendre la voix des étudiants qui revendiquent une loi pour résoudre le problème de la dette étudiante dans notre pays. »)

Le texte cité est un fragment de la campagne I AM NOT A LOAN : il date du moi de mai 2013. “The Education Trust”, d’ordre participatif, fonctionne sur un modèle très nettement combatif : celui de l’organisation américaine qui prend le relai, dans la société civile, du politique déficient ; son programme : donner un enseignement de haute qualité à tous, d’une façon très progressiste, puisqu’elle va de la maternelle à l’université : “The Education Trust promotes high academic achievement for all students at all levels — pre-kindergarten through college. Our goal is to close the gaps in opportunity and achievement that consign far too many young people — especially those from low-income families or who are black, Latino, or American Indian — to lives on the margins of the American mainstream.”(«The Education Trust promeut l’accomplissement d’une scolarité complète de bon niveau _ de la pré-maternelle à l’université_ pour tous les étudiants quel que soit leur niveau social. Notre but est de combler les inégalités qui tiennent éloignés du savoir de trop nombreux jeunes_ en particulier ceux issus de familles à bas revenus, ainsi que les Noirs, les Latinos, ou les Amérindiens ; en un mot, ceux qui vivent à la marge de la société américaine actuelle. »)

Compenser la pauvreté ou l’inégalité engendrée par l’appartenance ethnique, de toux ceux qui « vivent à la marge de la vie américaine normale ». Sans vouloir vous infliger tout le discours, Barack Obama s’est engagé à réformer ce système qui endette les jeunes issus de la classe moyenne ou en -dessous au moment où ils entrent dans l’entreprise et veulent commencer à épargner pour se loger, etc.

Conséquence de cette cherté des études : de nombreux Américains partent étudier dans des pays où les universités ne pratiquent pas ces tarifs ; ce sont parfois des pays dits « émergents », et rarement l’Europe. En matière d’éducation, toujours selon les données de l’OCDE, la Finlande arrive en tète, et les pays du « Second Monde » en fin de peloton. Dans les pays dits du « Premier Monde », ceux qui sont développés, les Etats-Unis arrivent à peu près au milieu du graphique. Les autres membres de l’UE ne sont pas forcément exemplaires, selon les lois sur l’enseignement et les conditions économiques.

Mais en ce qui concerne le Second Monde on se trouve confronté à une tout autre forme d’inégalité, celle générée par un politique qui, loin de développer la formation et l’accès au savoir, provoque de l’illettrisme.
L’UNESCO donne des recommandations pour 2015, des objectifs à atteindre par l’ensemble des pays membres. Chaque aire géographique est représentée, dans un souci d’impartialité. En plus de ces buts, l’organisme publie ponctuellement des communiqués de presse selon l’actualité ; l’état de l’éducation, l’accès au savoir, suivent les crises politiques.

En 2012, l’UNICEF a porté un regard critique sur la situation des enfants des rues : dans un monde de plus en plus urbanisé, les enfants sont les premières victimes de la pauvreté ; les villes modernes peuvent faire coexister des habitations dignes de ce nom et des taudis ; ce terme recoupe un logement précaire où l’accès à l’eau potable et courante n’est pas garanti, et où vivent plus de trois personnes par pièces ; dans ces conditions, les vaccinations ne sont souvent pas faites, selon l’OMS. En ce qui concerne l’éducation et la scolarité, ces conditions de vie les rendent difficiles ; mais le pire reste le cas des enfants et adolescents migrants : quand l’école leur est refusée, ou quand ils ne connaissent que les camps de réfugiés, la conséquence est l’illettrisme.

Les zones qui s’urbanisent le plus vite aujourd’hui sont l’Asie, l’Afrique, et l’Amérique du Sud. En Asie, par exemple, l’Inde a encore du progrès à faire en ce qui concerne l’éducation des filles et fait côtoyer dans ses villes des immeubles aux dernières normes et des collèges, et des cabanes sur les trottoirs. Dans les endroits à forte densité démographique, l’instruction reste un combat quotidien ; la région la plus dense, selon ce rapport, est la bande de Gaza, où la jeunesse se bat depuis toujours pour garder un accès à ce droit. Dans la mesure où la culture est nécessaire pour un entretien de la conscience politique, cela se comprend.

Mais il s’agit de jeunes gens ; en effet, au Moyen –Orient et en Afrique, les filles représentent, on l’a vu, la catégorie la plus défavorisée ; les facteurs locaux, sur le rôle de la femme, font qu’en dépit de toutes les conventions signées par les Etats arabes (au Caire en 1997, etc.), seule la Tunisie avait rempli un certain engagement de ce point de vue, étant donné le Statut personnel des femmes propre à ce pays (acquis à l’Indépendance) ; il a régressé depuis, en revanche, depuis les événements les plus récents. Encore faut-il souligner qu’a contrario, dans ce cas, c’est en milieu urbain que l’éducation est la meilleure ; certaines zones rurales n y ’ont pas accès.

Au Maghreb et surtout au Moyen-Orient, depuis 2011, le savoir est devenu, comme beaucoup d’autres domaines, un enjeu politique qui a subi des transformations considérables ; depuis 2012, en particulier, en Syrie, les enfants sont devenus des victimes du conflit ; on le sait, puisque les médias retransmettent les nouvelles des bombardements sur des civils, mais le rapport de l’ONG américaine Human Rights Watch, Safe No More. Students and Schools under attack in Syria (Juin 2013), nous en révèle davantage :


Les écoles ne bénéficient plus d’aucune sureté pour les jeunes qui y étudiaient, non seulement parce qu’elles ont été attaquées par les deux camps (celui d’Assad et l’opposition), mais parce qu’elles ont servi de chambre de torture ; au final, les enfants, terrorisés à l’idée d’y retourner, se sont enfuis vers le Liban et la Jordanie ; certains, moins chanceux, ont, pendant un temps, dû se transformer en enfants-soldats.


Se fondant sur ce constat, Human Rights Watch demande dans les premières pages que les écoles redeviennent exclues des zones de conflit, conformément au droit international. Encore ce rapport date-t-il d’avant le conflit actuel qui sévit au Moyen-Orient, et qui a accru le flux des migrations. Tandis que les médias se concentrent sur les belligérants et les risques d’attentats, les enfants iraquiens et syriens, touchés par le conflit, affluent vers des camps comme Calais , qui n’offrent aucune hygiène, aucune nourriture , et par conséquent, pas la moindre perspective d’un avenir éducatif ; et pourtant, de l’autre coté de la Manche, les plus prestigieuses écoles offrent le meilleur…

En conclusion, même si nous vivons dans une société où la transmission de la culture se fait de pus en plus en réseau, à l’échelle mondiale, par les « moocs », en ligne, ceux-ci ne sont accessible qu’à une catégorie de population : celle qui dispose d’assez d’argent et de compétences de base ; la coupure entre un Premier et un Second Monde se double d’une autre : la fragilisation de la jeunesse face aux crises sociales et politiques. A l’échelle internationale, on peut donc parler d’une dégradation généralisée de l’éducation, faute de moyens accordés par les divers gouvernements, selon les rapports de l’OCDE.

*Nathalie Robisco est professeur de philosophie à Bastia. Elle contribue fréquemment dans les colonnes du site Cultures & Croyances tout spécialement sur les questions liées aux droits de l’Homme. Elle avait récemment écrit un article sur la question des droits des enfants.

Pour citer l’étude :

Nathalie Robisco, « Accès au système scolaire, quelle réalité politique ? », in : www.cultures-et-croyances.com, Rubrique : Education – Sciences Politiques, octobre 2014.

Bibliographie

http://www.ac-grenoble.fr/ien.bourgoinashnord/IMG/pdf_UPI_ULIS_Tableau_sept_2010.pdf
Différence entre les ULIS et les UPI

http://action.edtrust.org/content_item/2014conference Education Trust

http://dx.doi.org/10.1787/eag-2013-77-en OCDE: Country: USA

http://www.education.gouv.fr/cid207/la-scolarisation-des-eleves-handicapes.html Ministère de l’Education Nationale et handicap

http://ensemblepourleselevesensituationdehandicapdansle41.over-blog.com/page-6303302.html Collectif Handicap à l’Ecole

http://www.hrw.org/fr/news/2011/08/24/n-pal-une-ducation-s-par-e-et-gale Human Rights Watch : rapport sur la situation des enfants handicapés au Népal

http://www.hrw.org/news/2013/06/05/syria-attacks-schools-endanger-students Human Rights Watch : rapport sur la situation des enfants en Syrie.

http://www.iamnotaloan.org/pages/about-the-campaign I am not a loan campaign

http://www.unesco.org/education/efa/efa_week/fr_facts.shtml statistiques de l’UNESCO sur l’illettrisme dans le monde

http://unesdoc.unesco.org/images/0012/001211/121147e.pdf UNESCO: Dakar Framework for Action 2010

http://www.unicef.org/french/about/execboard/index_42661.html UNICEF : Etats membres en 2014

http://portailenfantsdesrues.org/rapport-de-lunicef-2012-situation-des-enfants-dans-le-monde-dans-les-zones-urbaines : rapport de l’UNICEF en 2012 sur les enfants des rues

http://www.whitehouse.gov/blog/2014/06/09/president-obama-student-loan-debt-no-hardworking-young-person-should-be-priced-out-h : Obama’s speech about students’ loan refinancing

One Response to EDUCATION – Accès au système scolaire, quelle réalité politique ?

  1. Arnest Mekvan PhD 23 octobre 2014 at 14 h 35 min

    This is an outstanding article by the author. High rate of educational fee is an universal phenomena that has forced the poor and middle class pupils devoid of good education.Most of the students in the USA and also in India are becoming debtors. The constant threat by he loan giver institutions and the banks often make them stressed. Unemployment rate has been increasing swiftly due to the global phenomena. No well paid job make them more stressful who thereafter incline towards crime/theft. I blame to the politicians and the policy makers of education.

    Répondre

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