ETUDE – Portrait d’Hillel l’Ancien, cet amoureux de la Torah

*Etude rédigée par Fabien Leone

Lorsqu’un gentil (goy) vint demander à Hillel de lui apprendre la Torah dans son entièreté, il accepta en déclarant: « Ce qui t’est odieux, ne l’inflige pas aux autres hommes. Voici toute la Torah, le reste n’est que commentaire. Maintenant, va et étudie » (Traité Shabbat31a). Cette « règle d’or » est la source de son enseignement.

Hillel l’Ancien (Hazaken), est l’une des plus grandes figures du judaïsme. Il fut un sage (Hazal) et contemporain du roi Hérode et du premier empereur romain Augustin. Toute sa vie (70 av. è.c.-10 è.c.) fut tournée vers l’étude religieuse et la transmission de son savoir. Appelé aussi « Le Babylonien » car natif de la ville qui abritait une frange importante de la diaspora juive. Probablement déjà, un étudiant brillant si ce n’est un érudit pour certains spécialistes (bien que Babylone n’avait pas encore l’aura qu’elle connaîtra à partir du IIIe siècle), il partit à Jérusalem pour approfondir ses connaissances.

Une tradition talmudique nous informe qu’un vendredi au coeur de l’hiver, celui qui allait devenir le dirigeant des pharisiens (Nassi) ne put réunir la somme requise pour payer le portier de la maison d’étude (yeshiva). Sa soif d’apprendre le poussa à escalader le mur de l’école afin d’écouter la leçon des maîtres depuis le toit. Au crépuscule (ou le lendemain matin), Shemaya et Avtalyon (le quatrième des cinq grands tandems-zugot-des Sages d’Israël), remarquèrent son corps tétanisé par la neige et le firent aussitôt descendre. Presque mort de froid, les maîtres ont enfreint les règles du shabbat et firent faire un feu pour le ranimer. Les assistants des deux exégètes (darshan) déclarèrent qu’un « tel homme mérite que, pour lui, on profane le shabbat » (Traité Yoma 35b). Il fut acquitté de verser le demi-denier pour suivre les cours des deux illustres sages. Pourtant, Hillel était issu d’une famille aisée mais refusa de participer aux affaires prospères de son frère, se contentant de son métier de bucheron afin d’étudier la Torah. Voilà, un exemple de qui était Hillel l’étudiant.

En tant que Babylonien, il put être méprisé par certains de ses pairs. À l’exemple, de sa capacité à résoudre un problème de jurisprudence religieuse (halakha) à savoir si la Pâque (Pessa’h) tombait un samedi, jour de shabbat, le sacrifice pouvait avoir lieu: il ne fut écouté qu’une fois qu’il en appela à l’autorité de ses maîtres. À la suite de cet épisode, il devint Nassi, président du Sanhédrin, et ses descendants lui succèderont (dynastie des Nessi’im). Son premier vice-président fut Menahem dont on sait peu de choses. Il démissionna pour, peut-être, rejoindre les Esséniens. Alors, Shammaï prit sa succession et ils composèrent le dernier des zugot.

« Soyez doux comme Hillel et non point vifs comme Shammaï »

Cette célèbre formule tirée du Talmud ne doit pas nous amener à avoir une vision caricaturale de l’un comme de l’autre. Le premier n’en demeurait pas moins rigoureux lorsqu’il demandait à ses élèves d’étudier avec abnégation par crainte de D. afin de s’élever au rang d’homme pieux (hasid). Quant au deuxième, il enseignait de faire de « de l’étude de la Tora ta principale occupation, parle peu et accomplis beaucoup, et accueille chaque homme de façon amicale » (Pirke Avot 1:15). Shammaï était réputé pour sa modestie et sa sévérité illustrait sa minutie et son approche « conservatrice » de l’étude et la pratique religieuses. Il observait le shabbat de manière très scrupuleuse jusqu’à s’interdire de tuer la vermine (ce qu’Hillel autorisait). Toutefois, il pouvait même faire preuve d’une telle nuance sur des controverses théologiques que des élèves de son collègue et contradicteur pouvaient suivre son avis. Tout comme Hillel, il reçut le titre honorifique d’Ancien.

Les deux sages fondèrent chacun leurs maisons (écoles) de pensée (Beit Hillel et Beit Shammaï). Ils seront en désaccord constant. Si les rapports pouvaient être cordiaux, la tension entre les deux visions s’accrurent « comme s’il y avait deux Torah » (Traité Sanhédrin 88 b).

Hillel enseigna à tous sans distinction de classe sociale (Shammaï se concentrait sur les garçons de bonne famille) et critiqua l’opulence du train de vie de l’aristocratie de Jérusalem. En effet, il combattait le matérialisme qu’il voyait comme un empêchement d’accéder à la sagesse. Toutefois, il faisait preuve d’une grande empathie envers les autres comme en témoigne cette célèbre formule: « Ne juge pas ton prochain avant de te trouver à sa place » (Abot II:5). Ainsi, il fut pris de compassion pour un noble appauvri et lui fournit un cheval et un serviteur pour qu’il puisse assumer son rang. Paradoxalement, cela n’empêchait pas à Shammaï d’avoir un sens social aiguisé, notamment dans la part de la récolte réservée aux nécessiteux (plus généreuse que les interprétations d’Hillel).

L’étude et l’application de la Torah était gage de paix social et d’accomplissement de l’être. Comme vu précédemment, il répondait également à des non-Juifs et les invitait à la Torah.

« Il n’a pas à craindre de mauvaises nouvelles, son coeur est prêt, il a confiance en D. » (Psaume 102:7)

Si le sage avait expérimenté dans sa vie que les épreuves subies étaient proportionnelles à la connaissance de la Torah et à l’application des commandements (mitzvot), sa confiance en D. était inébranlable. Cette attitude, selon le Talmud, illustre son humilité et sa piété, ne doutait jamais d’un monde futur entièrement bon comme de la bonté divine. Chacune de ses oeuvres était accomplie « pour l’amour du ciel », de sa volonté de servir D. et d’accomplir Ses mitzvot. Cette confiance pouvait aussi allait de pair à une vision optimiste du monde et cela-même dans la rétribution après la mort. En effet, l’école d’Hillel croit que les hommes moyennement bons seront assimilés aux hommes vertueux. Cela illustrait la bonté divine, l’un des moteurs de la foi du sage.

Il marqua de son emprunte le judaïsme de part ses réformes sociales, sa méthode d’interprétation de la Loi (ses sept règles herméneutiques) et ses qualités humaines. Ne se cantonnant ni à enseigner aux plus fortunés ni aux plus érudits, il voulait transmettre son amour de la Torah aux plus grands nombres. La qualité de son enseignement peut se résumer à ce récit: trente de ses élèves furent déclarés dignes de recevoir l’esprit saint. Sa maison finit par supplanter celle de Shammaï, par le travail de prédication de ses descendants mais aussi par la souplesse de son enseignement. Dans certains cas, il pouvait même transmettre les leçons de son contradicteur avant les siennes (la réciprocité est, à priori, absente des sources talmudiques).

Des traditions tardives le firent mourir à 120 ans (notamment comme Moïse) et descendant du roi David et donc potentiellement l’ancêtre du Messie. Comme un autre Babylonien illustre avant lui, Esdras, Hillel est venu à Jérusalem pour redonner vie à la Torah et dynamiser son étude. Aujourd’hui, il serait surprenant de rencontrer un Juif (toutes sensibilités confondues) ne se réclamant pas de sa Maison.

Après avoir obtenu son baccalauréat en sciences économiques et sociales et suivi des études de droit, Fabien est en dernière année de journalisme à l’Institut des médias de Lyon. Passionné par les religions, il se destine à étudier l’histoire des religions en parallèle à son métier de journaliste.

Pour citer l’étude :

Fabien Leone, « Portrait d’Hillel l’Ancien, cet amoureux de la Torah », in : www.cultures-et-croyances.com, Rubriques Religions & Spiritualités – Judaïsme, février 2014.

Bibliographie :

Dictionnaire encyclopédique du Judaïsme chez CERF/Robert Laffont

Hillel, un sage au temps de Jésus de Mireille Hadas-Lebel chez Albin Michel

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