INTERVIEW – Mais qu’est-ce que la Sciento’ au juste ? Entretien avec Eric Roux

Added by Cultures et Croyances on 9 décembre 2014. · 3 Comments · Share this Post

Filed under CULTURE & PARTAGE, Interviews

Abonnez-vous à notre lettre d’information

Documentaire à regarder...

Il était une fois les Royaumes d'Afrique - L'Ethiopie

*Entretien avec Eric Roux

Propos receuillis par l’équipe de Cultures & Croyances

1°) – La France a une approche bien particulière du phénomène sectaire. La scientologie est répertoriée comme secte en France. Avez-vous le même statut au sein des autres pays de l’Union Européenne?

La France est censée être un pays laïc qui garantit la liberté de culte à tous les citoyens. Malheureusement, ce qui existe sur le papier n’est pas forcément une réalité pour tous. La scientologie, en fait, n’est pas plus répertoriée comme « secte » qu’elle n’est répertoriée comme religion dans l’hexagone, puisque ni le mot « secte » ni le mot « religion » n’ont de définition juridique, et que l’Etat Français ne reconnaît aucun culte. En 1996, un rapport avait été publié par quelques parlementaires, dans lequel une « liste de 172 sectes » était dressée. Dedans étaient jetés pêle-mêle des églises baptistes, des groupes bouddhistes, l’Eglise de scientologie, etc. Cette liste, sans aucune valeur juridique, a été énormément critiquée par les institutions internationales, au point où en 2005, le Premier Ministre de l’époque avait publié une circulaire pour faire cesser son utilisation. Il faut quand même se rendre compte que la dernière « liste des sectes » en Europe avait été publiée le jour du Reichstagsbrandverordnung, c’est à dire l’ordonnance du 28 février 1933, par le gouvernement d’Adolph Hitler.

La scientologie en France est une religion au même titre que les autres religions présentes dans l’hexagone, et ceci même si certains médias se plaisent à jouer le jeu de ceux qui font leur beurre sur le rejet de l’autre. La secte, c’est la religion dont on veut se débarrasser, bien souvent pour des motifs qui échappent à l’honnêteté…

En ce qui concerne nos voisins européens, il est intéressant de noter qu’en Espagne, la scientologie est reconnue comme une religion, comme elle l’est au Portugal, en Italie, en Suède, en Autriche, et même en Allemagne ou les plus hautes juridictions l’ont reconnue comme telle. Aux Pays-Bas, elle est non seulement reconnue comme une religion, mais depuis le 17 Octobre 2013, elle est aussi reconnue comme étant d’utilité publique. En Angleterre, la Cour Suprême du Royaume-Uni l’a non seulement reconnue comme une religion, mais a en outre décidé que les mariages célébrés dans les chapelles scientologues avaient valeur légale, par une décision historique du 11 décembre 2013. Donc, alors que la scientologie existe officiellement en France depuis 1959, je pense qu’il serait temps de se poser des questions, cesser les amalgames fâcheux et essayer d’apprendre aussi de nos voisins.

2°) – Comment alors expliquez-vous cette défiance de la France vis-à-vis de la scientologie ?

Je pense qu’il y a de nombreux facteurs en jeu. Tout d’abord, ne nous voilons pas la face, sans mauvais jeu de mots puisqu’on parle de liberté de croyance, toutes les religions minoritaires sont combattues et souffrent quelque part de l’intolérance de ceux qui les voient comme des menaces au statu quo. Et toutes les religions ont été extrêmement combattues pendant leur phase de développement. Il n’y a qu’à penser au Christ crucifié et aux chrétiens jetés en pâture aux lions pour s’en convaincre. Ou au prophète Mahomet chassé de la Mecque par les tenants du polythéisme régnant à l’époque.

De plus, la France a un passé extrêmement conflictuel en ce qui concerne la liberté de croyance. Le massacre des Cathares, la Saint Barthelemy, les exactions contre les catholiques pendant la terreur, le conflit exacerbé et les tensions qui ont précédé la loi de 1905, sont autant de preuves de l’existence d’un conflit permanent dans la société française lorsque l’on parle de religion et de liberté de conscience. Bien-sur, il est temps d’évoluer, mais les habitudes ont la dent dure…

Et au-delà de ces considérations d’ordre sociologique, il y a des éléments actuels et factuels qui montrent que certaines personnes ont fait un fonds de commerce des polémiques sur les soi-disant sectes : beaucoup de médias, des associations qui sont payées des centaines de milliers d’euro pas an par l’Etat et doivent justifier de leur existence, des fonctionnaires qui travaillent dans des services de l’Etat comme la Miviludes (Mission Interministérielle de vigilance et de lutte contre les Dérives Sectaires) et ne veulent pas la voir disparaître, des députés et sénateurs dont on découvre qu’ils sont rémunérés par l’industrie pharmaceutique, etc. Ces gens là suivent un programme qui sert des intérêts privés et s’appuient sur une idéologie de la peur et du rejet pour protéger leurs intérêts.

A coté de cela il faut un certain temps à une religion nouvelle pour se faire connaître et battre en brèche les préjugés et les rumeurs qui circulent sur son compte, surtout quand les médias ne s’intéressent qu’aux polémiques et jamais à la réalité des choses. Il y a ce qu’on pourrait appeler une sorte de « retard culturel » qui fait qu’une société met longtemps à accepter le progrès, le changement.

3°) – Pendant un temps, un grand scandale traversait l’Eglise de scientologie: des écoutes auraient été menées à l’égard de certaines personnes qui ont même soutenu avoir été suivies et harcelées. Pouvez-vous nous éclairer sur le sujet ?

J’imagine que vous faites référence au Bureau du Gardien, qui existait dans les années 70, et fut lié à un scandale judiciaire aux Etats-Unis en 1979, c’est à dire il y a 35 ans. Le Bureau du Gardien était une entité créée par l’Eglise en 1966, pour s’occuper des affaires extérieures et juridiques. Progressivement au cours des années 70, ce bureau s’est « émancipé » du contrôle de l’Eglise. Comme le raconte le sociologue Gordon Melton, directeur de l’Institute for the Study of American Religions et de l’Encyclopedia of American Religions, dans son livre « L’Eglise de scientologie » : « dans les années soixante-dix… le petit groupe qui est à la tête du Bureau du Gardien commence à s’émanciper et à se croire à la fois au-dessus des lois de l’Eglise et de l’Etat, sans que le reste de l’équipe dirigeante et, plus généralement, les membres s’en aperçoivent. Pour finir, ce groupe et ses principaux acteurs commettent un certain nombre d’actes moralement répréhensibles et même illégaux. »

Un procès a suivi la commission de ces actes illégaux, et les sentences furent prononcées en 1979.

Gordon Melton poursuit : « Finalement, les délits pour lesquels ils furent condamnés étaient relativement mineurs et les sentences, rendues en décembre 1979, allèrent de quatre à cinq ans de prison et fixèrent des amendes de 10 000 dollars. Pourtant, bien au delà des peines prononcées, les actions du Bureau du Gardien exposèrent l’Eglise à la réprobation générale de la part des responsables religieux et politiques, et la moralité de l’Eglise fut mise en doute puisqu’elle aurait permis la récupération et l’utilisation de dossiers confidentiels.

On doit pourtant préciser à la décharge de l’Eglise qu’après la sentence définitive elle démit les onze condamnés de toutes leurs fonctions dans l’Eglise et qu’il en fut de même par la suite de tous ceux qui avaient soutenu ou couvert ces agissements. Certains furent même exclus de l’Eglise. Cet incident fut l’occasion d’une grande remise en question pour les dirigeants et eut pour conséquence une réorganisation complète au plan international. »

Le Bureau du Gardien a été entièrement dissous en 1981 et les fonctions qui étaient originellement les siennes ont été réintégrées au sein de l’Eglise, là ou un contrôle strict permettait d’éviter tout nouveau dérapage.

Mais il me semble qu’au delà de cette histoire particulière, cela soulève un autre problème. Dans toute communauté humaine, vous trouvez des gens qui ne respectent pas les principes et les valeurs du groupe auquel ils appartiennent. Des gens qui au mépris des règles les plus élémentaires, vont commettre des actes répréhensibles. Cela ne doit pas forcément entrainer la mise au pilori du groupe tout entier. Sinon, toutes les Eglises, tous les partis politiques, mais pratiquement toutes les sociétés devraient être mises au pilori dès qu’un humain qui leur est lié dérape. Lorsqu’il est question de la scientologie en France, c’est ce qui se passe. Une personne scientologue sur des dizaines de milliers dérape, et ses détracteurs font passer l’idée que l’Eglise est impliquée. C’est une erreur. La scientologie promeut des valeurs et une éthique très élevées, et la quasi totalité des scientologues vivent leur religion en mettant ces principes en pratique tout au long de leur existence. Ce n’est pas parce que certains, comme dans l’ensemble de l’humanité, dérapent et ne font pas honneur à leur foi que l’opprobre doit être jetée sur le mouvement tout entier.

4°) – L’année dernière vous avez écrit un livre sur le sujet. Pourriez-vous nous expliquer son postulat et ce que vous y développez ?

Le livre que j’ai écrit, France 2012 : « inquisition en bande organisée », décrit très factuellement le système qui a été insidieusement établi en France pour nuire aux nouvelles religions en les appelant « sectes ». Peu de gens se rendent compte de l’extrême complexité de ce système, de ses rouages, des implications idéologiques, et des drames humains que cela entraîne depuis 30 ans.

Je donne les noms de ceux qui en bénéficient, décris chaque élément de cette mascarade « antisecte » qui en fait est réellement antireligieuse et liberticide, donne des exemples très concrets des catastrophes humaines que cette politique discriminatoire a engendrées, et montre qu’aujourd’hui, une religion minoritaire comme la scientologie, lorsqu’elle se retrouve au tribunal sous l’influence de ce lobby antireligieux, est jugée à l’aune de ses croyances et des préjugés véhiculés par une petite clique malhonnête. Pour vous donner un exemple, saviez-vous qu’en France, à l’Ecole Nationale de la Magistrature, au mépris du principe constitutionnel de la séparation des pouvoirs, les juges sont formés pour apprendre à condamner la scientologie, au cours de sessions dont les instructeurs sont la Miviludes et les associations mêmes qui après se portent partie civiles contre la scientologie, devant ces juges qu’ils ont préalablement formés ? Et cela sous la pression et le contrôle du Ministère de la Justice. Si vous ne le saviez pas, cela vous donne une bonne raison de lire mon livre. Il ne fera pas de vous un scientologue, mais il pourrait faire de vous un citoyen plus éclairé, plus conscient des enjeux liés à la liberté de conscience, mieux informé sur les intérêts privés qui se cachent derrière l’intolérance et la discrimination des religions minoritaires, et plus à même d’exercer son esprit critique en toute connaissance de cause. Enfin je l’espère.

*Eric Roux est le porte-parole de la Scientologie en France depuis plusieurs dizaines d’années. Il est l’auteur de l’ouvrage, préface par l’avocat et professeur de droit Monsieur Michel de Gillenchmidt, « Inquisition en bande organisée ».

Pour citer l’interview :

Eric Roux, « Mais qu’est-ce que la Sciento’ au juste ? », in : www.cultures-et-croyances.com, rubrique : Cultures & Partage – Interviews, novembre 2014.

3 Responses to INTERVIEW – Mais qu’est-ce que la Sciento’ au juste ? Entretien avec Eric Roux

  1. Pingback: Ahmady (islamahmadiyya) | Pearltrees

  2. Pingback: Qu'est-ce que la Sciento au juste ?

  3. Chadelat 10 décembre 2014 at 12 h 04 min

    Article intéressant …
    La question des nouveaus mouvements en religieux en France est traitée de manière très particulière. Cela depuis l’histoire de l’Ordre du Temple Solaire, dont il serait intéressant de faire un article …

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Sites Partenaires

Le MENA Post
Coexister - Mouvement Interreligieux des Jeunes
Ordre Monastique Vaisnava
The Ahmadiyya Muslim Community International
Observatoire de la Laïcité - Institution rattachée au Premier Ministre
Financial Afrik - Toute la finance africaine
Archer 58 Research - Think-Thank en économie et sciences sociales
Site l'Economiste - Tous les décryptages sur l'économie
Conseil Représentatif des Sikhs de France
UNICEF France, Association Humanitaire pour la survie des enfants dans le monde
Le MENA Post
Coexister - Mouvement Interreligieux des Jeunes

Abonnez-vous!

Recevez nos dernières nouvelles directement dans votre boîte de réception. Vous recevrez un email d'activation !