MÉMOIRE – Les enjeux géopolitiques du conflit syrien

Added by Steeve Attakuy on 12 septembre 2014. · 1 Comment · Share this Post

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Il était une fois les Royaumes d'Afrique - L'Ethiopie

Université PARIS XIII-Nord

Université PRES Paris-Sorbone

UFR de Droit, Science politique et sociale

Master 1 Relations et échanges internationaux

 

Les Enjeux Géopolitiques du conflit syrien

Mémoire pour l’obtention du Master 1 de Science politique, spécialité Relations et échanges internationaux

Sous la direction du Dr KAMAL BAYRAMZADEH

Présenté et soutenu publiquement par Steeve Attakuy

 

 

UFR de Droit, Science Politiques et Sociales

99 avenue JB Clément

9343O Villetaneuse

Introduction

60000 morts et 22 mois de combats, tel est le bilan de l’actuelle guerre « civile » qui déchire depuis bientôt deux ans la Syrie. Ni Bachar El Hassad, président au pouvoir, ni la rebellion Syrienne, fractionnée et « infiltrée » par des factions terroristes ne lâcheront prise ; en effet, il est évident que les protagonistes de ce conflit, aux enjeux bien plus complexes qu’il n’y paraît,  iront jusqu’au bout du rapport de force. De son côté, la communauté internationale peine à s’accorder, chacun jouant sur ses intérêts. On retrouve par exemple la traditionnelle et historique opposition Etats-unis/Europe occidentale vs Russie, Moscou se faisant l’un des derniers soutiens au régime Syrien. Sur le terrain, cette guerre qu’on peut qualifier de guerre asymétrique, inachevée, ne fait qu’exacerber les paradigmes d’une société Syrienne déjà bien ancrés, et l’opposition Chiite vs Sunnite devient une des composantes inévitables du jeu politique du Moyen-Orient, tant la question est stratégique. Ainsi, on peut se demander dans quelle mesure les conséquences géopolitiques de  ce conflit a des conséquences sur le cadre  national et au delà du cadre national ? Avant d’apporter une ébauche de réponse à cette question , il est  important de définir la géopolitique puis d’aborder la complexité Syrienne, de l’empire Ottoman  à aujourd’hui.


On retrouve par exemple la traditionnelle et historique opposition Etats-unis/Europe occidentale vs Russie, Moscou se faisant l’un des derniers soutiens au régime Syrien


Le mot géopolitique vient du grec qui signifie la terre et de politique qui fait référence aux manières de gouverner dans un sens large. A l’origine du terme se trouve le Suédois Rudolf Kjellen, professeur de politique et de géographie. Il définit la géopolitique comme étant :

La science de l’Etat en tant qu’organisme géographique tel qu’il se manifeste dans l’espace ».

Il s’inspira de la géographie politique, idée du géographie Allemand Friedrich Ratzel, considéré comme le père de l’école de pensée géopolitique Allemande. D’après ce penseur l’Etat doit, pour survivre, développer son territoire et donc mener une politique d’expansion.  Toujours d’après Ratzel, un tel Etat a besoin d’un espace de vie, qu’il appellera Lebensraum. Plus tard les idées de Ratzel seront détournées par des penseurs nazis qui en tireront la notion d’espace vital et des théories de justification du régime nazi.

Après la seconde guerre mondiale, on note un recul de la matière, décriée pour avoir servi idéologiquement le régime nazi. Il ne faut pas oublier que les pionniers que furent Ratzel et Kjellen élaborèrent leurs théories dans un contexte politique caractérisé par la montée en puissance des nationalismes et de l’Etat en tant que structure du politique. Ainsi Ratzel proposait de ne point dissocier l’Etat de son territoire, voire de sa population :

L’État est un organisme non seulement parce qu’il articule la vie du peuple sur l’immuabilité du sol, mais parce que ce lien se renforce par réciprocité au point que l’on ne peut plus les penser l’un sans l’autre (…). Les caractères les plus importants de cet État sont la taille, la situation et les frontières ; viennent ensuite le type et la forme du sol avec sa végétation, son irrigation et enfin les relations qu’il entretient avec le reste de la surface terrestre et particulièrement les mers attenantes et les terres inhabitées. »

(Friedrich Ratzel , Géographie Politique, 1902 , 2ème édition. )

Dans les années 70 on observe un renouveau de la matière avec par exemple le Français Yves Lacoste, qui crée la revue Hérodote ; ou l’américain John Baylis. En 1979, quelques événements consacrèrent le retour de la géopolitique au premier plan, tant le terme fut utilisé pour qualifier les changements liés à ces événements : il s’agit par exemple la révolution Iranienne qui bouta hors du pays les Américains, ou encore l’invasion de l’Afghanistan par l’armée de l’URSS ; les changements d’équilibre politique qu’ont ou qu’auraient pu engendrer ces événements, ainsi que les questions territoriales auxquels ils étaient liés ont favorisé l’emploi de ce terme , notamment dans la presse. Désormais , pour les chercheurs ,  il s’agira de penser le monde sans chercher à le simplifier. Tandis que la plupart des chercheurs de l’époque assimilèrent encore la géopolitique au régime nazi , comme instrument de justification de ce denier , la revue Hérodote joua le rôle important de redéfinir scientifiquement la géopolitique, en gageant qu’il fallait méthodologiquement opposer le point de vue des protagonistes (d’un conflit par exemple) ; car chaque force politique se battant pour un territoire instrumentalise l’histoire et ses références, les croyances idéologiques pour servir sa cause. Yves Lacoste rappelle également que la géopolitique ne pourrait être séparée de la géographie et des questions territoriales. Ainsi se forme progressivement l’école française de géopolitique.  Ce renouveau sera accentué plus tard  par la mondialisation qui plutôt que de faire émerger un monde simplifié révélera des relations internationales complexifiées. Aujourd’hui les nouvelles écoles de pensée géopolitique se décline en deux axes : celui de l’espace interne ou les différents acteurs présents sur un territoire peuvent se concurrencer. L’autre axe est celui qui consiste à analyse le pouvoir et ses nouvelles formes dans un contexte de mondialisation.

Yves Lacoste définit les enjeux géopolitiques comme étant la

Les rivalités de pouvoirs ou d’influence sur des territoires et les populations qui y vivent ».

Ainsi l’analyse spatiale qui en découle se décline en trois niveaux : connaître les relations de pouvoir en place, les relations d’alliance ou d’hostilité avec les forces étrangères, et les caractéristiques particulières à chaque nation. Ce point de vue me semble ici le plus pertinent à appliquer au conflit Syrien, car la complexité en quelque sorte intrinsèque de ce conflit implique de prendre en compte les trois axes précités.

Le conflit Syrien étant toujours d’actualité, on peut aisément se rendre compte que les recherches sur le sujet ne sont pas des plus fournies. Néanmoins, il y a quelques ouvrages incontournables pour appréhender la question et en comprendre certains enjeux. On peut citer « L’Etat de barbarie » de Michel Seurrat,  paru aux éditions PUF, collection Proche Orient. Cet essai explique la structuration de la société Syrienne par Hafez El Assad. Autre ouvrage majeur est Le nouveau Moyen-Orient de Jean-Pierre Filiu paru aux éditions Fayard en 2013 ; l’intérêt de cet ouvrage réside dans la pertinence de son analyse ; en effet le propos de Jean-Pierre Filiu aborde la question dans sa globalité, commençant par un rappel de l’histoire millénaire de la Syrie, de l’empire Romain jusqu’à l’indépendance ; l’un des autres points forts de cet ouvrage est qu’il analyse la structure et le fonctionnement du régime Assad, son mode de fonctionnement, ses piliers et surtout apporte des éléments de réponse à la question du pourquoi (pourquoi le régime est caractérisé par une violence quasi aveugle, pourquoi et comment est née la révolte populaire etc).  Se dégage également de cette lecture une analyse du comportement des différents acteurs impliqué s dans le conflit, qu’ils soient nationaux ou internationaux. Cette vue d’ensemble permet dès la première lecture de comprendre la Syrie non plus d’un point de vue occidental mais d’un point de vue scientifique et structuré, car bien que l’auteur soit clairement opposé au régime Assad, il ne tombe pas dans le piège de la simple critique partisane.

On peut également citer un rapport de l’ICG, l’International Crisis Group, intiulé « Reshuffling the cards, Syria’s new hand« , rapport du Moyen-Orient numéro 93. Ce rapport est également pertinent, du fait de son analyse des réalitéés socio-économiques en Syrie à partir de 2007 notamment. Le contexte de difficultés économiques ainsi que le fonctionnement de la société et des institutions du Parti Baas mis en lumière dans ce rapport permet de comprendre le difficile contexte économique en partie responsable du soulèvement populaire à la base de ce conflit.

Certaines villes en Syrie, comme Alep, sont très vieilles, et par ailleurs la ville se réclame être l’une des plus vieilles du monde. En effet, le pays a une histoire antique très riche et était à lors un grand lieu de passage, en quelque sorte un carrefour ou chacune des civilisations qui y passait laissait sa trace, qui s’ajoutait aux éléments déjà présents. Mais ni Grecs, ni Romains qui occupèrent la Syrie (que les romains nommèrent Provincia Syria en 64 avant J-C)  n’arrivèrent à y imposer leurs religions et le métissage culturel s’accentua.


Certaines villes en Syrie, comme Alep, sont très vieilles, et par ailleurs la ville se réclame être l’une des plus vieilles du monde. En effet, le pays a une histoire antique très riche et était à lors un grand lieu de passage, en quelque sorte un carrefour ou chacune des civilisations


L’empire Ottoman occupe la Syrie à partir du XVIème siècle.  Avant la domination Ottomane, la Syrie a été la terre d’accueil de réfugiés de différentes populations en provenance des empires et des royaumes de la région, en fonction des différents pouvoirs en place, qui n’hésitaient pas à persécuter et poursuivre leurs opposants ou leurs adversaires dans la lutte pour le pouvoir. Cela ajouté à la position géographique de la Syrie, en tant que carrefour, et à ses caractéristiques culturelles peut expliquer son métissage.  L’émergence des empires Français et Britanniques sera préjudiciable aux intérêts Ottomans car ces deux empires s’emploieront dès les XVIIè siècle à tout faire pour saboter l’empire Ottoman et asseoir leur main mise sur la région, considérée depuis longtemps comme stratégique, notamment pour les voies maritimes.  Peu à peu s’exporte en Syrie les théories nationalistes nées en occident, mais après la chute de l’empire Ottoman le pays est placé sous mandat des puissances européennes, qui procède à la définition des frontières du pays. Une telle fondation sera pendant longtemps contestée en terme de légitimité et nourrira pendant longtemps de nombreuses tensions.

La  Syrie obtient son indépendance en 1941, mais les troupes françaises et britanniques ne quittent le pays qu’après la guerre, en 1946. Une grande instabilité politique et une chaude rivalité avec le voisin israélien marquent les années 50. La Syrie se joint à l’Égypte, en 1958, au sein d’une nouvelle entité politique, la République arabe unie (RAU).

  • En septembre 1963 se réunit le premier congrès régional du Baas en Syrie avec la participation des branches civile et militaire du Parti. Ce congrès consacre la montée en force des régionalistes aux dépens des chefs historiques du parti et des militaires aux dépens des civils. Le parti se radicalise et son nationalisme est exacerbé.
  • Le 12 mars 1971, Hafez el-Assad est élu président de la République pour une durée de 7 ans, au suffrage universel, avec 99,2% des voix. Le Front progressiste d’union nationale est créé,  au sein duquel se joignent au Baas les mouvements socialistes pour l’union arabe, et le parti communiste Syrien.
  • En janvier 1973, une nouvelle Constitution est promulguée. L’Islam n’y est pas mentionné, ce qui suscite des émeutes à Hama, Alep et Homs. Finalement, deux mois plus tard, un amendement constitutionnel fait de l’Islam la religion du président de la République, mais pas celle de l’Etyat Syrien.  La Constitution est approuvée par 97,6% des électeurs qui ne se plient pas aux appels au boycott. La participation a été de 88,9%. Elle sera par contre très faible au moment des élections législatives qui vont suivre .

Hafez el-Assad hérita d’un régime dictatorial, établi durant de longues années d’un pouvoir militaire instable, puis réorganisé suivant la politique du Parti Unique du Baas. Non seulement, il ne rompit pas avec ce régime, mais il en accrut la dimension répressive, par le biais de la création de divers services de sécurité. Il  s’appliqua ainsi à exercer un contrôle sans faille sur chaque pan de la société.

Le régime mit également en place un culte de sa personnalité, le décrivant comme un dirigeant juste, sage et puissant de la Syrie et du monde arabe en général. À la manière soviétique, ce culte se traduisit par un vaste système de propagande fait d’affichages de son effigie, d’érections de sa statue, de discours publics glorificateurs. Son fils Bassel successeur désigné, fit, plus tard, l’objet d’un culte de la personnalité similaire mais son décès en 1994 bouleversa les plans de succession initiaux.

Le régime trouva un soutien essentiel dans la minorité Alaouite, dont Hafez el-Assad plaça des membres à de nombreux postes clés de l’appareil d’État. Les autres minorités ethniques et religieuses, les chrétien, druzes, et kurdes soutiennent ce régime, qui sert à les protéger contre la majorité sunnite du pays.

Le régime se caractérisa ainsi par l’emprise qu’il a exercée sur la vie sociale et politique, interdisant toute opposition et réprimant avec violence toute contestation. L’écrasement militaire ou tout simplement le massacre du  soulèvement du mouvement fondamentaliste les Frères musulmans, dans la ville de Hama en 1982 est l’épisode le plus marquant de cette répression. Ce massacre fut un véritable traumatisme sur le plan national , suivi par une loi condamnant à la peine de mort la simple appartenance aux Frères Musulmans.

Aujourd’hui encore, héritage de cette période et malgré la mort de Hafez el-Assad, la peur du régime est restée tenace parmi les Syriens. Ainsi, on constate la mise en place, ou plutôt le renforcement d’un appareil étatique répressif et autoritaire en Syrie dès 1971. La légitimité d’un tel régime se base sur une organisation politique et institutionnelle parlementaire, avec un recours régulier aux référendums ; ainsi , Bachar El Assad, est consacré président de la république en 2000 par référendum.

Il est important de rappeler que cette guerre dite « civile » est la transformation pervertie d’un mouvement social se basant sur des revendications réelles et légitimes d’une partie de la population Syrienne. Bachar El Assad, à son élection, est perçu comme un réformateur, apporteur d’espoir et de libertés nouvelles. Certains observateurs employaient alors le terme de « printemps de Damas ». En février 2011, le président Syrien met fin à ce vent de réformes, face à l’augmentation des revendications sociales. Socialement, la Syrie affiche de sérieux problèmes : 25% de chômage en moyenne, jusqu’à 60% pour les moins de 25 ans sachant que 60% de la population a moins de 20 ans, un tiers de la population est en dessous du seuil de pauvreté. En 2007, le pays subit une hausse des prix de l’ordre de 300%. C’est dans ce contexte social que débutent les manifestations, version Syrienne du printemps arabe.


Il est important de rappeler que cette guerre dite « civile » est la transformation pervertie d’un mouvement social se basant sur des revendications réelles et légitimes d’une partie de la population Syrienne […] 25% de chômage en moyenne, jusqu’à 60% pour les moins de 25 ans sachant que 60% de la population a moins de 20 ans, un tiers de la population est en dessous du seuil de pauvreté.


Le régime El Assad choisit de répondre comme à son habitude à ces manifestations pacifiques par une répression violente, 4 adolescents dans la localité de Deraa sont enlevés pour avoir tagués sur un mur des propos opposés au régime d’Assad. Leurs corps sont retrouvés sans vie et mutilés. Ainsi naît le mouvement se basant sur ses premiers martyrs.  Les promesses de réforme ne faisant pas reculer les manifestants, le régime poursuit les répressions violentes, les arrestations et les tortures dans le but de militariser un mouvement à l’origine pacifique, dans le but de justifier sa théorie de « bandes armées » menaçant l’intégrité de la république Syrienne ; ainsi émerge un conflit armé opposant l’armée régulière et des factions rebelles.

Fondé fin août et lancé les 1er et 2 octobre 2011 à Istanbul, en Turquie, le CNS (Conseil National Syrien) a pour but de coordonner les opposants et mener des opérations contre le régime de Basar el Asad. Le CNT Lybien est le premier à reconnaître le CNS (Conseil National de Surveillance) Syrien comme unique représentant du peuple Syrien. La France lui apporte son soutien le 10 octobre. Après une relative accalmie, les protestations reprennent le vendredi 14 octobre 2011, avec notamment des manifestations de soutien aux soldats ralliés à la contestation, et douze personnes sont tuées par les forces de l’ordre loyalistes. Les combats s’étendent à certaines grandes villes du pays telles que Homs, Hama, Alep etc. C’est à peu près à ce même moment qu’entre en jeu l’Observatoire Syrien des Droits de l’Homme, acteur largement controversé ; d’abord parce que les informations véhiculées par cette organisation sont souvent impossibles à vérifier mais aussi parce que certains observateurs le décrient comme étant un instrument de propagande au service des Frères Musulmans.  Autre protagoniste, cette fois-ci militaire, l’ASL, l’Armée Syrienne Libre, composée notamment de soldats déserteurs,  est financée par certains pays du golfe, bien comme le Qatar ou l’Arabie Saoudite ; cela nous emmène à nous interroger sur le rôle de la Syrie sur l’échiquier géostratégique moyen-oriental.

Historiquement, l’importance régionale de la Syrie est liée à son occupation du Liban de 1976, sous l’ère Hafez el Assad, et a sa relation conflictuelle avec Israël. Le soutien sans faille de la Syrie à des mouvements tels que l’OLP ou le Hezbollah peut s’expliquer par une instrumentalisation de la cause palestinienne ; en effet, tant que l’exercice de la violence dans la sous région était concentré sur Israël, la Syrie avait les mains libres pour s’occuper comme elle l’entendait du Liban. La position de la Syrie vis-à-vis du Liban est liée au découpage des frontières par les puissances coloniales, la Syrie considérant le Liban comme faisant partie de son territoire.  Aussi, la guerre du Kippour, l’annexion du plateau du Golan par Israël, ont fini par consacrer la Syrie comme un « représentant » de la cause panarabique face au grand ennemi Israël.

Autre théâtre plus récent des aspirations de grandeur du jeu géopolitique Syrien, l’Irak ; en effet, Bachar al-Assad soutient certaines factions irakiennes dans leur combat contre les Américains, dans le but de positionner la Syrie comme acteur influent en Irak. Dans le même temps, il empêche ainsi la machine de guerre américaine – déjà empêtrée dans le chaos irakien et  en Afghanistan – de s’en prendre à Damas.  Damas a réussi à avoir simultanément un rôle dans la guerre contre le terrorisme l’amenant à une coopération étroite avec les services occidentaux en général, et les services français et américains en particulier. Un tel rôle pourrait sembler paradoxal pour un Etat éternel financier de mouvements terroristes, mais il faut prendre en compte que le régime baasiste a toujours réprimé d’une main de fer le salafisme et le terrorisme islamiste sunnite, qu’il perçoit à juste titre comme un ennemi.

Autre point important de l’importance stratégique de la Syrie dans la sous région : son alliance avec l’Iran.  Le 8 décembre 2004, le Washington Post publie un entretien avec le roi Abdallah II de Jordanie. Le souverain, dont le pays peut être considéré à la fois comme un ami et un allié des États-Unis, choisit donc un grand quotidien de ce pays pour se déclarer préoccupé par l’émergence d’un « croissant chiite ». Ce dernier, allant de l’Iran au Liban, comprendrait également l’Irak post-Saddam Hussein, dont les dirigeants sont désormais majoritairement chiites. Selon le roi de Jordanie :

L’Iran a tout intérêt à voir s’instaurer une République islamique en Irak et, en conséquence, l’engagement des Iraniens vise à obtenir un gouvernement qui soit très pro-iranien ».

Les autorités iraniennes financeraient de nombreuses activités caritatives en Irak pour s’y implanter durablement et auraient encouragé plus d’un million d’Iraniens à s’installer en Irak pour les faire voter aux élections générales du 30 janvier 2005.  Une telle politique entre dans le cadre de la volonté de l’Iran d’exporter le modèle de la révolution islamique à travers le monde arabe. Le souverain Hachémite déclare donc : « Je suis sûr qu’il y a beaucoup de monde, beaucoup d’Iraniens là-bas qui seront utilisés lors du vote pour influencer le résultat [des élections] ». Ainsi le souverain est persuadé que l’accession des chiites au pouvoir en Irak contribuerait à la mise en place de ce fameux croissant chiite comprenant l’Iran la Syrie , le Liban et l’Irak.


Autre point important de l’importance stratégique de la Syrie dans la sous région : son alliance avec l’Iran. 

Pour aller plus loin sur l’Iran : L’Iran dans l’imaginaire de l’occident


Une telle évolution de l’Irak engendrerait des conséquences dépassant les frontières Irakiennes en venant bousculer l’équilibre entre les sunnites et les chiites dans la région en apporterait « de nouveaux problèmes qui ne seraient pas limités aux frontières de l’Irak ». Cet extrait de l’interview met en lumière la profondeur stratégique du problème.  Tout d’abord, rappelons que le conflit civil a d’abord muté en conflit armé opposant le pouvoir détenu par la minorité chiite à une rébellion majoritairement composée de sunnites. Mais, en Syrie, l’opposition Sunnites vs Chiites a été nourrie par le régime d’Assad afin de s’octroyer les faveurs des chiites en se posant comme leur protecteur contre l’ennemi Chiite.

Sur un plan extérieur à la Syrie, rappelons également que, dans un contexte de renouveau de l’Iran , avec une éventuelle accession pour ce pays au rang de nation disposant de l’arme nucléaire (véritable source d’inquiétude pour Israël et les monarchies sunnites de la région), affaiblir la Syrie, son allié principal, reviendrait à affaiblir L’Iran, et freiner son ascension, en réduisant sa capacité d’influence politique, stratégique et militaire. Si officiellement, aucun discours occidental ne prend le risque d’afficher des positions aussi radicales , Israël par exemple ne s’en cache aucunement, avec notamment le plan Ynon ; dans un article de la revue Kivunim, Oded Ynon, fonctionnaire au ministère Israélien des affaires étrangères, affirme que :

[…] La décomposition du Liban en cinq provinces préfigure le sort qui attend le monde arabe tout entier, y compris l’Egypte, la Syrie , l’Irak et toute la péninsule arabe ; au Liban, c’est déjà un fait accompli. La désintégration de la Syrie et de l’Irak en provinces ethniquement ou religieusement homogènes, comme au Liban, est l’objectif prioritaire d’Israël, à long terme, sur son front est ; à court terme, l’objectif est la dissolution militaire de ces Etats. La Syrie va se diviser en plusieurs états suivant les communautés ethniques, de telle sorte que la côte deviendra un Etat allouite chiite ; la région d’Alep, un Etat sunnite ; à Damas, un autre Etat sunnite hostile à son voisin du Nord : les Druzes constitueront leur propre Etat, qui s’étendra sur notre Golan peut-être, et en tout cas dans le Haourân et en Jordanie du Nord. Cet Etat garantira la paix et la sécurité dans la région, à long terme: c’est un objectif qui est dès à présent à notre portée ». Ainsi , ce conflit Syrien va dans le sens de la volonté d’Israel de reconfigurer l’équilibre géopolitique du moyen-orient afin d’assurer sa propre sécurité ; un autre des enjeux majeurs et pourtant inavoués du conflit Syrien est la question des ressources énergétiques ; ce point est le plus important pour les intérêts étrangers, au delà des discours politiques polissés, destinés aux opinions publiques internationales.

Constatons que, l’équilibre géopolitique mondial , basé sur l’hégémonie américaine post guerre froide s’effrite décennie après décennie . Ainsi on constate un renouveau de la Russie , une inexhorable montée en puissance des BRICS , de la Turquie, de petits pays tels que le Quatar , de l’Inde,  etc …, chacun de ces pays se battant pour défendre ses intérêts à l’échelle mondiale , y compris en Syrie.En effet riche en ressources naturelles , la Syrie pourrait constituer une belle prise stratégique pour qui parviendrait à y mettre la main, par exemple , la production de pétrole en Syrie en 2000 était de  25,4 millions de tonnes, avec des réserves de 350 millions de tonnes dans le Nord Est du pays. En gaz , le pays dispose de ,  6 300 millions de mètres cubes en 1999, avec des réserves de 241 000 millions de m cubes. Ainsi , la Russie dans son renouveau a conclu d’importants accords gaziniers avec la Syrie , y dispose d’un port militaire , d’une importance stratégique clé , pour la Russie , dans la sous région. Celà explique  la position Russe face au conflit. Tout d’abord , la Russie a accordé un soutien sans faille au régime El Hassad , avant d’en diminuer l’intensité , bien que faiblement ; ainsi, les diplomates Russes apellent désormais à la création d’un gouvernement national , comprenant toutes les forces vives en Syrie , c’est à dire y compris la rebellion, mais sans aucune forme d’ingérence étrangère . Le tout en maintenant le véto protecteur de la Syrie au conseil de sécurité de l’ONU . La Chine , également partenaire économique important de la Russie, notament sur le plan gazinier , partage les intérêts de la Russie ,e t se calque sur sa position au conseil de sécurité de l’ONU en espérant en retour la même position . De plus , il faut rappeler que la Chine , capitalisme sans démocratie, voit toujours d’un mauvais œil les vents de libertés et de contestation populaire. Un autre acteur important est la Turquie , qui sert de base arrière au CNS ; cela peut s’expliquer en partie par le fait que la Turquie dans son renouveau souhaite rétablir son influence stratégique dans la sous région, ce qui passe évidemment par l’affaiblissement de ses grands adversaires régionaux tels que la Syrie , et par ricochet l’Iran. A cela peuvent s’ajouter les tensions Syriennes et Turques à propos du Sankjat d’Alexandrie, ainsi que les tensions liées à la question Kurde et à Saleh Mohammed Muslim, président du PYD. Quant aux monarchies sunites du golfes , elles perçoivent comme l’a si bien décrit le souverain de Jordanie le croissant chiite comme une menace. Rappelons enfin qu’à moyen ou long terme , après l’épuisement des ressources pétrolières du globe, le gaz sera la principale ressource énergétique ; on voit donc que le conflit en Syrie pourrait avoir des répercussions sur tout le jeu géo politique  mondial dans les années à venir. Enfin , n’occultons pas la question sécuritaire du problème , avec la question des armes chimiques de l’armée régulière, qui pourraient tomber aux mains de mouvements terroristes. Bachar EL Assad a bien compris que l’entrée en jeu de mouvements terroristes est un véritable salut pour lui, et s’en sert avec talent, en évoquant dans son discours de janvier 2013 , un plan de sortie de crise , passant par la voix des urnes , rappelant ainsi qu’il est le seul protagoniste du conflit ayant la légitimité des urnes, et donc le seul vrai démocrate ; ce qui lui permet de prendre à contre pied ses opposants , maintenant liés à des terroristes : « Beaucoup sont tombés dans le piège tendu pour faire croire que le conflit est à situer entre le pouvoir et l’opposition, autrement dit une lutte pour un fauteuil, un poste, ou un pouvoir ! C’est pourquoi, ils se sont tenus à distance et ont opté pour le silence et la neutralité. Par conséquent, aujourd’hui, il est du devoir de chacun d’entre nous de rediriger les regards vers la véritable boussole de la patrie… Car le conflit, Mesdames et Messieurs, est entre la patrie et ses ennemis, entre le peuple et des criminels assassins, entre le citoyen et ceux qui volent son pain, son eau, ses sources de chaleur… et le privent de la sécurité dont il était si fier, pour répandre la peur et la panique dans les esprits. »

Pour lire la suite du mémoire, merci de bien vouloir cliquer ici.

*Steeve Attakuy est un étudiant en Relations Internationales qui se spécialise actuellement sur les conflits au Moyen-Orient. Maîtrisant plusieurs langues, il souhaite s’engager par la suite dans une carrière diplomatique. Pour le contacter, n’hésitez pas à nous écrire : contact@cultures-et-croyances.com

Pour citer le mémoire :

Steeve Attakuy, « Les enjeux géopolitiques du conflit syrien », in : www.cultures-et-croyances.com, Rubriques : Rapports – Mémoires, septembre 2014.

Crédit Image à la UNE : Paris Match « En Syrie, on meurt encore ».

_________________________

1   Le nouveau Moyen-orient , Jean-Pierre Filiu, Fayard , p 26

²   Le nouveau Moyen-orient , Jean-Pierre Filiu, Fayard , p 35

1   L’exception syrienne , entre modernisation et résistance , Caroline Donati , Broché , 2009

2   Le nouveau Moyen-orient , Jean-Pierre Filiu, Fayard , 2013

1   Le nouveau Moyen-orient , Jean-Pierre Filiu, Fayard , 2013 , p55

1 Pensée et idéologie arabes. Figures courants et thèmes au Xxè siècle , Ali Aouattah , L’Harmattan , septembre 2001, p74

1   L’exception syrienne , entre modernisation et résistance , Caroline Donati , Broché , 2009

1   Le nouveau Moyen-orient , Jean-Pierre Filiu, Fayard , 2013 , p95

One Response to MÉMOIRE – Les enjeux géopolitiques du conflit syrien

  1. ROMATOMNE Ange-Okson 7 juillet 2016 at 17 h 14 min

    La géopolitique politique syrienne est trop stratégique.

    Répondre

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