OPINION – Film sur le Prophète de l’islam: musulmans, « indignez-vous! »

Added by Asif Arif on 8 juillet 2014. · No Comments · Share this Post

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*Opinion rédigée par Asif Arif, Directeur de Cultures & Croyances

Je reprends volontiers ce titre de l’ouvrage de Stéphane Hessel pour caractériser mon état d’esprit. Je suis indigné. C’est encore une fois par l’intermédiaire d’une personne, que je remercie par le biais du présent billet, puis à l’écoute du sermon du vendredi dernier du Calife de la Communauté Musulmane Ahmadiyya que j’ai appris l’existence d’un nouveau film sur le Prophète de l’islam, Muhammad. Cette fois-ci, le film s’attaque à une question qui doit également être tranchée, tant les fantasmes et les représentations sont foisonnantes: l’âge d’Aïcha, la femme du Prophète de l’islam.

Ce film, dont les passages sont insupportables et immondes, font passer le Prophète de l’islam pour, Dieu nous en préserve, une personne qui aurait épousé une enfant (et toutes les atrocités qui peuvent s’en déduire). Le postulat du film consiste à attribuer l’âge de 6 – 7 ans à Aïcha lorsqu’elle s’est mariée avec le Prophète de l’islam. Je profite de cette occasion pour éclaircir ce mythe renaissant dans la pensée de plusieurs personnes et, par la même occasion, traiter de la question de l’âge nubile dans un contexte plus large.

Juifs, chrétiens et musulmans : la question de l’âge du mariage

Il est tout à fait étonnant de voir que, malgré l’existence de la question de l’âge minimum de mariage dans toutes les sociétés et les différentes religions monothéistes, les films sont toujours destinés à la même religion et toujours concentré autour de la même personne: l’islam et son Prophète. Quid des autres religions toutefois?

Dans un brillant article de Qasim Rashid, écrivain et auteur du livre « Extremist », celui-ci n’hésite pas à rappeler, à très juste titre, que la vierge Marie avait 11 ans lorsqu’elle s’est mariée à Joseph qui, pour sa part, en avait 90 (cette information étant tirée du Catholic Encyclopedia, vol. VIII, p. 505). En considération de ce qui précède, quand bien même Aïcha eût l’âge de 12 ans lors de son mariage avec le Prophète de l’islam (âgé d’environs 50 ans) et que celui-ci dusse être considéré comme socialement inacceptable, alors le mariage de Marie avec Joseph est tout aussi insupportable.

Concernant le judaïsme, le Talmud admet qu’une femme puisse être mariée dès lors qu’elle atteint l’âge de 12 ans et 6 mois (Pesachim 113a). Toutefois, on entend bien peu parler de cette dimension quasi commune aux différentes religions dans les films qui sont tournés contre le Prophète de l’islam.

Les évolutions sociales et l’évolution des législations

La question de l’âge minimum est une question sociétale qui a fait l’objet d’une évolution en fonction des mœurs de notre société. Dix-huit ans n’a pas toujours été l’âge minimum en deçà duquel deux personnes souhaitant se marier ne le peuvent pas. En réalité, en France, l’âge nubile a souffert de nombreuses évolutions.

La loi du 20 septembre 1792 a d’abord fixé le mariage avec l’autorisation parentale à treize ans pour les filles et quinze ans pour les garçons. Le Code civil de 1804 a par la suite relevé quelque peu l’âge nubile puisque les filles ne pouvaient pas se marier avant l’âge de quinze ans alors que les garçons ne le pouvaient pas avant l’âge de dix-huit ans. L’objectif était d’éviter les mariages sur un coup de tête. Avec la loi du 21 juin 1907, la majorité matrimoniale est fixée à vingt et un ans. Puis, la loi du 5 juillet 1974 ramène la majorité civique et matrimoniale à dix-huit ans.

Plusieurs choses peuvent être déduites de ces évolutions législatives. D’abord, les femmes ont toujours eu le droit de se marier plus tôt: on le remarque notamment du passage de treize à quinze ans contrairement aux hommes. Par ailleurs, l’évolution a eu lieu dans un sens (vers une diminution) comme dans l’autre (vers une augmentation) ce qui dénote qu’il n’y a pas d’âge précis pour se marier et qu’il n’est pas possible de dire qu’à partir de tel ou tel âge une personne est apte à se marier. L’âge est nécessairement dépendant de l’évolution sociale.

Dans l’Etat de Californie, il n’y a aucun âge minimum afin de prononcer le mariage d’un homme et d’une femme à compter de l’instant où les parents y consentent. Or, nous savons de source sûre que les parents d’Aïcha avaient consenti à cette union. Cette question de l’âge minimum étant résolue, il faut désormais se consacrer à l’étude de l’âge réel d’Aïcha au moment de son mariage avec le Prophète de l’islam.

L’âge d’Aïcha lors de son mariage avec le Prophète de l’islam

La question de l’âge d’Aïcha lors de son mariage avec le Prophète prend naissance dans plusieurs sources qui divergent. Le Coran ne prévoyant rien sur le sujet, il a fallu se reporter aux traditions et dires (Ahadiths) du Prophète. Plusieurs contradictions peuvent alors être lues. D’abord, dans un des livres authentiques des Traditions (Sahih Al-Bukhari), l’âge rapporté d’Aïcha est de neuf ans. D’autre part, les chercheurs modernes ont déduit, par des raisonnements déductifs, que l’âge d’Aïcha lors de son mariage ne pouvait pas être de moins de 14 ans voire de 16 ans (voir l’article de Qasim Rashid).

D’abord, il convient d’emblée d’affirmer que les Traditions ne sont pas toutes authentiques quand bien même elles sont référencées dans un recueil canonique. Pour être considérées comme authentiques, les Traditions doivent soit se rapporter au Coran ou, à défaut de disposition dans le Coran, à la pratique du Saint Prophète de l’islam. Les Traditions authentiques doivent également être certifiées par le comportement pieux de la personne qui les rapporte (condition subjective). Par ailleurs, la mention de l’âge de neuf ans dans la Tradition rapportée était approximative et n’était pas ferme et précise et elle a été rapportée par une personne qui ne remplit pas la condition subjective.


 

Pour aller plus loin : Quel était l’âge d’Aïsha lors de son mariage ?


 

Il faut également se poser la question selon un autre point de vue. Dans la mesure où Aïcha est restée mariée pendant près de 10 ans avec le Prophète de l’islam, si elle estimait que son mariage ne lui convenait pas, n’avait-elle pas eu le temps utile pour le dénoncer? Bien au contraire, toutes les traditions font état d’une femme éprise d’un amour tout particulier pour Muhammad.

En réalité, comme le rappelle Sir William Muir dans sa biographie sur le Prophète de l’islam, l’âge des femmes en Arabie ne correspondait pas à leur degré de maturité. Dans une société difficile, les femmes devaient s’adapter très vite et devenaient très promptement mâtures. Pour Muir, Aïcha était non seulement mâture pour son âge mais également particulièrement vive d’esprit. Mettons ensuite en perspective l’âge d’Aïcha avec les exigences tant sociétales françaises avant 1974 et avec les autres religions.

Ce mariage ne peut absolument pas prêter le flanc à la critique. D’une part, parce que le mariage à 13 ans était admis en France depuis 1792. Nous parlons ici du VI – VIIème siècle après Jésus-Christ, si l’on devait reprendre le calendrier grégorien. Par ailleurs, si ce mariage est quelque chose qui choque tant l’opinion des personnes ayant fait le film, pourquoi ne font-elles pas la même chose concernant la Vierge Marie ou encore les enseignements talmudiques?

Instrumentalisation vs. lecture réaliste des faits

Il faut arrêter un temps d’instrumentaliser les esprits et tenter de comprendre les dynamiques religieuses dans leur globalité. Il faut arrêter de fustiger de manière insultante un Prophète de Dieu quand on sait qu’il représente, aux yeux de plusieurs millions de personnes dans le monde, un père spirituel. Les musulmans sont constamment pris en tenaille: entre les terroristes qui se revendiquent de cette religion alors qu’ils sont des ignares sans grand intérêt et ces films et stigmatisations à répétition, il est nécessaire que les musulmans s’indignent.

La question devrait être posée de nouveau sous l’angle de la cohésion et de la paix sociales. Qu’ont apporté les caricatures, les films contre le Prophète de l’islam, les prohibitions diverses et variées contre l’islam? Ni plus, ni moins qu’une stigmatisation grandissante des musulmans, une instrumentalisation du concept de la laïcité et une lecture biaisée de tous les faits qui se rapportent à l’islam.

Les musulmans ne devraient pas se révolter, brûler des drapeaux ou encore de procéder à des cassages un peu partout au Moyen-Orient ou dans le monde. Ils devraient, en réponse à ces immondices, agir avec d’autant plus de bienveillance et de vertu entre eux et envers le monde, tant et si bien que les non musulmans se voient moralement obligés de louer ce prophète qui inspire tant de bonté. Ils devraient s’unir pour s’indigner face à la stigmatisation grandissante en écrivant sur ce qu’est la réalité de l’islam et en faisant preuve de pédagogie. La seule voie permettant d’y arriver est, plus que jamais, celle indiquée par le Calife de l’Islam :  la présentation de l’islam et de son Prophète, des enseignements de l’islam dans leur pureté originelle. N’oublions donc pas la force de l’éducation qui a été sublimée par l’islam : le partage de la connaissance est le meilleur moyen de faire tomber les préjugés édifiés contre cette religion.

Remerciements – Abdul Ghani Jahangeer Khan, Ata-ul Qayyum Joomun.

Publication initiale sur le Huffington Post Maghreb.

Crédit Image à la UNE : Pureislamicdesign.com

*Asif Arif est élève-avocat à l’Ecole de Formation Professionnelle des Barreaux de la Cour d’appel de Paris et chargé d’enseignement (TD) de droit des contrats / droit de la responsabilité civile à l’Université de Paris Dauphine. Il est spécialisé en droit des affaires. Asif est très actif dans la promotion de l’éducation et est le Directeur du site Cultures & Croyances ayant vocation à promouvoir l’éducation, la laïcité et le dialogue interreligieux à travers des études de qualité. Toujours dans le cadre de la promotion de l’éducation, Asif est membre du Think Thank « Madiba » et est spécialisé sur l’ensemble des questions liées à la promotion de l’éducation en Afrique. Enfin, Asif est également très actif dans le milieu des Droits de l’Homme et, plus précisément, en ce qui concerne les minorités religieuses. Il s’occupe des affaires publiques concernant les violations des Droits de l’Homme et les Persécutions subies dans le monde par la minorité religieuse Islam Ahmadiyya.

Pour citer l’opinion :

Asif Arif, « Film sur le Prophète de l’islam: musulmans, « indignez-vous! » », in : www.cultures-et-croyances.com, Rubrique Culture & Partage – Opinion, juillet 2014.

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