OPINION – Un peuple pour la paix

*Opinion rédigée par Beena Sarwar

L’approbation par le Gouvernement Indien des 237 visas de pakistanais souhaitant se joindre à la Conférence sur la Paix à Allahabad du 29 décembre au 1er janvier est un pas en avant ; aussi permet-elle à cette huitième conférence d’amitié entre les peuples indo-pakistanais pour la Paix et la Démocratie (nommée, en anglais, la PIPFPD) de se tenir, malgré l’immense retard qu’elle a accusé dans son organisation.

La PIPFPD est la plus grande organisation de peuple à peuple entre les deux pays, formée en 1994 par d’éminents intellectuels, universitaires et militants engagés des deux côtés (Pakistan et Inde). Les sujets soulevés par ces conférences sont passés de ceux liés à la « guerre, la démilitarisation, la paix et le partage de la paix » à ceux liés à « une solution démocratique à la problématique du Kashmir », « une gouvernance démocratique » et « l’intolérance religieuse en Inde et au Pakistan ». Un cinquième thème traitant de la « Mondialisation et de la coopération régionale » a été ajouté à la Conférence Jointe de 2000 à Bangalore.

LE DIALOGUE ENTRE L'INDE ET LE PAKISTAN EN PASSE DE REPRENDRELes principes qui ont été établis dans la Déclaration initiale de 1994 du PIPFPD trouvent un intérêt fondamental aujourd’hui, bien plus que lors de leur adoption ; en effet, la Déclaration soutenait que « la politique visant à établir une éternelle confrontation entre l’Inde et le Pakistan n’a pas su apporter les bénéfices escomptés à la population » des deux pays et que les gouvernements respectifs devraient honorer les volontés de leurs peuples, lesquels souhaitent « de plus en plus une paix sincère et un lien d’amitié ».

De meilleures relations, stipule la Déclaration, « vont aider à réduire les divergences et les tensions ethniques et communes » et « vont aider la région d’Asie du Sud à progresser, tant économiquement que socialement ». La Déclaration appelle de suite les gouvernements respectifs des deux pays à « s’accorder sur un pacte de non violence (absence de guerre) immédiatement et inconditionnellement » et d’affirmer qu’une « solution démocratique au conflit du Kashmir est essentielle ».

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Plus de 200 délégués Pakistanais et Indiens ont participé à la première Conférence Jointe à New Delhi en 1995. Pour la première fois de l’Histoire, les Indiens et les Pakistanais s’étaient assis, les uns à côté des autres, afin de discuter de la problématique du Kashmir, de la démilitarisation et de la politique bâtie autour de l’intolérance religieuse. La formulation de la PIPFPD à propos du Kashmir fait désormais partie du débat public ; le Kashmir ne devrait pas être vu comme le théâtre d’un combat où s’affrontent l’Inde et le Pakistan mais comme une problématique impliquant des vies humaines avec des aspirations qui sont propres au peule du Kashmir (les Kashmiris), lesquels doivent nécessairement être impliqués dans le processus de négociation et de discussion concernant leur futur.

Les sept Conférences Jointes qui se sont tenues depuis, dans divers villes de la région alternativement entre les deux pays, ont impliqué des centaines de citoyens ordinaires. Les délégués ont payé leur frais de voyage sur leurs deniers personnels alors que le pays d’accueil a pris en charge le gîte et le couteaux, dans des prix abordables.

Les premiers retards qu’a accusé la Huitième Conférence Jointe – laquelle devait se tenir à Peshawar en 2007 – étaient le fait du Pakistan, juste après la Septième Conférence Jointe à New Delhi en 2005. La situation politique a donné le piment nécessaire afin de rendre la permission nécessaire quasi impossible ; escalade de la « guerre contre le terreur », le mouvement des avocats, le retour de Benazir Bhutto et, ensuite, son tragique assassinat, et l’escalade de la violence au Pakistan dans la mesure où le Gouvernement a tenté d’attaqué les militants « à l’aveugle ».

Lorsqu’il était devenu certain que la tenue de la Conférence Jointe au Pakistan accuserait un peu plus de retard que prévu, les organisateurs ont décidé de la tenir en Inde. Cela a lancé une année – ou plus – de négociation. Les conditions étaient littéralement délétères et des appréhensions commençaient à faire échos ça et là qu’il existait le risque que de « mauvais discours » soient prononcés tant par les indiens que les pakistanais ; néanmoins, cette prise en compte des différentes tensions ne va pour autant empêcher les protagonistes de les livrer à l’écrit.

A la fin, la persévérance et la lutte du peuple ont été récompensées. Plusieurs événements indo-pakistanais se sont tenus pendant ces quelques dernières années, incluant Aman ki Asha. Plusieurs ont été lancées par des indiens, contrairement à croyance commune qui affirme que « les indiens s’en foute royalement de la paix avec le Pakistan ».

De manière toute à fait significative, quelques uns des meilleurs projets prenaient leur origine à Mumbai, une ville encore sous le choc de l’attaque sans nom du 26 – 28 novembre 2008 – pour laquelle beaucoup d’indiens ont largement pointé du doigt le Pakistan. Toutefois, plusieurs autres indiens, incluant les Mumbaikers eux-mêmes, ont affirmé que tous les pakistanais ne peuvent pas être tenus pour responsable des actions commises par certains d’entre eux.

Une des expressions fantastique de cet esprit a été la « chaîne humaine pour la paix » de 50 kilomètres de long réalisée par 60.000 Mumbaikers le 12 décembre 2008, demandant urgemment au gouvernement indien de montrer de la retenue dans sa négociation avec le Pakistan – la scène a eu lieu quelques jours après que l’attaque ayant emporté avec elle 164 vies et laissant derrière elle 300 personnes blessées ait eu lieu. Cet événement a été marqué par le chauvinisme, lequel a largement été relayé par les médias mais le gouvernement Indiens n’a pas (pour plusieurs raisons) cédé le pas face aux tenants d’une intervention forcée contre le Pakistan.

Plusieurs années auparavant, des étudiants de Mumbai sont venus avec une initiative poignante et pionnière qu’ils avaient nommé “Ummeed-e-Milaap”, une plateforme commune aux étudiants indiens et pakistanais afin qu’ils restent en contact qu’ils souhaitaient mettre en place dans plus de 30 lycées à Mumbai, Lahore et Karachi. Le mois dernier, une délégation, composée de 22 journalistes du Press Club de Mumbai, a voyagé au Pakistan afin de s’entretenir et de se mettre en relation avec certains de leur collègue à Karachi et à Hyderabad, ce qui a permis d’atteindre l’apogée de la Déclaration de Coopération.

Le monde change. Le vieux paradigme et les veilles politiques fondées sur la paranoïa et la haine doivent céder le pas face au constat que seule une démarche coopérative les uns avec les autres pourra permettre à l’Inde et au Pakistan d’émanciper leurs potentiels respectifs. La Septième Conférence Jointe a proposé des avancées prometteuses que les gouvernements respectifs pourraient réussir à atteindre. la Conférence d’Allahabad va prendre en compte ces demandes, au premier rang desquelles se trouve l’assouplissement de la procédure de délivrance d’un visa.

Nous avons été témoins de ce qui ce passe lorsque des milliers de fans de cricket obtiennent un visa afin de passer la frontière ; cela dépeint nécessairement la bonne volonté et réaffirme que le peuple est prêt à donner l’assentiment à de bonnes relations et de favoriser un contact personnel.

A mesure que la Conférence d’Allahabad se met en place, se pose une question fondamentale ; nos gouvernements respectifs ont-ils la volonté politique et la bienveillance suffisantes pour suivre le peuple vers ce processus de paix ou vont-ils plutôt préférer rester embourbés dans leur vieux paradigmes visant à mettre en avant des velléités sécuritaires ?

* Beena Sarwar est journaliste, artiste et productrice pakistanaise. Elle se concentre essentiellement sur les droits de l’Homme, les genres, les médias et la paix. Elle est actuellement la rédactrice en chef de l’initiative Aman ki Asha (Volonté de Paix) qui vise à développer la paix entre le Pakistan et l’Inde. Cette initiative est sponsorisée par le Jang Group au Pakistan et par le Times of India de l’autre côté de la frontière.

Pour citer l’opinion :

Beena Sarwar, « Un peuple pour la paix », in : www.cultures-et-croyances, via Aman ki Asha, Rubrique Opinion – Débats, décembre 2013.

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