OPINION – Plaidoyer contre un racisme décomplexé !

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Source Image : Google Images

*Opinion rédigée par Sarah Haddi

Dès 1945, au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, les pays réunis lors de la conférence de San Francisco ont adopté à l’unanimité la Charte des Nations Unies. Par cette Charte il se sont fixé comme but l’interdiction de toute discrimination en préconisant :

« le respect des droits de l’Homme et des libertés fondamentales pour tous, sans distinction de race, de langage ou de religion ».

Le 7 Mars 1966, les Nations Unies ont adopté, à New-York, une convention visant l’élimination de toute forme de discrimination raciale.

Dans une optique tout à fait similaire, le vieux continent s’est doté de textes interdisant toute discrimination raciale – ce que l’on retrouve dans le texte de l’article 14 de la Convention Européenne de Sauvegarde des Libertés Fondamentales et des Droits de l’Homme de 1950 qui proclame :

« La jouissance des droits et des libertés reconnus dans la présente Convention doit être assurée sans distinction aucune fondée notamment sur le sexe, la race, la couleur, la langue, la religion, les opinions politiques ou toutes autres opinons, l’origine nationale ou sociale, l’appartenance à une minorité nationale, la naissance, la fortune ou toute autre situation. »

« La France connaît la législation la plus aboutie »

La législation française contre le racisme est l’une des plus développée et l’une des plus abouties de tous les pays du monde. Elle se fonde sur l’article 1er de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 selon laquelle :

« Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits ».

Elle se fonde aussi sur le Préambule de la Constitution de 1946 qui dispose que :

« au lendemain de la victoire remportée par les peuples libres sur les régimes qui ont tenté d’asservir et de dégrader la personne humaine, le peuple français proclame à nouveau que tout être humain, sans distinction de race, de religion, ni de croyance, possède des droits inaliénables et sacrés. »

Puis l’article premier de la Constitution de 1958, qui est toujours d’actualité, de préciser que la France :

« Assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. »

Au delà même de l’acte de discrimination, c’est-à-dire avant même que cette discrimination soit matérialisée, la simple expression qui provoque à cette discrimination n’est pas admissible ; le droit contient également un mécanisme préventif. Ainsi l’article 24 de la loi sur la liberté de la presse dispose que ceux qui, par quelque moyen de communication que ce soit :

auront provoqué à la discrimination, à la haine ou à la violence à l’égard d’une personne ou d’un groupe de personnes à raison de leur origine ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée, seront punis d’un an d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende ou de l’une de ces deux peines seulement. »

Il est aussi temps de rappeler à nos lecteurs que les propos racistes sont répréhensibles par la loi pénale puisque l’article 225-1 du Code pénal prévoit :

« Constitue une discrimination toute distinction opérée entre les personnes physiques à raison de leur origine, de leur sexe, de leur situation de famille, de leur grossesse, de leur apparence physique, de leur patronyme, de leur état de santé, de leur handicap, de leurs caractéristiques génétiques, de leurs mœurs, de leur orientation ou identité sexuelle, de leur âge, de leur opinion politiques, de leurs activités syndicales, de leur appartenance ou de leur non-appartenance vraie ou supposée, à une ethnie, une nation, une race ou une religions déterminée. »

C’est un délit qui est puni de 45 000 euros d’amende et 3 ans d’emprisonnement. L’ensemble de ces textes traduisent la volonté que la France de condamner les dérives et propos racistes que l’on connait  malheureusement encore ces jours-ci. Faut-il sans cesse les rappeler ? Lasse de rappeler ces principes législatifs et constitutionnels, lasse de rappeler ces principes qui engagent non seulement la France vis-à-vis d’elle même mais également vis-à-vis de la communauté internationale, lasse enfin de réclamer le respect de la loi et de l’individu en lui-même, je veux quand même rappeler que les propos racistes ne sont pas une opinion : ils sont un délit .

Lorsqu’on disait que la législation française était l’une des plus développée de tous les pays du monde pour lutter contre le racisme, on ne se moquait pas de nous. Alors pourquoi, la parole se libère-t-elle aussi facilement ? Pourquoi constatons-nous un rejet de l’autre qui se manifeste sous toutes les formes, de la part d’un citoyen lambda à un représentant de la république ?

Aux racines du racisme

« Le racisme est un comportement fondé, consciemment ou non, sur la théorie selon laquelle il y a une supériorité de certaines races sur les autres et conduisant à une véritable ségrégation en fonction de l’appartenance à une race. »[1].

Albert Jacquard en donne également une définition dans son ouvrage intitulé « l’Eloge de la différence ». Il évoque « une attitude d’esprit, nécessairement subjective : il s’agit de comparer les diverses races en attribuant une « valeur » à chacune et en établissant une hiérarchisation »

Dans les deux définitions, issues d’ouvrages différents, on retrouve les termes « race » et « hiérarchisation ». Le mot race, qui doit être supprimé de la Constitution selon l’engagement du candidat François Hollande, figure dans la première révision constitutionnelle. Néanmoins, lors d’une niche parlementaire, le Front de Gauche se propose de supprimer le mot « race » du Code pénal, du Code de procédure pénale et de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse. Cette proposition de loi adoptée par l’Assemblée Nationale le 16 Mai 2013.

Le mot race est, selon Albert Jacquard, le moyen de mettre au point, d’après des recherches scientifiques, a priori légitime basées sur des données objectives, des méthodes de classement des individus permettant éventuellement de les définir en groupes. Cette définition met à mal le principe d’égalité que ne cesse de brandir la République. Cette hiérarchisation de la population, rappelle non sans mal les méandres de l’histoire française mais également celles de l’histoire du monde. Il n’est pas ici nécessaire de rappeler les effets dévastateurs de la ségrégation ou du nazisme.

A l’aube du XXIème siècle, il est plus qu’inquiétant de devoir rappeler encore et toujours des principes qui étaient alors bafoués jadis, à une époque que l’on voit de loin. Cette cristallisation de la peur de l’autre, de l’étranger, entache le pacte républicain, entache la France, entache la si éloquente devise du pays « Liberté Egalité Fraternité » mais, surtout, entache l’individu ; cela afin d’en terminer, avec les dérapages de nos représentants, pour en terminer avec ce racisme ordinaire et décomplexé qui s’installe en France, depuis quelques années ; pour en terminer les stigmatisations récurrentes d’une partie de la population parce qu’elle a un mode de vie différent de celui de L’Occident, pour en terminer avec les pratiques fallacieuses visant mettre en avant l’origine de l’individu dès lors qu’un fait divers surgit.

Je réclame l’égalité

Pour en terminer avec tout cela je réclame l’égalité. Oui cette l’égalité, dont on nous vante les mérites que l’on apprend sur les bancs de l’école. Et c’est parce que Chaque être humain a une particularité qui le rend unique, mais cette particularité ne doit pas être une différence pour autrui. Nous disposons tous des mêmes organes, et sans eux, ni untel, ni lui, ni eux, ni vous ne pouvons vivre. Plutôt que de perdre son souffle à chercher les différences de l’un et de l’autre, réunissons-nous pour ne faire qu’un parmi tant.

Je réclame l’égalité, celle dont on vante les mérites sous la bannière française et qui n’est que pouvoir institutionnel : cela fait dix longues années, qu’être français d’origine étrangère est devenu pour beaucoup un handicap dans l’accès à un travail, à un logement, des études, la santé, pourtant des droits que l’on a concédé à l’Homme. Des droits, pour lesquels des hommes et femmes se sont battus, des droits qui sont universels et la base de la République Française, mais qui pourtant l’outrage.

 

Ce mois de Novembre, marque le trentième anniversaire de La Marche contre le racisme appelé plus communément La Marche des Beurs, une marche visant à lutter contre les discriminations. Trente années de combat, qui continue aujourd’hui. Soyons de ces personnages, qui s’offusquent, écrivons l’histoire ne soyons pas que les protagonistes d’une histoire que l’on racontera dans 20 ans, soyons en les acteurs. Et c’est grâce à notre force, à notre révolte et notre abnégation de faire grandir la justice, que nous lutterons ensemble contre le racisme.

Rappelons sans cesse, les principes de la République, ne nous essoufflons pas ce qui doit primer c’est le droit et la justice et non la crainte de l’autre. Parce qu’en 2013, il est inadmissible qu’une femme, qu’un homme, qu’un enfant, ne soit pas accepté parce qu’elle est noire, qu’il ne parle pas le français, ou que l’on procède à une expulsion sur un parking d’une école.

*Sarah Haddi est étudiante en droit à la faculté de Lille. Elle est également très engagée dans le domaine des Droits de l’Homme. Elle est Secrétaire Générale de la Ligue des Droits de l’Homme de Roubaix. Enfin Sarah fait également parti du Mouvement des Jeunes Socialistes. Elle s’exprime fréquemment au sein des colonnes de Cultures & Croyances à titre personnel.

Pour citer l’opinion :

Sarah Haddi, « Plaidoyer contre le racisme ! », in : www.cultures-et-croyances.com, Rubrique Opinions – Débats, novembre 2013.

 


[1] Lexique des termes juridiques, Dalloz, édition 2013.

3 Responses to OPINION – Plaidoyer contre un racisme décomplexé !

  1. sylvie 25 novembre 2013 at 11 h 16 min

    Plus avance t-on dans cet ère dit de mondialisation et de modernité, plus s’agrandit le fossé des injustices sociales faites de discriminations raciales, sexuelles, ethniques, économiques… C’est un paradoxe que je ne peux comprendre !

    Répondre
  2. L'AUTEURE 15 novembre 2013 at 16 h 56 min

    Bonjour,
    Merci, concernant la romophobie, j’en avais parlé puis supprimer puis reparler puis pour éviter que l’on ne se fixe uniquement sur cet état de faits, certes très important, supprimé. Néanmoins, lorsque je disais « pour en terminer les stigmatisations récurrentes d’une partie de la population parce qu’elle a un mode de vie différent de celui de L’Occident » je voulais le mettre en parallèle, sans entrer dans le vif du sujet, pour permettre l’interprétation et la réflexion sur le sujet, aussi sensible et vaste soit-il.
    Les Roms sont en effet des citoyens européens, mais aujourd’hui la stigmatisation se fait sur la classe sociale, le fait qu’il vive, par manque de moyen du pays « accueillant » dans des « camps ».
    Aujourd’hui l’amalgame qui est fait entre les gens du voyage et les Roms est effrayant. Si aujourd’hui les Roms, jouissent de l’espace Schengen, est certes un droit fondamental qui leur est accordé,mais c’est surtout pour permettre à leur enfant d’avoir la chance de côtoyer les bancs de l’école.

    Concernant la Marche pour l’égalité des droits et contre le racisme, merci pour l’article et rendez-vous le 3 décembre avec LDH et le 7 décembre à Paris, Place de la République.

    Répondre
  3. JF Garsmeur 15 novembre 2013 at 15 h 06 min

    Vous devriez faire science Po, c’est un article bien charpenté et qui rssemble des sources intéressantes. Il est dommage que vous vous omettiez de parler d’un sujet actuel : la romophobie. Et plus largement la discrimination de classe : vous semblez croire en opposant l’occident et le reste du monde qu’il n’ya pas de racisme entre Européens, les Roms sont européens. Par ailleurs la Marche pour l’égalité est devenue par la suite la marche pour l’égalité et contre le racisme. Cette revendication d’égalité (humaine, sociale, économique…) est importante. je ne suis pas historien mais la photo parue dans le Monde du 11/10 me semble probante. http://www.lemonde.fr/societe/article/2013/10/11/la-marche-des-beurs-veut-entrer-dans-l-histoire-de-france_3494031_3224.html

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