RELIGIONS – Du bon usage des mots liés à l’Islam

Added by Sonia Ben Mansour on 1 octobre 2014. · 1 Comment · Share this Post

Filed under Islam - Ahmadiyya, RELIGIONS & SPIRITUALITES

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Il était une fois les Royaumes d'Afrique - L'Ethiopie

*Etude rédigée par Sonia Ben Mansour

Les mots sont importants, utilisons les avec précaution car « la perversion de la cité commence par la fraude des mots ». Platon

Ces dernières décennies nous assistons, dans la sphère politico-médiatique, à une tendance à dénaturer la signification de mots reliés à l’Islam. En effet, en reliant certains faits objectifs liés à des personnes de confession musulmanes – les actes de terrorisme, le port du voile en tant que signe religieux – une confusion s’est peu à peu installée dans la conscience collective sur la réelle signification de certains mots. Le terrorisme et le voile sont des mots qui sont rattachés aux personnes de confession musulmane lorsque des faits objectifs et avérés le justifient. Or, parler de « terrorisme islamique » et de « voile islamique » amène à directement relier le terrorisme et le voile à la religion musulmane et indirectement à l’ensemble de la communauté musulmane. Cet article tend à démontrer que ce raccourci n’est pas fondé. En effet, d’une part, le voile est connu de toutes les religions monothéistes et la prescription coranique concernant le port du voile ne fait pas l’unanimité auprès de la population musulmane. D’autre part, le terrorisme ne doit pas être confondu avec le jihad, concept coranique, à double sens : le combat en son for intérieur et le combat contre d’autres dans des circonstances déterminées. Ce que la sphère politico-médiatique appelle le « terrorisme islamique » représente en réalité les actes de terrorisme perpétrés par des jihadistes radicaux car l’Islam ne parle pas de terrorisme mais de jihad, concept coranique complexe dont le sens est pluriel.

S’agissant du voile, il n’est pas seulement relié à l’Islam. En effet,  celui-ci est apparu avant l’apparition de la religion monothéiste. Le voile est une coutume qui aurait précédé les religions monothéistes avec la loi assyrienne attribuée au roi Téglath Phalazar 1er (1112-1047 av. J.-C)[i],qui préconisait aux femmes mariées de se couvrir la tête.  Connu des religions juives et chrétiennes[ii], le voile renvoie de nos jours aux femmes musulmanes qui le portent en tant que signe religieux. Or, l’appellation de « voile islamique » prétend d’une part que le voile serait l’apanage exclusif de la religion musulmane et d’autre part, qu’il serait une prescription coranique obligatoire pour toutes les musulmanes.


Le voile est apparu avant l’apparition de la religion monothéiste. Le voile est une coutume qui aurait précédé les religions monothéistes avec la loi assyrienne attribuée au roi Téglath Phalazar 1er. »

Pour en savoir plus sur le voileCompte-rendu du séminaire : la place de la femme en Islam


Or, le voile n’est pas l’apanage exclusif de la religion musulmane car connu des religions juives et chrétiennes (bien que seul le Coran traite directement de cet habit). En outre, les discussions sur le port obligatoire du voile dans la religion musulmane sont toujours aussi riches et d’actualité. En effet, il n’existe aucun véritable consensus de la communauté musulmane sur la question de savoir si le port du voile est obligatoire pour toute musulmane, d’autant que le débat  diffère selon le type de voile porté (hijab, burqa, niqab) et est traité différemment dans chaque pays musulman.

Le voile est un signe religieux (La Vierge Marie est représentée avec un voile, les bonnes sœurs portent également un voile), et pourtant, l’appellation de « voile islamique » assimile de manière exclusive le voile à l’Islam et aux femmes musulmanes. Ce qu’on appelle « voile islamique » est en réalité un voile majoritairement porté par les femmes de confession musulmane de nos jours comme il a été porté dans le passé par des femmes qui n’étaient pas musulmanes.

Un autre exemple avec le terrorisme. Le terrorisme est :

un ensemble d’actes de violence (attentats, prise d’otage, ect…) commis par une organisation ou par un groupe d’individus agissant pour son propre compte ou pour celui d’un Etat, en vue de créer un climat d’insécurité pour exercer un chantage sur un gouvernement, ou une organisation internationale, afin de satisfaire une haine à l’égard d’une communauté, d’un pays, d’un système« [iii].

Les actes de terrorisme ont été perpétrés par des individus de toute religion, à travers le temps et l’espace. Pourtant, depuis les attentats du 11 septembre 2001, on parle fréquemment de « terrorisme islamique » car ces actes sont perpétrés par des individus prétendant agir au nom d’Allah. Il s’agit d’une dénaturation du jihad dont traite le Coran. Ces jihadistes radicaux commettent des actes terroristes mais l’appellation de « terrorisme islamique » est inexacte car elle ne reflète pas la réalité, c’est-à-dire des actes terroristes perpétrés par des jihadistes radicaux. Cette appellation tend à relier directement Islam et terrorisme dans l’imaginaire collectif.

Pourtant, l’Islam traite du jihad et non du terrorisme. Dès lors, il est impératif de distinguer les deux. En effet,

le texte coranique aborde la notion (de jihad) à plusieurs reprises; quelques deux cents versets sur les six mille deux cent trente cinq en traitent effectivement. Et il est très malaisé d’en donner un point de vue clair ou univoque, tant les propos contradictoires, voire les ambivalences l’emportent[iv] »

alors il s’agira ici d’évoquer les deux versants du jihad, d’une part, l’effort individuel, l’ascèse intérieure et d’autre part, de son caractère belliqueux. Ainsi, le jihad signifie littéralement « l’effort ». Il pourra s’agir pour le croyant de l’ « effort de l’âme », qui le rendra meilleur et plus pieux (jihad an nafs) mais il pourra aussi s’agir d’un « engagement à la guerre » (Al Quital), le caractère belliqueux du jihad étant attesté et réglé par des dispositions juridiques précises[v].

Cependant, il est important de contextualiser les circonstances de la Révélation de ces versets car « ce ne sont pas les musulmans qui ont introduit la guerre dans la Péninsule arabique » (opposition des tribus pour le contrôle de grandes voies caravanières, défense de l’honneur,pillage…).[vi]

La quintessence du jihad provient du Coran. Les contradictions et les ambivalences du jihad ont été mises en avant avec les vicissitudes de l’histoire. En effet, après la mort du Prophète Muhammad

la problématique de la succession prophétique donna lieu à une effroyable guerre au cœur de l’Islam originel, que les historiens ont l’habitude de nommer par euphémisme la « Grande Discorde » (al-Fitnatu al-Kubrâ)9 ; de violents conflits opposèrent les premiers musulmans, dont l’une des conséquences, et non des moindres, est que la Demeure de l’Islam, Dâr al-islâm, fut livrée à des potentats, monarques et chefs locaux, et morcelée en une multitude de sultanats, émirats,wilâya, donc de pouvoirs plus ou moins indépendants du califat. Chacun affirmait disposer de la possibilité d’invoquer la religion pour enclencher un processus de mobilisation en vue du jihâd visant des ennemis extérieurs, mais aussi, de plus en plus, d’autres musulmans considérés comme hostiles. Si donc, à l’origine, le meneur du jihâd était le calife, « Lieutenant » ou « Ombre de Dieu sur terre », plus tard, n’importe lequel de ces sultans pouvait déclarer le jihâd et mobiliser les troupes de fidèles qui ne pouvaient se dérober à ce qui constitue bel et bien un devoir religieux »[vii].

De plus, l’expansion de l’Islam du VII au IXe siècle ne peut être rattachée de manière automatique au jihad car il n’y a pas eu systématiquement de recours à la force[viii]. En effet, « le préjugé occidental tend à considérer le djihad de l’islam comme les croisades médiévales [ix]». Or, « l’idée d’une guerre sainte, fondée sur l’autorité de l’Église et du dogme et sur le fondement du « prosélytisme contraignant » n’existe pas, dans la « civilisation islamique ».[x] »  « La notion de « guerre sainte » a été forgée, en réalité, par la chrétienté lors des Croisades, même si elle était étrangère à la vision des premiers chrétiens »[xi]. « Néanmoins il ne s’agit pas d’une fiction, dans la mesure où, pour certains musulmans, le jihâd, lorsque la signification militaire tend à l’emporter, désigne la « guerre ordonnée par Dieu »[xii].

Le jihad est réapparu suite à l’invasion de l’Afghanistan par l’Armée rouge en 1979 (Il sera rappelé que les Etats Unis avaient fourni un soutien matériel considérable au jihad afghan). De nos jours, ce sont des jihadistes extrémistes qui sont à l’œuvre, ceux qui pratiquent un jihad en lisant quelques versets du Coran sans prendre en considération les circonstances de la Révélation et l’humanisme du Coran. Il faut rappeler que ces nouveaux djihadistes ne suivent pas un jihad en concordance avec  les versets coraniques reliés au jihad à caractère belliqueux. En effet, dans le Coran, si les « les gens du Livre » refusaient de se convertir il fallait qu’ils paient un tribut (Coran, 9-29) mais ce qui est appelé l’Etat islamique en Irak et au Levant (EILL) tue ceux qui refusent de se convertir.


De nos jours, ce sont des jihadistes extrémistes qui sont à l’œuvre, ceux qui pratiquent un jihad en lisant quelques versets du Coran sans prendre en considération les circonstances de la Révélation et l’humanisme du Coran. »


Le terrorisme ne peut pas être relié à l’Islam car d’une part, le jihad a une double signification et d’autre part, le caractère belliqueux du jihad, concept coranique, ne correspond à la définition du terrorisme tel que nous le connaissons aujourd’hui. De nos jours, des actes terroristes sont perpétrés au nom de Dieu par des jihadistes extrémistes, c’est-à-dire pratiquant l’islam sans indulgence, sans pitié, sans cœur, sans contextualisation. Or, ce comportement abject et intolérable résulte uniquement ses décisions fatales découlant de la pensée d’un individu. Les actes terroristes peuvent être commis par tout individu indépendamment de leurs religions qui pourra se servir de n’importe quelle religion pour parvenir à ses fins. C’est la raison pour laquelle l’appellation de « terrorisme islamique » est erronée.

*Sonia Ben Mansour est élève-avocate à l’Ecole de Formation Professionnelle des Barreaux de la Cour d’appel de Paris et doctorante à l’Université Panthéon Sorbonne Paris I. Pour la contacter, n’hésitez pas à écrire à notre rédaction : contact@cultures-et-croyances.com

Pour citer l’étude :

Sonia Ben Mansour, « Du bon usage des mots liés à l’Islam », in : www.cultures-et-croyances.com, Rubriques : Religions – Spiritualités, octobre 2014.

 ______________________________

[i] Vallet O.,1999,Le Dieu du croissant fertile,Découvertes Gallimard,Paris

[ii] Dans la religion juive,les femmes mariées doivent cacher leurs cheveux sous une perruque ; les femmes ne se présentaient pas tête nue dans les églises catholiques – prescription de St Paul dans l’Epître aux Corinthiens

[iii] Encyclopédie Larousse http://www.larousse.fr/encyclopedie/divers/terrorisme/96706

[iv] Lamchichi A., 2006,Jihad,Un concept polysémique : et autres essais,l’Harmattan,page 23

[v] Kepel  Gilles, 2003(janv.),Jihad,Pouvoirs n°104-Islam et démocratie,page 135-142

[vi] Lamchichi A.,2005(nov.) Les mots. Langage du politique n°79,page 24

[vii]Lamchichi A., op.cit,page 25

[viii]Science et vie,décembre 2013,Guerres et histoires, n°16-,Dossier L’empire arabe,une conquête sans jihad page 34-59

[ix] Arkoun M., 1992,Ouvertures sur l’Islam,Grancher,page 35

[x] Baillet D.,2002,Dominique Baillet « Islam, islamisme et terrorisme », Sud/Nord 1/ 2002 (n 16,p. 53-72)

[xi] Lamchichi A., op.cit,page 22

[xii] Lamchichi A., op.cit,page 22

 

 

 

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