RELIGIONS – Faire reculer l’ignorance religieuse. Lettre ouverte à Manuel Valls par Michel Tardieu à l’attention de Sidoine Seghier

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Il était une fois les Royaumes d'Afrique - L'Ethiopie

 *Par Michel Tardieu

Religions : premiers pas, thèmes communs

Faire reculer l’ignorance religieuse

Les événements tragiques de Paris du 7 janvier 2015 contre un journal satirique et une supérette cascher ont provoqué dans notre pays mais aussi à l’étranger une vague d’émotion et d’interrogations sans précédent. Aujourd’hui encore, que penser ? À quelles réflexions s’appliquer, trois semaines après des faits qui firent dix-sept victimes innocentes ? Il n’existe pas d’explication unique, simple (simpliste). Différents niveaux d’analyses interfèrent dans l’évaluation des raisons et des causes de cette barbarie et de cette violence, ne serait-ce qu’au plan socio-politique. Parmi les consignes d’ordre religieux, il a été dit tout de suite par les responsables de l’État qu’il fallait à tout prix « refuser les amalgames », « éviter de stigmatiser les citoyens de confession musulmane ». D’autres responsables mettent en avant la nécessité de réapprendre la pratique d’une laïcité intelligente, ouverte, non sectaire. Je voudrais ici insister sur un aspect peut-être insuffisamment dégagé : l’état de profonde ignorance de la population française actuelle, tous milieux confondus, en matière de religions.

Celles-ci, il est vrai, en conséquence des lois de la séparation de l’Église et de l’État (début du XXe siècle) ne sont pas enseignées dans les écoles publiques comme matière autonome. Toujours en vertu des mêmes lois, les universités régionales ne disposent plus (sauf en Alsace-Moselle) de facultés de théologie où pourraient être formés des enseignants qualifiés. Le rapport de février 2002 sur « l’enseignement du fait religieux dans l’école laïque », présenté au gouvernement de l’époque par Régis Debray, a mis le doigt sur cette carence dans la culture française contemporaine et proposé un certain nombre de solutions. Qu’en est-il aujourd’hui, sur le terrain, des propositions formulées ? Étant absent du milieu scolaire depuis une dizaine d’années, je me garderai de tout jugement, y compris à l’égard de la notion de « fait religieux » (qui reste pour moi assez floue ; peut-être a-t-elle été créée pour éviter de parler d’enseignement « religieux » ou bien d’enseignement « des religions », intitulés controversés). Surtout pas d’amalgame, est-il répété depuis le 7 janvier !

Mais l’amalgame est permanent dans les journaux et les media. Des articles sont écrits qui prétendent mettre à nu « les racines islamiques du massacre de Charlie Hebdo ». L’internationale du terrorisme, Européens, Syriens, Yéménites, Somaliens, Maliens, etc…, est qualifiée pareillement de « jihâdiste ». L’embrigadement jihâdiste des jeunes Français ! Cet adjectif appartient au vocabulaire religieux créé aux origines de l’islam, et il est coranique. Mais que signfie-t-il exactement ? Son emploi actuel correspond-il à son sens primitif ? Les terroristes parisiens, leurs complices, leurs connaissances, reçoivent partout la même étiquette qui a pour but de faire peur, de diaboliser. Mais, disent les enquêteurs, ce sont eux qui se proclament jihâdistes. Certes. Quel est le contenu de ce jihâd dont ils se réclament. S’agit-il de la pensée islamique du jihâd, ou bien, comme il semblerait plutôt, de la représentation que les sociétés occidentales (majoritairement chrétiennes) se sont faites durant des siècles de ce jihâd conquérant et menaçant ? Quant au jihâd proprement islamique, que peut-on savoir au juste ? Le terme est traduit habituellement par « guerre sainte ».

Les premières guerres qui poussèrent les premiers Arabes musulmans hors de l’Arabie des tribus furent des guerres strictement tribales. Elles sont devenues saintes seulement dans la chronique qui les raconte, comme un miroir enchanté d’une histoire que les Arabes devaient de se donner à eux-mêmes. Les guerres entreprises par la suite sur ordre des califes sont des guerres de position autour de frontières. Rien de saint en elles, ni de musulman. Le jihâd de la propagande terrroriste n’est pour autant pas vide de contenu religieux. Mais ne nous trompons pas de sens ni d’époque. Dans son emploi actuel, le mot a une force de mobilisation populaire indéniable, répondant à la modalité du martyr musulman qui offre son corps à l’adversaire, en réplique à l’agression des Croisades (réactualisées en Goupes d’intervention d’élite). Le jihâd et les jihâdistes d’aujourd’hui ne mènent pas au Coran, mais à l’usage très particulier de l’imagerie de ces termes sous les Ayyoubides de Syrie et d’Egypte, autrement dit en plein Moyen-Age (XIIème siècle).

Autre exemple de contresens dû à l’inculture religieuse, je signale un fait de la vie littéraire parisienne, passé presque inaperçu : la réception en 2013 du Salut par les Juifs, livre de Léon Bloy, publié en 1892, maintes fois réédité. Il s’agit d’un ouvrage de théologie symbolique écrit à la lumière de l’Evangile selon saint Jean, pour répliquer à l’ouvrage antisémite d’Edouard Drumont (1844-1917), La France Juive. Or, à la suite d’une plainte de la LICRA (Ligue Internationale Contre le Racisme et l’Antisémitisme), ce livre, réimprimé en 2013, a été frappé de censure partielle par le juge des référés de Bobigny, le 13 novembre 2013, pour antisémitisme, en même temps que quelques autres ouvrages, récemment réédités. Le contresens est total ! Ni le juge des référés ni la LICRA n’ont lu visiblement le livre de Bloy, ils n’en connaissent pas davantage le contexte, qui est celui d’une méditation destinée précisément à combattre l’antisémitisme du XIXème siècle au nom même de l’évangile (le titre de l’ouvrage est une parole de Jésus tirée du quatrième évangile).

La laïcité, qui est sans cesse à rappeler comme neutralité de l’espace public français et de l’école publique, sert souvent de prétexte à l’inculture religieuse. L’ignorance des responsables politiques français en matière de religion et une inculture religieuse généralisée de la société sont des réalités typiquement françaises. J’avais comme voisins, quand je faisais des stages de langue en Allemagne à l’époque où je préparai mon doctorat, un jeune couple, lui chimiste, elle vétérinaire. Tous les deux, le soir, suivaient des cours de théologie et de Bible pour le plaisir de s’instruire et d’échanger. La même chose en France est difficile à concevoir. Les régions ne possèdent pas d’établissements qualifiés ni d’enseignants compétents capables de couvrir l’étendue historique des religions et leur complexité théorique. Les fondamentalismes qui prolifèrent partout aujourd’hui comme substituts identitaires et qui sont le terreau nourricier de fanatismes en tout genre, des attitudes intolérantes et sectaires, des exclusions et du terrorisme, sont les produits directs de l’ignorance religieuse. Faire reculer l’ignorance, c’est faire progresser le vivre ensemble. La caricature de la religion de l’autre et l’injure ne font que rejeter l’autre vers les fondamentalismes.


La laïcité, qui est sans cesse à rappeler comme neutralité de l’espace public français et de l’école publique, sert souvent de prétexte à l’inculture religieuse.« 


Les pages qui suivent ont un but pratique très modeste : d’abord aider parents et animateurs sociaux à s’informer du minimum de livres à acquérir si l’on veut efficacement faire reculer l’ignorance religieuse (Recherche d’un instrument de travail). Ensuite, proposer à titre d’exemples à discuter et selon une difficulté croissante un choix de thèmes communs au christianisme, à l’islam et au judaïsme, thèmes illustrés par des textes à travailler et à débattre de façon apaisée (Choix de thèmes communs).

Choix d’un instrument de travail

Il n’existe pas d’instrument de travail idéal pour connaître les écrits fondamentaux de chaque religion. Or, cette connaissance est indispensable pour en découvrir les aspects originaux et, à partir de là, introduire un peu de relatif dans les jugements à l’emporte pièce et l’âpreté des débats contemporains sur la religion. Une chance de l’édition en France aujourd’hui est de rendre disponibles des traductions annotées correctes pour chaque religion avec leurs grands commentateurs historiques. Le premier pas pour faire reculer l’ignorance religieuse consiste à se procurer une Bible ainsi qu’un Coran et à s’initier à leur lecture courante. On trouvera dans les librairies proprement religieuses mais aussi dans les librairies générales de la région Bourgogne des présentoirs attractifs qui proposent un choix convenable.

Pour celui qui ignore tout du monde des religions, et qui voudrait s’informer à moindres frais, un ouvrage commode pour avoir quelque idée des rudiments propres aux religions bibliques est le dossier publié par D. Bourdin, G. Guislain, P. Jacopin, J. M. Nicolle, G. Winter. Il a pour titre 100 fiches de culture générale. Histoire de la pensée, 2ème édition, Paris, Bréal, 2006. L’édition de 2013, 336 pages, coûte 26 €. Seule, la deuxième partie du livre, p. 50-90, concerne notre sujet ; elle est intitulée : « Les apports du judaïsme, du christianisme et de l’islam à la pensée occidentale ». Les auteurs, agrégés d’histoire ou de philosophie, sont professeurs dans l’enseignement secondaire ou dans le premier cycle universitaire, et c’est au public de leurs cours qu’ils s’adressent. La perspective générale de cette partie consiste à présenter les trois religions selon la diversité des contextes historiques et sociaux sur la longue durée. C’est assez bien fait et écrit de façon simple, les rudiments de base sont fournis et présentés de façon claire et précise.

1°) Islam

Le livre de base que je recommanderais en ce qui concerne l’islam est l’ouvrage de : Alfred-Louis de Prémare, Les fondations de l’islam. Entre écriture et histoire, Paris, Seuil, collection Points, 2002, 536 p. 11 € (nombreuses réimpressions). C’est l’œuvre d’un arabisant et d’un historien tout à fait remarquable, qui a longtemps vécu en Afrique du Nord. Son ouvrage s’applique à montrer comment l’islam est apparu dans une société arabe très diversifiée et qui cherchait son unité. L’auteur prend soin d’illustrer ses développements par toutes sortes de témoignages littéraires et historiques provenant de l’Arabie des VIe-VIIe siècles, en particulier par des extraits du Coran (à chaque fois bien traduits, situés et expliqués). Un livre de référence. Un second ouvrage dont je recommande particulièrement la lecture, peut-être plus difficile que le précédent, est le livre dirigé par Mohammad Ali Amir-Moezzi, Dictionnaire du Coran, Robert Lafont (collection Bouquins), 980 p., 30 €. Il est écrit par des spécialistes du monde arabo-musulman, qui enseignent dans les établissements publics français. On y trouvera les principaux noms propres et les notions clés qui permettent d’aborder l’étude du Coran.

2°) Christianisme

Rémi Brague, longtemps professeur de philosophie arabe à l’Université de Panthéon-Sorbonne et en Allemagne, Au moyen du Moyen Âge. Philosophies médiévales en chrétienté, judaïsme et islam, Chatou, Éditions de la Transparence, 2006, Nouvelle édition revue et corrigée, Champs Essais 856, Paris, Flammarion, 2008, 10 €. Du même Auteur, Europe. La voie romaine, Criterion, 1993, 15 €. En parallèle avec la reflexion du catholique Rémi Brague sur le dynamisme interne de l’aventure culturelle de l’Europe envisagée du point de ses héritages religieux, je proposerais la lecture de l’article de Pierre Gisel, professeur à l’Université de Lausanne et protestant, « L’institutionnalisation moderne de la religion », article publié dans la Revue de l’histoire des religions, t. 214 (avril-juin 1997), p. 153-182 (accessible gratuitement sur Internet, site Persée). La thèse que développe l’auteur est qu’il n’existe pas de formes stables du religieux.

3°) Judaïsme

Pour entrer dans les thématiques propres au judaïsme d’aujourd’hui, je signalerais deux ouvrages d’Esther Benbassa et Jean-Christophe Attias. Les auteurs sont des spécialistes reconnus de l’histoire et de la pensée juives. Le premier s’intitule Le Juif et l’Autre, Paris, Harmonia Mundi, 2002, 186 p., 7 € ; le second : Dictionnaire de la civilisation juive, Larousse, 1997, 345 p., 37 €. Les deux livres comportent d’amples bibliographies. Le Juif et l’Autre est une sorte de réflexion anthropologique et philosophique sur les images du Juif et de la condition juive dans la société occidentale, surtout moderne et contemporaine. Le Dictionnaire est fait d’innombrabbles notices historiques ou doctrinales portant sur les notions, Écritures, traditions et penseurs du judaïsme. Un livre indispensable.

4°) Bouddhisme

Le bouddhisme se place au quatrième rang mondial des religions (450 millions de fidèles). Son étude est indispensable aujourd’hui pour comprendre l’histoire et la culture de nombreuses civilisations de l’Asie extrême-orientale mais aussi les enjeux de son implantation en Europe et, en particulier, en France. Un ouvrage pratique, très bien construit, permet d’aborder cette religion mal connue : Guillaume Ducoeur, Initiation au bouddhisme, Paris, Éditions Ellipses, 2011, 381 p. L’auteur de l’ouvrage est maître de conférences à l’université de Strasbourg (Institut d’histoire des religions). Pour la première fois dans ce livre, une attention particulière est portée au Bouddha historique et à sa figure canonique extrêmement complexe, construite au cours des siècles par les disciples.

Choix de thèmes communs

Quatre thèmes, à difficulté croissante, sont retenus dans les pages qui suivent : (I) les animaux secourus et protégés, (II) les eaux sorties de la terre, (III) la règle d’or, (IV) les jeux du caché et du manifesté. Chacun de ces thèmes est illustré à l’aide d’extraits à étudier, provenant des Écritures de chaque religion. Les traductions des textes cités sont empruntées aux ouvrages suivants. Pour la tradition hébraïque : Éd. Dhorme, La Bible, 2 vol., Paris, Gallimard, 1959. Pour la version grecque des Septante, livre des Nombres : G. Dorival, La Bible d’Alexandrie. Les Nombres, Paris, Cerf, 1994. Pour le Nouveau Testament : Traduction œcuménique de la Bible. Nouveau Testament, Paris, Cerf, 1972. Pour le Talmud de Babylone : A. Elkaïm-Sartre, Aggadoth du Talmud de Babylone, Lagrasse, Verdier, 1982. Pour le Coran : R. Blachère, Le Coran, Paris, Maisonneuve, 1957 ; D. Masson, Essai d’interprétation du Coran inimitable, Beyrouth, 1977.  Pour les Quarante Hadiths : Mohammed Tahar, An-Nawâwî, Paris, Les Deux Océans, 1980.

Les animaux secourus et protégés

1°) Tradition islamique

Le Prophète a dit : « Tandis qu’un chien, sur le point de mourir de soif, tournait autour d’un puits, une prostituée d’entre les prostituées des Banou-Israël, qui avait vu l’animal, enleva sa chaussure et lui donna à boire. À cause de cela, Dieu a pardonné à cette femme ». Bukhârî LX 54, 2. L’Envoyé de Dieu a dit : « Une femme avait martyrisé une chatte en l’enfermant et la laissant mourir de faim. À cause de cela, cette femme alla en enfer, parce qu’elle ne l’avait ni nourrie, ni fait boire quand elle était enfermée et qu’elle ne l’avait laissée, non plus, manger des reptiles de la terre. Bukhârî LX 54, 19. Un chat s’était endormi dans la manche du Prophète. L’heure de la prière retentit. Le Prophète découpa la manche de son habit pour laisser le chat dormir tranquille et il se rendit à la prière. Abû Hurayra cité par Bukhârî.

2°) Tradition évangélique

Jésus leur dit cette parabole : « Lequel d’entre vous, s’il a cent brebis et qu’il en perde une, ne laisse pas les quatre-vingt-dix-neuf autres dans le déserrt pour aller à la recherche de celle qui est perdue jusqu’à ce qu’il l’ait retrouvée ? Et quand il l’a retrouvée, il la charge sur ses épaules, et, de retour à la maison, il réunit ses amis et ses voisins, et leur dit : “Réjouissez-vous avec moi, car je l’ai retrouvée, ma brebis qui était perdue ! Je vous le déclare, c’est ainsi qu’il y aura de la joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se convertit, plus que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n’ont pas besoin de conversion ». Évangile selon saint Luc 15, 3-7.

3°) Tradition juive

Sem, fils de Noé, répondit : Dans l’arche nous avions beaucoup de difficultés. Les animaux qui ont coutume de manger le jour, nous les nourrissions le jour ; ceux qui mangent habituellement la nuit, nous les nourrissions la nuit. Il y avait le caméléon ; mon père ne savait pas de quoi il se nourrissait ; un jour qu’il était en train d’ouvrir une grenade, un ver en est tombé que le caméléon mangea. Dès lors, mon père lui prépara des brouets de son, qu’il mangeait quand les vers s’y mettaient. Le lion était nourri par sa fièvre (comme le dit Rab, la fièvre peut tenir lieu de nourriture six jours au moins et douze jours au plus). Quant au phénix, mon père le découvrit dans la cale de l’arche. « Tu ne veux rien à manger ? » lui demanda-t-il. « J’ai vu que tu étais occupé, alors je me suis dit que je ne devais pas te déranger », lui répondit l’oiseau. « Plaise à Dieu que tu ne meures jamais ! », lui dit mon père. Talmud de Babylone, traité Sanhédrin, 108b. Commentaire du verset du Livre de Job 29, 18 : « Comme le phénix, je vivrais de longs jours ».

Les eaux sorties de la Terre

Il y a deux types d’eaux, celles qui nourrissent et celles qui détruisent. Celles qui sortent de la terre sont la vie pour tous, elles sont le lieu où les hommes se rencontrent. Les eaux qui tombent du ciel sont plutôt dangereuses, ce sont les eaux du déluge qui recouvrent les terres et noient tous les vivants.

1°) Tradition biblique

Et le Seigneur parla à Moïse en ces termes : « Prends le bâton et réunis l’assemblée de la communauté, toi en compagnie d’Aaron ton frère, et parlez au rocher vis-à-vis d’eux, et il donnera ses eaux et vous ferez sortir pour eux de l’eau du rocher et vous ferez boire la communauté et leur bétail. » Et Moïse prit le bâton qui était devant le Seigneur, comme l’avait ordonné le Seigneur. Et Moïse, ainsi qu’Aaron, fit réunir l’assemblée de la communauté devant le rocher, et il leur dit : « Écoutez-moi, vous les désobéissants. Par hasard, ferons-nous sortir pour vous de l’eau de ce rocher ? » Et Moïse leva sa main et frappa le rocher du bâton par deux fois, et beaucoup d’eau surgit, et la communauté et leur bétail burent. Nombres 20, 8-12. Version grecque des Septante.

2°) Tradition évangélique

Jésus parvint dans une ville de Samarie appelée Sychar, non loin de la terre donnée par Jacob à son fils Joseph, là même où se trouve le puits de Jacob. Fatigué du chemin, Jésus était assis tout simplement au bord du puits. C’était environ la sixième heure. Arrive une femme de Samarie pour puiser de l’eau ; Jésus lui dit : « Donne-moi à boire. » Ses disciples, en effet, étaient allés à la ville pour acheter de quoi manger. Mais cette femme, cette Samaritaine, lui dit : « Comment ? Toi, un Juif, tu me demandes à boire à moi, une femme samaritaine ! » Les Juifs, en effet, ne veulent rien avoir de commun avec les Samaritains. Jésus lui répondit : « Si tu connaissais le don de Dieu et qui est celui qui te dit : “Donne-moi à boire”, c’est toi qui aurais demandé et il t’aurait donné de l’eau vive. » La femme lui dit : « Seigneur, tu n’as même pas un seau et le puits est profond ; d’où la tiens-tu donc cette eau vive ? Serais-tu plus grand, toi, que notre père Jacob qui nous a donné le puits et qui, lui-même, y a bu ainsi que ses fils et ses bêtes ? » Jésus lui répondit : « Quiconque boit de cette eau-ci aura encore soif ; mais celui qui boira de l’eau que je lui donnerai n’aura plus jamais soif ; au contraire, l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une soure jaillissant en vie éternelle. » Évangile selon saint Jean 4, 4-14.

3°) Tradition coranique

Marie devint enceinte de l’enfant et se retira avec lui dans un lieu éloigné. Les douleurs la surprirent près du stipe du palmier. « Plût au ciel », s’écria-t-elle, « que je fusse morte avant cet instant et que je fusse totalement oubliée ! » [Mais] l’enfant qui était à ses pieds lui parla : « Ne t’attriste pas ! Ton Seigneur a mis à tes pieds un ruisseau. Secoue vers toi le stipe du palmier : tu feras tomber sur toi des dattes fraîches et mûres. Mange et bois, et que ton œil se sèche ! » Coran 19 [sourate de Marie], 22-26.

La règle d’or

On appelle « règle d’or » la sentence morale de la réciprocité. Elle résume le bien-vivre humain en société et, par là, constitue le socle éthique commun aux trois religions bibliques. La règle d’or s’exprime généralement de façon négative : ne pas faire aux autres ce qu’on ne veut pas qu’ils nous fassent, plus rarement de façon positive : faire le bien pour en recevoir en retour, ou mieux : faire le bien sans en recevoir en retour. Selon les traditions évangéliques, cette règle est mise par Jésus, dans un cas (Évangile selon Matthieu), en relation avec la Loi et les Prophètes, c’est-à-dire avec l’enseignement de la Bible hébraïque ; dans l’autre cas (Évangile selon Luc), le rappel de l’enseignement biblique traditionnel n’est plus mentionné, parce qu’il s’agit d’une sentence universelle. L’origine de la règle d’or appartient au vieux fond de sagesse des cultures sémitiques. Elle est commune également aux cultures indiennes et bouddhiques.

1°) Traditions hébraïque et juive

Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Lévitique 19, 18. Ce que tu détestes, ne le fais à personne. Tobit 4, 15. Un païen [= un non-juif] va voir Shammaï et lui dit : « Convertis-moi, mais à condition de m’apprendre toute la Torah [= la Loi de Moïse], pendant le temps que je peux tenir sur un pied ». Shammaï le chassa en le frappant avec la règle de maçon qu’il avait à la main. L’homme s’en fut trouver Hillel, qui le convertit : « Ne fais pas à autrui ce que tu n’aimerais pas qu’il te fasse, voilà toute la Torah », lui dit-il. Le reste n’est que commentaires. Va, et étudie-les ! » Talmud de Babylone, traité Shabbat, 31a.

2°) Tradition évangélique

Tout ce que vous voulez que les gens fassent pour vous, faites-le vous-mêmes pour eux : c’est la Loi et les Prophètes. Évangile selon Matthieu 7, 12. Et comme vous voulez que les gens agissent envers vous, agissez de même envers eux. Évangile selon Luc 6, 31.

3°) Tradition islamique

D’après Anas ibn Mâlik, l’Envoyé d’Allâh a dit : « Aucun de vous n’est croyant tant qu’il ne désire pas pour son frère ce qu’il désire pour lui-même. » Al-Nawâwî, Les Quarante Hadiths, 13ème hadith.

Les jeux du caché et du manifesté

L’étude de ce thème exige, en même temps que l’acquisition d’une certaine culture philosophique, une solide formation en sciences religieuses. Selon le Livre des Proverbes, dans la tradition hébraïque, la Sagesse préexiste à la création (elle est ce qui est caché) et se révèle comme l’architecte de Dieu dans l’œuvre de la création (elle est ce qui est manifesté). Il en est de même pour ce que le prologue de l’Évangile selon Jean appelle en grec le Logos, terme grec qui signifie la Parole, le Verbe, la Raison des choses, à la fois ce qui caché auprès de Dieu et ce qui est manifesté dans le temps. Il en est de même pour ce que le Coran appelle la Mère du Livre, c’est-à-dire l’archétype céleste et divin du Livre sacré. La Mère du Livre est la Sagesse cachée auprès de Dieu et manifestée en sa forme définitive dans le Coran arabe. Comme le Logos, le Coran est ce qui, de la Sagesse incréée, est manifesté en clair dans les langues humaines.

1°) Tradition hébraïque

Dieu m’a créée, principe de sa voie, antérieurement à ses œuvres, dès lors ; dès l’éternité j’ai été formée, dès le début, antérieurement à la terre. Quand il n’y avait pas d’abîmes, j’ai été enfantée, quand il n’y avait point de sources chargées d’eaux. Avant que les montagnes ne fussent immergées, avant les collines, j’ai été enfantée, alors qu’Il n’avait pas encore fait la terre, les champs, ni les premières poussières du sol. Quand Il établit les cieux, j’étais là ; quand il traça un cercle sur la face de l’abîme, quand Il fixa les nuées en haut et que devinrent puissantes les sources de l’abîme, quand Il imposa à la mer sa limite pour que les eaux ne franchissent pas son bord, quand Il traça les fondements de la terre, alors j’étais à son côté, comme architecte, et j’étais dans les délices, jour après jour, jouant devant lui en tout temps, jouant sur le sol de sa terre, et mes délices sont avec les fils d’homme. Proverbes 8, 22-31.

2°) Tradition évangélique

1,1/ Au commencement était le Verbe, et le Verbe était tourné vers Dieu, et le Verbe était Dieu. /1,2/ Il était au commencement tourné vers Dieu. /1,3/ Tout fut par lui, et rien de ce qui fut, ne fut sans lui. /1,4/ En lui était la vie et la vie était la lumière des hommes, /1,5/ et la lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont point comprise. /1,6/ Il y eut un homme envoyé de Dieu ; son nom était Jean. /1,7/ Il vint en témoin, pour rendre témoignage à la lumière, afin que tous croient par lui. /1,8/ Il n’était pas la lumière mais il devait rendre témoignage à la lumière. /1,9/ Le Verbe était la vraie lumière qui, en venant dans le monde, illumine tout homme. /1,10/ Il était dans le monde, et le monde fut par lui, et le monde ne l’a pas reconnu. /1, 11/ Il est venu dans son propre bien et les siens ne l’ont pas accueilli. /1,12/ Mais à ceux qui l’ont reçu, à ceux qui croient en son nom, il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu. /1,13/ Ceux-là ne sont pas nés du sang, ni d’un vouloir de chair ni d’un vouloir d’homme, mais de Dieu. /1,14/ Et le Verbe fut chair et il a habité parmi nous et nous avons vu sa gloire, cette gloire que, Fils unique plein de grâce et vérité, il tient du Père. /1,15/ Jean lui rend témoignage et proclame : « Voici celui dont j’ai dit : après moi vient un homme qui m’a devancé, parce que, avant moi, il était. » /1,16/ De sa plénitude en effet, tous, nous avons reçu, et grâce sur grâce. /1,17/ Si la loi fut donnée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ. /1,18/ Personne n’a jamais vu Dieu ; le Fils unique, qui est dans le sein du Père, nous l’a dévoilé. Évangile selon Jean, 1, 1-18.

3°) Tradition coranique

Par le Livre clair ! Oui, Nous [= Dieu] en avons fait un Coran arabe ! Peut-être comprendrez-vous ! Il existe auprès de Nous, sage et sublime, dans la Mère du Livre. Eh quoi ! éloignerons-Nous de vous l’Édification [parce] que vous êtes un peuple impie ? Que de Prophètes Nous avons envoyés parmi les Anciens ! Mais nul Prophète ne vint à eux qu’ils ne se soient de lui raillés. Nous avons donc fait périr de plus redoutables qu’eux, et l’exemple des Anciens est passé. Coran 43 [sourate des Ornements], 3-8.

Auprès de Lui se trouve la Mère du Livre. Coran 13 [sourate du Tonnerre], 39.

C’est Lui qui a fait descendre sur toi le Livre. On y trouve des versets clairs qui sont la Mère du Livre et d’autres obscurs. Coran 3 [sourate de La famille de ‘Imrân], 7.

Pourtant ceci est un Coran sublime sur une Tablette préservé(e). Coran 85 [sourate des Constellations], 21-22.

*Michel Tardieu, est un exégète et historien français. Diplômé ès lettres, c’est un spécialiste des sciences religieuses, du christianisme et du syncrétisme antiques. Auteur de nombreux ouvrages et articles, il est professeur honoraire au Collège de France. Ce texte nous a été trnsmis par Sidoine Seghier est le Président de l’Association  » Au pays de mon papa «  qui est née courant 1993 dans le département du Val-de-Marne. Un des objets de cette association étant de tirer fierté de sa différence et s’enrichir de celle des autres. Le site internet de l’Association est accessible en cliquant ici.

Pour citer l’étude :

Michel Tardieu, « Faire reculer l’ignorance religieuse. Lettre ouverte à Manuel Valls« , in : www.cultures-et-croyances.com, Rubrique : Religions – Spiritualités, mars 2015.

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